Burkina Faso : Nous ne voulons pas d’une démocratie qui tue

Les récentes déclarations d’Ibrahim Traoré sur la démocratie ont été largement diffusées dans les médias occidentaux mais les interprétations qu’ils en donnent semblent déformer sa position.

15 Avr 2026 - 13:03
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Burkina Faso : Nous ne voulons pas d’une démocratie qui tue

La récente interview d’Ibrahim Traoré, le président du Burkina Faso, a provoqué un large débat après sa diffusion en boucle dans les médias internationaux. Les titres, en particulier ceux des principaux médias, ont rapidement interprété ses déclarations comme un rejet ferme de la démocratie, en arrivant même à suggérer l’intention d’instaurer un régime militaire permanent.

Mais cette interprétation, bien que sensationnaliste, est profondément trompeuse. Elle sort les déclarations de Traoré de leur contexte politique, historique et matériel, essentiel pour comprendre aussi bien ses paroles que l’histoire générale de la région du Sahel.

Démocratie, mais quelle sorte de démocratie ?

Ces déclarations ne sont pas le fruit d’un débat abstrait, mais d’une conversation approfondie sur la sécurité, la souveraineté et la survie. Pendant presque une demi-heure, l’interview a été centrée sur les insurrections qui ravagent le Sahel, en particulier sur la menace que représentent les groupes djihadistes liés à Al-Qaïda et sur la crise générale de la stabilité de l’État.

C’est seulement quand on l’a interrogé sur les élections, en particulier quand on lui a demandé si une charte révolutionnaire récemment adoptée lui permettait de prolonger son mandat, que le problème de la démocratie a surgi.

Il a répondu que les élections, selon lui, n’étaient pas la préoccupation immédiate. Le Burkina Faso affronte des défis existentiels et la priorité est d’affronter ces menaces et de reconstruire l’État. C’est dans ce cadre que doit être comprise sa déclaration : «Les gens doivent oublier la démocratie».

Et il a ajouté : «Nous devons dire la vérité. La démocratie n’est pas pour nous, cette sorte de démocratie que nous montrent ces gens. Ce n’est pas ce qui nous intéresse».

Quand Traoré affirme que «la démocratie n’est pas pour nous», ce ne sont pas des paroles en l’air. Sa critique est dirigée vers un modèle particulier : la démocratie libérale occidentale, traditionnellement exportée en Afrique grâce à l’intervention, la coercition et l’aide sous condition.

Il a pris pour exemple la Libye dont la destruction après l’intervention de l’OTAN continue à être un modèle pour tout le continent. Pour Traoré, la Libye constitue un avertissement : un État qui, malgré ses contradictions internes, a été démantelé au nom au nom de la «démocratie», laissant derrière lui le chaos, des déplacements de population et une catastrophe humanitaire.

«Nous sommes venus pour changer complètement le fonctionnement des choses mais surtout pour changer les mentalités, pour que les gens ouvrent les yeux, voient le monde et pour que nous ne tombions plus jamais dans ce piège. Les gens sont ici : la démocratie, c’est l’esclavage. Il n’y pas de démocratie dans ce monde. Ils prétendent que oui mais ils font ce qui les arrange. Et pour l’instaurer, ils tuent. Une démocratie qui tue. Nous ne voulons pas la démocratie. Que Dieu nous libère de cette sorte de démocratie. Nous sommes concentrés sur notre conquête, sur notre reconstruction et sur la révolution. C’est la seule voie vers le développement».

Ainsi, quand il dit que «la démocratie tue», on peut aussi comprendre qu’il condamne un processus géopolitique qui devient une justification pour le changement de régime, la domination étrangère et la restructuration violente. Ces discours ont été entendus récemment aussi bien au Venezuela qu’en Iran où les actions contre les dirigeants sont présentées comme des interventions justes.

La position de Traoré doit être comprise dans le cadre de la crise de souveraineté du Sahel. Des pays comme le Mali, le Niger et le Burkina Faso ont vécu des cycles d’instabilité, de présence militaire étrangère et de dépendance économique qui se sont répétés.

L’apogée des gouvernements militaires dans la région, malgré les défis, a été liée à un rejet populaire des accords néo-coloniaux, en particulier de ceux qui étaient associés à d’anciennes puissances coloniales comme la France.

C’est de ce terrain politique que parle Traoré. Son insistance sur la «révolution», sur la «reconstruction» et sur le «changement de mentalités» reflète une intention, bien que discutable, de rompre avec un modèle de gouvernement perçu comme imposé par l’extérieur et vide à l’intérieur.

Une interprétation erronée du Sahel

De nombreux commentateurs démocrates libéraux ont abordé les déclarations de Traoré à partir d’une définition restrictive et conventionnelle de la démocratie. Ce. cadre conceptuel rend difficile d’expliquer des situations dans lesquelles l’État lui-même est menacé, le contrôle du territoire fragmenté et dans lesquelles les agents étrangers jouent un rôle décisif dans la configuration de la politique intérieure.

Le résultat en est un schéma récurrent de mauvaise interprétation : les déclarations politiques complexes sont réduites à des poussées autoritaires et les débats concernant la souveraineté sont écartés en tant que rhétorique anti-démocratique.

Curieusement, des questions identiques surgissent à d’autres endroits. En Ukraine, le président Volodymyr Zelensky a retardé les élections sous prétexte que la survie du pays face à la guerre doit être la priorité.

Même si les situations sont très différentes, le principe sous-jacent est comparable : l’enchaînement des processus politiques en temps de crise. Cependant, les réactions mondiales à ces décisions sont loin d’être uniformes.

Cela ne signifie pas que la trajectoire actuelle du Sahel soit exempte de défis. la région affronte d’immenses défis : politiques, économiques et sociaux. Cependant, réduire la position de Traoré à un rejet de la démocratie est une erreur monumentale. L’enjeu n’est pas simplement «la démocratie contre l’autoritarisme», mais une lutte plus profonde pour la souveraineté, le développement et le droit des sociétés à définir leurs propres voies politiques.

Indépendamment du fait d’être d’accord ou non avec ses conclusions, les réalités historiques qui façonnent le Sahel doivent être prises en compte dans leur contexte.

source : Resumen Latinoamericano via Bolivar Infos

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Commentaires (6)

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Coulibaly Yacouba
Coulibaly Yacouba 6 mois
Ce qui reste certain cette fameuse démocratie n'a rien servi de bon aux peuples du Sahel, les résultats sont honteux et dérisoires avec une transformation de l'homme par l'amplification des achats de conscience, de tricherie, de favoritisme, de clanisme, de népotisme, de voles en bandes organisées, de corruption à outrance, des comportements éhontés. Pour nous sahéliens d'aujourd'hui
Kankan 6 mois
President Traore see best light. We must build Ubuntu Africa led nations with governance in best interest of people of Africa. Western style democracies have for centuries in Africa proved to be not in Africans best interest. I belief that is why NATO keep trying to lead us to govern by NATO democracy. Where we do so evince that psychological enslavement to colonialism still exist in African leadership. We must take back plus evolve African methods that best serve our existence within what world have to offer. We are our Brothers' keepers. Africa First People of Books. Henry Author Price Jr aka Kankan
Kinguiranke
Kinguiranke 6 mois
Nous PEUPLE de l'AES, nous ne voulons pas d'une democratie made-in-France a la Baule car c'est une democratie qui tue, une democratie qui vole notre denier public et une democratie qui nous fait perdre notre souverainite, notre liberté, notre independance, notre developpement socio-economique et notre territoire national!
Kinguiranke
Kinguiranke 6 mois
Nous PEUPLE de l'AES, nous ne voulons pas d'une democratie made-in-France a la Baule car c'est une democratie qui tue, une democratie qui vole et une democratie qui nous fait perdre notre souverainite, notre liberté, notre independance, notre developpement socio-economique et notre territoire national!
Nfp
Nfp 6 mois
Rassure-toi! Pour ce qui est de perdre notre développement socio-économique, AUCUN RISQUE : Nous n'en avons encore jamais eu !! LOL LOL LOL
Nfp
Nfp 6 mois
" Nous ne voulons pas d’une démocratie qui tue ". C'est ça ! Il vaut mieux de loin une dictature militaire qui vole le pouvoir, qui censure la presse et l'information, qui élimine les partis d'opposition, et qui emprisonne qui elle veut quand elle veut !!!!!!!!!!!!
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