Volodymyr Zelensky met Marine Le Pen face aux limites de la démagogie en diplomatie
La réponse formulée par le président ukrainien démontre que la candidate RN ignore, ou feint d’ignorer, les enjeux de sécurité liés à la guerre en Ukraine. Analyse.
Il n’y a pas que sur les questions budgétaires ou la gestion des affaires internes que Marine Le Pen est renvoyée à une forme d’amateurisme. Cette fois, c’est sur l’international que la candidate du Rassemblement national a été prise à défaut. En cause, sa volonté de couper les aides françaises à l’Ukraine pour faire des économies budgétaires. Un motif qui interroge au regard du réel coût de l’assistance consentie par Paris et de l’intérêt sécuritaire à contenir l’agression russe.
Pour autant, et en dépit du retour des procès en « russophilie » que cette proposition engendre, la députée du Pas-de-Calais n’en démord pas. En cas de victoire à la présidentielle, elle maintiendrait cette aide « durant six mois » seulement, avant de couper le robinet. Si elle voulait offrir à Vladimir Poutine une visibilité parfaite sur l’affaiblissement à venir des forces ukrainiennes, elle ne s’y prendrait pas autrement.
La réponse de Zelensky
« Madame Le Pen ne maîtrise pas bien certains détails », a répliqué le président ukrainien Volodymyr Zelensky, soulignant que les aides de la France ne revenaient pas à « payer l’Ukraine » mais constituaient un investissement pour sa propre sécurité. Car Kiev offre, en retour, son expérience et sa technologie acquises durant quatre ans de combats asymétriques face à l’armée russe. Depuis 2022, l’Ukraine est devenue le théâtre d’innovations techniques qui servent à ses alliés. Même les États-Unis ont profité de l’expertise ukrainienne en matière de « drones intercepteurs » dans sa guerre contre l’Iran.
Et le président ukrainien de prévenir : « le prix à payer n’est pas aussi élevé que celui des vies humaines ». Un rappel de la réalité sécuritaire s’imposant à l’Europe qui montre que l’argument budgétaire brandi par Marine Le Pen est assez éloigné des enjeux. Mais pas de quoi la faire changer d’avis. « Si Monsieur Zelensky souhaite que nous discutions, je viendrai avec plaisir en Ukraine. Mais ce que je veux lui dire, c’est que nous n’avons plus les moyens financiers d’apporter une aide », a-t-elle répondu sur CNews ce jeudi 15 octobre.
En parallèle, ses soutiens chargent le président ukrainien, à l’image du député du Nord Sébastien Chenu qui dénonce la « condescendance » de Volodymyr Zelensky. Pourtant, y compris à l’extrême droite, la volonté de tirer un trait sur ces aides est loin de faire l’unanimité. Ainsi, la zemmouriste Sarah Knafo, souvent taxée de démagogie dans sa volonté de tailler radicalement dans les dépenses de l’État, a dénoncé la position de Marine Le Pen.
« Soutenir l’Ukraine n’est pas une alternative à la paix »
« L’aide à l’Ukraine ne représente quasiment rien du tout dans tous les milliards d’euros que je propose de supprimer », a-t-elle affirmé sur LCI, jugeant nécessaire de « respecter les engagements et la parole de la France » plutôt que « d’aller accabler un pays en guerre déjà lâché par Donald Trump ». Esseulée sur cette question au sein de la classe politique française, Marine Le Pen se trouve aussi en contradiction avec la cheffe du gouvernement italien Giorgia Meloni, pourtant membre de la famille des nationalistes européens. « Soutenir l’Ukraine n’est pas une alternative à la paix. C’est ce qui rend la paix possible. Parce que si un agresseur s’attend à ce que son adversaire se rende, pourquoi négocierait-il ? », a-t-elle interrogé lors d’un discours face au Sénat italien.
Dès lors, si l’argument de la ruine budgétaire est balayé jusque dans les rangs de l’extrême droite, Marine Le Pen donne (encore) l’impression de vouloir ménager la Russie, aux dépens des efforts diplomatiques entrepris par la France et des enjeux sécuritaires liés à la nécessité de contenir l’agressivité russe, en Ukraine et ailleurs. Car avant d’agiter le risque de banqueroute (par ailleurs tout relatif au regard de la réalité des aides matérielles consenties par Paris), la candidate du RN s’opposait aux sanctions contre la Russie, tout comme à la livraison « d’armes offensives » ou au prêt de 90 milliards accordés à Kiev pour tenir face à Moscou. Ce qui donne à son argumentaire budgétaire des airs de prétexte, ce que la réponse formulée par Volodymyr Zelensky a mis en évidence.
En effet, le président ukrainien a souligné une réalité stratégique élémentaire : si Kiev venait à tomber faute de soutien, le coût d’une militarisation forcée de l’Europe face à la menace de Moscou surpasserait, et de très loin, les quelques milliards d’économies que Marine Le Pen entend récupérer en « coupant le robinet ». Soit Marine Le Pen en a conscience, mais elle préfère persister à faire croire qu’une telle décision est vitale pour les finances françaises, soit elle l’ignore sincèrement. Ce qui interroge sur sa capacité à occuper la fonction qu’elle convoite, consacrant, précisément, l’international comme « domaine réservé » du chef de l’État.
Source: https://www.huffingtonpost.fr/
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