Lettre ouverte d’un militant Adema à Soumeylou Boubèye MAÏGA : ‘’Vous êtes un homme qui a le courage de ses opinions’’

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Je  voudrais être clair dès le départ : j’étais membre du bureau de la sous-section ADEMA de Dravéla au moment des consultations électorales. C’est au mois d’octobre 2002 que j’ai dû suspendre mes activités politiques pour suivre des études en sciences sociales à la Faculté des Lettres, Arts et Sciences Humaines de l’Université de Bamako (FLASH).

Ceci dit, c’est après analyse des informations relayées dans les colonnes de certains journaux de la place faisant état de votre éventuelle prise de position à l’approche des futures consultations électorales, que je viens par la présente vous encourager dans votre combat et afficher sans réserve mon soutien et mon adhésion  à vos nobles idéaux.

Si nous en sommes arrivés là cher camarade, c’est parce que je ne puis me résoudre à croire qu’un parti comme l’ADEMA, avec sa riche expérience de gestion du pouvoir n’ait pas un candidat à présenter à la prochaine élection présidentielle. Au reste, si l’objectif prioritaire d’un parti politique doit être la conquête du pouvoir afin de mettre en œuvre le projet de société qu’il a pour son peuple, l’ADEMA, à défaut de jouer le rôle de parti d’opposition doit-il faire exception à la règle ? Naguère considéré comme le deuxième grand parti de toute l’Afrique après l’ANC au moment où le P.D.C.I .R.D.A. était en déconfiture, comment notre parti ADEMA a-t-il- perdu tous ses acquis en si peu de temps ?

La raison invoquée selon laquelle notre parti n’a pas un candidat répondant au profit du charisme exigé d’un homme d’Etat me parait l’idée  la plus absurde qui soit ! En 1992, le président Alpha Oumar KONARE, comparativement à son challengeur n’était –il pas perçu aux yeux de l’opinion comme quelqu’un ayant la ‘’tête froide’’ ? Au finish, n’a –t-il pas réussi à cultiver son image au sein de la classe politique pour devenir finalement un homme d’une forte personnalité ?  Les hommes ne changent-ils pas avec les fonctions qu’ils occupent ?

Cher camarade Boubèye, votre prise de position est de nature à faire comprendre à nos camarades que ce n’est ni dans la passivité, ni dans la fatalité et encore moins dans la résignation que se forgent les âmes humaines, mais plutôt dans l’effort, dans l’opiniâtreté et dans l’acharnement à vaincre. Vous êtes un homme qui a le courage de ses opinions et les moyens de ses ambitions. Mais au demeurant, s’il paraît réaliste de penser aujourd’hui que tout devient possible, l’homme doit se rappeler que tout n’est pas possible tout de suite et que tout n’est pas possible à la fois. L’unanimisme créé autour du soutien au Président ATT n’a-t-il pas cédé au mutisme ? Certes, il a progressivement dépouillé notre parti de toutes ses forces en le plaçant du coup à la périphérie du pouvoir central.

Après les consultations de 2002, certains de nos camarades ont préféré se calfeutrer dans les bureaux feutrés pour savourer les délices du pouvoir après le partage du « gâteau ». Mais vous avez sans doute renoncé à d’alléchantes propositions de nomination pour préférer souffrir auprès de nous en suivant l’évolution politique du pays.

Aussi, il n’y a pas un homme au sein de la classe politique malienne qui a plus de facilité d’accès au couple présidentiel et au palais comme vous, où vous pouvez entrer et sortir comme vous voulez et quand vous voulez comme chez vous. Avec tous les avantages que cela peut vous procurer, pourquoi dites-vous non à la capitulation ? La réponse est simple : vous êtes un homme qui jouit de la totalité de son indépendance d’esprit ! Pourquoi nos camarades ne font-ils pas cet examen de conscience pour essayer de comprendre votre position ? Les « abeilles » se sont-elles piquées au point que certains de nos camarades soient victimes de cécité politique ?

Cependant, ce pouvoir, de par ses pratiques politiciennes, a littéralement gangrené la pensée et la conviction politique de certains de nos responsables, étouffé leur comportement d’un complexe de cortège et de réflexe anormaux.

Auguste Conte disait ‘tous les arts, au cours de leur évolution ont produit leur miracle. Mais l’art de la politique n’a produit que des monstres». Vous avez à la fois des adversaires très farouches et des partisans très déterminés. Mais, vous avez de tout le temps prouvé que vous n’abdiqueriez pas, et que vous ne vous laisseriez jamais dominer par l’adversité. Politiciens de tous bords, nous sommes tous reprochables. Mais entre deux maux, il faut choisir le moindre. Je ne suis jamais indifférent face au choix.

Votre prise de position, loin d’être négative, est l’illustration parfaite de l’exercice de la démocratie au sein du parti. Nous sommes dans une société où l’on est souvent obligé de suivre les autres mêmes, si l’on n’est pas toujours d’accord avec eux. Les dispositions disciplinaires de notre parti sont telles que la seule manière de gérer les compromissions est l’exclusion. Cependant, entre une «auto exclusion» et une exclusion, il faut choisir la première. Celle –ci peut au moins s’expliquer par des raisons d’orgueil ou d’éthique.

Certes, en démissionnant, vous allez entraîner dans votre sillage, une frange très considérable de l’électorat du parti. Mais à l’impossible, nul n’est tenu.

Le peuple Adema est fier de son passé très riche en expérience de gestion du pouvoir, mais très inquiet pour son avenir qui ne laisse entrevoir aucune perspective de promotion politique.

Courage, Camarade Boubèye

Sentiments militants

Mountaga KOÏTA

Psychologue -Professeur d’Enseignement Secondaire

Domicilié à Dravéla -Rue 360 – Porte 206

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