Le « grin » ou le pouvoir

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En 1991, dès son accession à la magistrature suprême, ATT devint l’homme de tous les grins. À chaque coin de rue, se trouvait un homme qui prétendait l’avoir fréquenté. C’est naturel au Mali. Dès qu’une personne accède à un poste de responsabilité ou devient célèbre, ceux qu’il avait croisés par hasard un jour devant les vespasiennes du Stade Omnisport, se targuent d’une amitié vieille de 30 ans. ATT est très connu, mais a-t-il été vraiment l’ami de tous ceux qui se déclarent comme tels ? A-t-il fréquenté autant de personnes à son grin ?  Ou laisse-t-il les gens se réclamer de sa proximité pour cultiver davantage son image d’homme terre-à-terre, proche du citoyen lambda ? rn

« ATT a trois types d’amis » : ceux de l’armée, ceux qu’il a connus à l’école et ses amis de Mopti » explique un de ses éphémères ministres. Il poursuit : « ATT est à la fois un homme avec des dizaines d’amis et quelqu’un de très fermé. Rares sont les proches qui le connaissent vraiment. Il y a une chose fondamentale qu’il faut comprendre avant de l’analyser : l’absence de sa mère, partie très tôt. ATT en a été profondément marqué. Dans son enfance, il s’est bâti tout un imaginaire personnel. Plusieurs fois chez lui, j’ai constaté un refus du langage direct. Quand il ne veut pas rendre un service, il trouve des pirouettes pour s’échapper au lieu de dire clairement qu’il ne le fera pas. »  Cette fuite est effectivement un de ses traits de caractère, peut-être la faiblesse principale qui le paralyse quand il s’agit de sanctionner les profiteurs du système.

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Les parents, amis et souteneurs 

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Le président ATT et son épouse Lobo Traoré, comme Alpha Oumar Konaré, Moussa Traoré et Modibo Keïta, sont aujourd’hui le couple qui a le plus de « parents » au Mali. Nous avons rencontré à Médina Coura un « cousin » de Lobo. Par quels liens est-il devenu le cousin de la première dame ? Sans sourciller, il explique : « Le griot qui a fait les démarches du mariage entre ATT et Lobo est l’ami intime de mon père ! » Et toc !  Elle s’est trouvé un cousin.

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Le Mali d’aujourd’hui est devenu un vaste champ de trafic d’influence ; ceux qui connaissent le chef, ceux qui ont vu son ombre, ceux qui ont approché sa femme ou ses enfants sont devenus des profiteurs du système, des démarcheurs à commission, des agents de libération de voleurs patentés et fossoyeurs de deniers publics. Chacun se prévaut d’une vague parenté avec la famille présidentielle pour se refaire une santé financière. En toute impunité.

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Il existe au Mali des services de renseignements, des agents bien formés et compétents capables d’identifier ces escrocs, de rapporter leurs faits et gestes afin qu’ils soient punis. Pourquoi le phénomène n’est pas jugulé ? Qui sont les protecteurs de ces requins qui spolient les honnêtes citoyens de jour comme de nuit ? Le président ATT, lors de la cérémonie de remise de diplômes aux lauréats de l’École nationale de police a dénoncé ces agissements. Preuve qu’il est informé et bien informé que des individus agissent en son nom ou au nom de son épouse. Depuis cette sortie, que s’est-il passé ?

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Amadou Toumani Touré n’a voulu ni créer un parti ni phagocyter un existant. Il s’est présenté comme indépendant. Avec les partis établis, il a préféré bâtir le « consensus », la gestion consensuelle du pouvoir. Les partis agréés à ce concordat version malienne avaient l’assurance d’obtenir des postes au sein du gouvernement, des ambassades ou consulats, ou d’autres institutions de la République. En sortant du domaine de la rectitude politique pour emprunter le langage du citoyen lambda, la pax ATT se résume à ceci : « J’ai été élu sans votre concours. Mais, si vous vous tenez tranquille, acceptez ma façon de faire gentiment, vous aurez votre part du gâteau. Vous ne mangerez à votre faim qu’en vous soumettant. En échange, je ferme les yeux sur vos incartades même s’il s’agit d’incompétence et de détournements de fonds publics.»

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 ATT s’est peut être investi dans le développement du Mali. C’est la méthode, l’organisation qui est bâclée. Dans le domaine de la santé par exemple. L’important, ce n’est pas de soutenir qu’ATT a travaillé et qu’il doit obligatoirement rester cinq années supplémentaires. La démocratie, c’est forcer ATT à nous convaincre qu’il est toujours l’homme de la situation, que les autres ne le valent pas ou ne peuvent faire mieux que lui. Cela est loin d’être le cas. À part l’énumération lassante des « réalisations », nous attendons toujours un vrai bilan. Cela veut dire, un décompte complet des passifs et actifs et une justification claire de la destination des sommes englouties.

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Et pour clore ce volet, ceux qui étaient au Sénégal en 1988 se rappellent bien un certain professeur Iba Der Thiam. Il fut le premier dans ce pays à créer un club de soutien à Abdou Diouf qu’il avait baptisé : « Abdou nu ndoy », littéralement, Abdou nous suffit. Iba Der attaquait avec une rare virulence les persifleurs qui osaient mettre en doute les compétences du président. Ce même Iba Der est actuellement au service d’Abdoulaye Wade, sans état d’âme. Lui qui disait que Wade est un « homme dangereux ». Les souteneurs ne soutiennent que leur propre cause.

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« Le Mali avance »

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À chaque inauguration de poulailler ou manifestation folklorique, le discours officiel répète le sésame : « Le Mali avance ». Vraiment ? Évitons les interprétations tendancieuses, comme par exemple : « Le Mali avance en arrière » et contentons-nous du sens commun de cette phrase qui suppose le progrès. « Le Mali avance » signifie donc : « Le Mali progresse ». Convenons-en. Mais il y a un hic, forcément. Car, prendre le cas de l’inauguration d’une plate-forme multifonctionnelle (c’est quoi exactement cette bibitte ?) ou d’une basse-cour de campagne comme indice de progrès est très divertissant certes, mais manque de substance.

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Le développement d’un pays ne peut être seulement une suite d’énonciations de projets ou d’inaugurations tapageuses. Nous en avons assez donné avec l’UDPM et ses têtes à claque, merci !

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La gestion de l’État sous ATT rappelle l’obsession de Narcisse, le petit écran à la place du miroir. Le pouvoir, pour se convaincre qu’il est performant, occupe continuellement le journal télévisé. Il ne mesure pas ses actions à l’aune de leur impact sur la vie quotidienne des citoyens mais à la longueur de la couverture médiatique. Plus on se voit remplir la lucarne, mieux on se croit vaillant travailleur. Cela rappelle la mouche du coche.

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Extrait de  “Un para à Koulouba”

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