Neutralité de l’administration et des médias : qui ATT veut-il tromper ?

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C’est l’ironie du voleur qui crie au voleur. Le Président sortant qui est passé maître dans l’art de battre campagne avant l’heure veut se positionner en censeur de conscience. Sa sortie ratée à Syama pour mettre en garde l’administration, la presse d’État et privée contre les dérives d’une campagne anticipée et partiale n’est que la poudre aux yeux.

"Retenez que la campagne électorale ne s’ouvre que le 8 avril conformément aux textes en vigueur". Cette instruction déclarée avec fermeté a été prononcée à Syama le dimanche 1er avril 2007 par celui que certains ont appelé "Monsieur Pierre Premier" ou "Monsieur inauguration".

Le Président de la République, Amadou Toumani Touré (ATT), puisque c’est de lui qu’il s’agit, en invitant les acteurs du jeu politique à la retenue et au respect des textes qui régissent la gestion de la période électorale, a étonné plus d’un observateur. Puisque seulement 24 heures avant, des milliers de jeunes et d’hommes politiques étaient dans les rues de la capitale malienne pour dénoncer "la campagne permanente et anticipée du candidat Amadou Toumani Touré".

En faisant une sortie aussi surprenante qu’incongrue, ATT répondait visiblement au schéma d’un proverbe africain selon lequel "on ne peut voir la paille dans son propre oeil, mais dans celui du voisin". ATT peut-il faire croire aux Maliens qu’il ne sait pas que le tour complet de tous les cercles et communes urbaines du pays qu’il vient de boucler n’est rien d’autre qu’une campagne orchestrée et effectuée avec les moyens de l’Etat ?

Une campagne complètement battue et même achevée avant la date du 8 avril qu’il évoque superbement comme étant celle de la loi. Comment comprendre qu’un Président de la République, chef de l’Etat, sillonne tout le pays, régions et cercles, en n’ayant comme prétexte que la pose d’une première pierre ou une coupure de ruban d’inauguration. "Monsieur inauguration" ou "Monsieur Pierre Premier" est seul à pouvoir nous donner la réponse.

Nous sommes déçus car cette réponse ne se retrouve pas dans l’appel du candidat au peuple malien. Si les textes et règlements intérieurs, les lois doivent être lus, interprétés et appliqués correctement et que cela est une obligation pour chacun des acteurs, personne, Président de la République fut-il, ne serait au dessus de la loi ! Surtout quand il s’agit d’un Président candidat à sa propre succession, déclaré ou indélicatement mué.

C’est dire que ATT a fait une sortie très gauche à Syama où il a une fois de plus dérapé sur le terrain politique. Ce qui n’était pas l’objet de sa visite. En définitive, ATT est très mal placé pour parler sur ce ton là aux partis politiques, aux regroupements de partis politiques, aux associations de jeunes et de femmes. "Il faut faire preuve de maturité et de responsabilité et surtout d’honneur et de dignité", a assené le Président ATT à ses concurrents au fauteuil présidentiel.

Cette réflexion concerne certainement les partis et associations qui ont organisé une marche pacifique de protestation contre non seulement l’inégal accès aux médias d’Etat profitable au Président candidat mais aussi et surtout l’absence de neutralité de l’administration et de l’armée qui sont fortement politisées.

Ces dernières n’hésitent plus à battre ouvertement campagne pour le président sortant ATT. "La presse, qu’elle soit nationale, d’Etat ou privée, doit jouer son rôle en toute impartialité d’abord en toute responsabilité, avec professionnalisme et surtout en ayant qu’une seule idée en tête : ce que je vais dire ou ce que je vais faire doit être dans le sens de la vérité", déclarait ATT à Syama où il était non pas pour un meeting politique mais pour la réouverture de la mine d’or de Syama.

Nul ne peut se prévaloir de ses propres turpitudes, dit l’adage. Et ATT invite la presse à l’impartialité, à la responsabilité et au professionnalisme. Seulement après que l’opposition politique ait mis sur le ban des accusés, la presse d’État, notamment l’Office de radiodiffusion et télévision du Mali (ORTM) auquel on reproche la "diffusion des moindres faits et gestes du candidat ATT et des groupes qui le soutiennent, tandis que les activités de l’opposition sont traitées avec une légèreté qui jure avec le professionnalisme et l’éthique journalistique".

L’observateur de la scène politique se pose la question suivante : entre ATT et l’opposition qui joue à la politique de l’autruche ? On sait cependant que les deux parties se rejettent la responsabilité de l’ouverture avant la lettre de la campagne électorale.

Abdoulaye Ouattara
Boukary Daou

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