Monnaie unique de la CEDEAO : Un dilemme pour l’AES ?

Après plusieurs décennies de débats, de reports et de réajustements, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) a de nouveau fixé l’horizon de lancement de sa monnaie unique, l’Eco, à l’année 2027.

14 Jan 2026 - 02:15
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Monnaie unique de la CEDEAO : Un dilemme pour l’AES ?
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Monnaie unique de la CEDEAO : Un dilemme pour l’AES ?

Présentée comme un levier majeur d’intégration économique, cette monnaie est appelée à remplacer progressivement les devises nationales des États membres, y compris le franc CFA dans l’espace Uémoa, actuellement arrimé à l’euro.

Mais ce projet, déjà complexe dans sa mise en œuvre, se heurte désormais à une nouvelle équation politique et économique : celle des pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) – le Mali, le Burkina Faso et le Niger – qui ont officiellement quitté la Cédéao tout en demeurant, pour l’instant, dans la zone franc CFA. Dès lors, une question centrale se pose : l’Eco est-il encore accessible aux États de l’AES, et à quelles conditions ?

L’objectif affiché de l’Eco est clair : faciliter les échanges et le commerce intrarégional en supprimant les coûts de conversion monétaire et les risques de change ; renforcer l’intégration économique et la coordination des politiques macroéconomiques ; stimuler l’investissement régional et réduire la dépendance structurelle aux devises extérieures, notamment l’euro et le dollar.

Dans une région où le commerce intra-africain demeure structurellement faible, une monnaie commune est perçue comme un outil stratégique de souveraineté économique et de compétitivité. Toutefois, cette ambition repose sur un préalable incontournable : le respect de critères stricts de convergence macroéconomique.

Pour intégrer pleinement l’union monétaire, les États candidats à l’Eco doivent satisfaire des critères précis : maîtrise de l’inflation, déficit budgétaire soutenable, niveau adéquat de réserves de change, stabilité de la dette publique, entre autres. Ces exigences visent à éviter les déséquilibres macroéconomiques susceptibles de fragiliser l’ensemble de l’union.

Or, les pays de l’AES, confrontés à des défis sécuritaires majeurs, à des sanctions économiques récentes et à une pression accrue sur leurs finances publiques, sont aujourd’hui objectivement éloignés de ces critères. La question n’est donc pas uniquement politique, mais profondément économique : la Cédéao peut-elle intégrer dans l’Eco des États qui ne remplissent plus les conditions minimales de convergence ?

Sur le plan institutionnel, la situation est inédite. Les États de l’AES ne sont plus membres de la Cédéao, mais restent arrimés à un système monétaire – le franc CFA – historiquement géré dans un cadre régional et international. Accepter ces pays dans l’Eco reviendrait, de facto, à dissocier l’union monétaire de l’appartenance politique à la Cédéao, ce qui poserait un précédent lourd de conséquences.

À l’inverse, exclure durablement l’AES du projet Eco accentuerait la fragmentation économique de l’Afrique de l’Ouest et pourrait affaiblir la portée régionale de la future monnaie unique.

Si les pays de l’AES devaient rester en marge de l’Eco, plusieurs scénarios se dessinent. Le maintien prolongé dans la zone franc CFA poserait un paradoxe politique majeur, au regard du discours souverainiste porté par les autorités de transition. La création d’une monnaie propre à l’AES, souvent évoquée, impliquerait quant à elle des coûts techniques, institutionnels et financiers considérables, ainsi qu’une crédibilité internationale difficile à construire à court terme.

Or, dans un contexte de mondialisation fragmentée, se tenir à l’écart d’une monnaie régionale censée faciliter le commerce intra-africain pourrait pénaliser durablement les économies sahéliennes, déjà fragilisées.

L’Eco apparaît ainsi comme un dilemme stratégique pour l’AES : participer à une dynamique régionale dont elle s’est politiquement détachée, ou assumer une trajectoire monétaire autonome aux risques élevés. De son côté, la Cédéao devra trancher entre orthodoxie économique et pragmatisme géopolitique.

À l’approche de 2027, une certitude s’impose : la question monétaire sera l’un des principaux champs de recomposition des rapports de force en Afrique de l’Ouest, et l’avenir de l’Eco ne pourra être dissocié du sort réservé aux États du Sahel.

Alexis Kalambry

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Commentaires (11)

User
KALWA
KALWA 9 mois
Arrêtez de distraire les gens. Depuis plusieurs années les mêmes choses, mais jamais concrétisé. Vous prenez les africains pour des imbéciles ?
Coulibaly Yacouba
Coulibaly Yacouba 9 mois
Nous entendons parler de cette monnaie de la CEDEAO depuis plus de deux décennies maintenant sans suite, à ce rythme cette entité n'aura jamais, jamais, jamais une monnaie. Il faut que les dirigeants de l'AES refusent cette fameuse monnaie qui est sous la diligence du colon français. Il y a plusieurs pays de cette organisation qui croient que l'Afrique ne peut pas s'administrer, ils sont atteints par une maladie psychologique qui les empêchent de prendre leur liberté totale, leur souveraineté, quelle honte pour notre Afrique en ce 21ième siècle? Quel comportement éhonté? Quelle indignité? L'AES doit battre sa monnaie en faisant fie de ce cinéma de la CEDEAO.
Tres fache
Tres fache 9 mois
Le problem de l’ homme afrcain c’est que l’on parle trop sans action. Comme que l’on dit souvent “qui ne risque rien n’ a rien”. Nous somme sur le continent le plus rien monde. Cree sa propre monnaie ne peut pas etre fatale. Je souhaite que l AES cree sa propre monnaie sans la CEDEAO. Rappellons nous que la CEDEAO telle quelle est, est une entrave au development des etats members. L’EAS doit continuer de s’elloigner de la CEDEAO.
MODIBBO
MODIBBO 9 mois
Cela fait 65 ans que nous en sommes à bavarder, à argumenter et à tergiverser sans vouloir jamais sauter le pas, alors même que TOUS LES AUTRES PAYS DU MONDE, SANS AUCUNE EXCEPTION, ONT LEUR PROPRE MONNAIE DISTINCTE ET SEPAREE et ne s’en portent pas plus mal que nous. Mieux encore, des pays qui comme nous étaient d’anciennes colonies françaises et qui avaient comme nous pour monnaie la monnaie coloniale, à savoir le Vietnam, Madagascar, la Mauritanie, l’Algérie, la Tunisie, le Laos, le Maroc, sont TOUS sortis de la zone franc (pas exclusivement CFA), ont créé leur propre monnaie distincte et séparée et n’ont jamais ressenti le besoin d’y revenir. Et pourtant le ciel ne leur est pas tombé sur la tête faute de ne plus appartenir à la zone ‘’franc’’. Pourquoi alors serions-nous les seuls qui serions balayés par l’instabilité monétaire si nous osions sortir de cette zone à laquelle personne d’autre que nous n’appartient sans en mourir pour autant ? Mais on a beau argumenter, montrer et démontrer ce qui est l’évidence même, la manifestation du bon sens, et qui nulle part ailleurs qu’en Afrique ne ferait même pas débat, rien n’y fait. Alors qu’un récent sondage indique que 90% des Africains sont favorables à la sortie du franc CFA, les décideurs politiques sont toujours freinés par des considérations oiseuses quand de prétendus ’’experts’’ ne leur demandent pas de remplir des conditions impossibles qui ont essentiellement pour résultat de renvoyer aux calendes grecques la création de notre monnaie. En fait, comme toujours, on compte sur la peur de l’inconnu, du changement et sur la frilosité des uns et des autres pour prolonger notre esclavage monétaire. Or, il n’y a pas de solution absolument idéale et il n’y a aucune entreprise au monde qui ne comporte un certain risque. Refuser de courir quelque risque que ce soit (par exemple l'instabilité monétaire), c’est tout simplement décider de ne rien faire. Ce qui est en fait le but recherché par toute une foule d’influenceurs (dont le plus actif est le Congolais qui a emporté la caisse du Général), de prétendus experts financiers et d’ ‘’économistes’’ mobilisés par la Françafrique dans le cadre de sa guerre informationnelle contre les Africains.
MODIBBO
MODIBBO 9 mois
Alexis: ''La création d’une monnaie propre à l’AES, souvent évoquée, impliquerait quant à elle des coûts techniques, institutionnels et financiers considérables, ainsi qu’une crédibilité internationale difficile à construire à court terme.'' Les dirigeants africains, par frilosité, nous maintiennent toujours dans l’esclavage monétaire et n’osent pas sortir du franc CFA, conditionnés qu’ils sont depuis toujours par les faux économistes africains et autres ’’conseillers’’ tout aussi frileux et lâches, qui n’arrêtent pas d’alarmer tout le monde sur de prétendus ‘’dangers’’ menaçant la stabilité monétaire en cas de sortie du CFA. Chaque fois qu'on veut bouger, ily a tout une cohorte de fax intellectuels qui se précipitent pur dire: ''Attention! Attention! L'inflation! Attention! Attention! L'instabilité monétaire...'' Or, quelle est l''entreprise humaine dans ce monde qui n'a pas de cout, qui ne comporte aucun risque? ATTENDRE QUE ''LES CONDITIONS IDÉALES'' SOIENT CRÉÉES POUR AVOIR NOTRE PROPRE MONNAIE, C'EST TOUT SIMPLEMENT REMETTRE AUX CALENDES GRECQUES NOTRE SOUVERAINETÉ MONÉTAIRE. CELA FAIT 65 ANS QUE NOUS DÉBATTONS, TERGIVERSONS, ORGANISONS CONFÉRENCES SUR CONFÉRENCES, COLLOQUES SUR COLLOQUES, ÉCRIVONS DES CENTAINES DE LIVRES, DES MILLIERS D'ARTICLES SANS AVANCER. DES ''EXPERTS'' FRILEUX CONTINUENT TOUJOURS A NOUS DIRE QUE LE MOMENT N'EST PAS VENU? QUAND DONC LE MOMENT VA-IL VENIR, ET LE MOMENT VIENDRA-T-IL DE LUI-MÊME SI NOUS N'OSONS RIEN FAIRE? POURQUOI LE MOMENT EST-IL VENU POUR CES CENTAINES DE PAYS DU MONDE QUI ONT LEUR PROPRE MONNAIE MAIS JAMAIS POUR NOUS? QUAND SERONS-NOUS PRÊTS? DANS ENCORE 100 ANS? De toutes les façons il est clair pour tout le monde que nous ne pouvons rester dans le franc CFA et espérer nous développer. La preuve en est que ça fait plus de 60 ans, plus de 100 ans même, que nous sommes dans le franc CFA et que nous demeurons dans l'impasse. Or, quand on a essayé quelque chose pendant 60 ans et que ça ne marche pas, n'est-il pas temps de se poser des questions et de tenter autre chose ? Pourquoi rempiler pour 60 autres années, 100 autres années, avec le même système dont on voit bien qu'il a échoué? Les mêmes causes produiront toujours les mêmes effets et comme disait Einstein, « La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent ». Ça n'a pas marché. Ça ne marchera jamais et on nous dit qu'il faut pourtant rester encore et encore. Pour combien de temps encore? Pour 100 autres années? Rester dans le franc CFA n'engendrera jamais que la misère et le sous-développement. Nous pourrons bien sur, comme Sisyphe, continuer à pousser notre pierre au sommet de la montagne. Elle dégringolera toujours et il nous faudra aller la rechercher au pied de la montagne. Indéfiniment. C'est cela la définition même de l'absurde.
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