Editorial – Le lièvre et l’âne

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Comment le « vieux » a fait pour gagner haut la main ? Est-ce que ce qui s’est passé au Sénégal pourrait se passer ici ? Ce sont là quelques unes des nombreuses questions que se posent certains observateurs et les Maliens moyens. Que peut-on répondre ? Que tout est possible parce qu’il y va des élections comme de la vie de tous les jours : comparaison n’est pas raison. Ceux qui dressent des parallèles et trouvent dans un jeu de grand écart des similitudes qui leur sont favorables ne devraient pas perdre de vue ce que la sagesse malienne nous enseigne : « sonzan tulo ka jan i na fo fali nga a den tè » (traduction libre : le lièvre ressemble à l’âne mais ce n’est pas son petit).rn

La victoire de Wade au premier tour a surpris beaucoup d’observateurs ; peut-être le vainqueur lui-même. De ce qu’on sait aujourd’hui il semble que l’inorganisation et la désorganisation de l’opposition sénégalaise ont joué une grande part dans le scrutin du 25 février dernier. Parce qu’il est inconcevable de la part d’hommes politiques qui prétendent gagner une élection d’être incapables

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d’envoyer des délégués dans les bureaux de vote. Au Mali, il apparaît tout au long des déclarations de ceux qui croiseront le fer avec ATT que l’un des points sur lesquels ils mettront l’accent concerne justement leur présence physique sur le parcours du scrutin. Mieux, contrairement au Sénégal, ceux qui sont regroupés au sein du FDR sont tous mus par la même volonté : barrer le chemin à ATT. En empêchant une victoire au premier tour du Président sortant.

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Mais la différence entre Wade et ATT ne se limite pas seulement au niveau de ceux qui les combattent. Il y a que le Président sénégalais est un authentique homme politique. De 1974 à aujourd’hui, cela lui fait 33 ans de présence permanente sur l’échiquier politique. Il y a connu des moments de joie et des moments de peine ; il a connu les frustrations, les humiliations, les privations, la galère, les trahisons, la prison. Puis la victoire en ce mois de mars 2000. Son parti qui demeure une véritable machine électorale a pris de l’embonpoint grâce à la main mise sur l’appareil de l’Etat et sur l’argent de l’Etat. Le Président ATT n’a pas le même parcours que son homologue sénégalais ; mais le sien est tout aussi honorable. Comme Wade, il a l’appareil de l’Etat et l’argent de l’Etat. Mais à la différence de Wade, ATT ressemble à un homme seul en ce sens qu’il ne dispose d’aucune machine électorale autour de lui et

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d’aucune organisation malgré la foultitude de soutiens. Les associations qui naissent tous les jours en son nom rivalisent dans l’art de s’exhiber au point de paraître folkloriques. A quelques semaines des élections, le Mouvement citoyen est empêtré des ses contradictions et ses querelles de leadership. Quant à lADP, elle ne parvient toujours pas à résoudre la problématique de la mobilisation de ses militants derrière le candidat choisi pour eux. Entre les premiers

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responsables même, tout le monde n’est pas au même diapason. On a pu suivre sur RFI la différence d’approche entre les partisans de ATT. Quand Me Tall du Cnid met en avant les réalisations, Me Wahab de l’URD (les deux sont de l’ADP) relativise en déclarant qu’on a l’impression qu’on fait du surplace et que des dossiers importants restent en souffrance comme l’école, la corruption, la communication etc.

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Ce qui s’est passé au Sénégal peut-il se faire ici ? Tout est

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possible en ne perdant pas de vue que le lièvre ressemble à l’âne mais que ce n’est pas son petit.

rnElhadj Tiégoum Boubèye Maïga

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