Z’Histoires : Mamadou Konaté, un exemple pour nos politricheurs

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Le 25 septembre 1955, lors de la clôture du 4e congrès de l’US-RDA,  tenue à Bamako, il prononçait ses derniers mots en public : « Camarades, je vous dis au revoir. Allez au travail, confiants dans les forces du peuple, sûrs que l’avenir est à ceux qui luttent et peinent ! ». Au lieu d’un simple au revoir, c’était un adieu, Mamadou Konaté le savait –il ? Coïncidence ou prémonition ?

Né à Kati, Mamadou Konaté était l’élève le plus doué de sa classe. Tout naturellement, il poursuit ses études à William Ponty. Cette prestigieuse école, située sur l’île de Gorée, au Sénégal, était, à l’époque, la pépinière des premiers leaders politiques ouest –africains. Le 15 septembre 1919, Konaté en sort instituteur et… major de sa promotion. Il exercera la fonction de surveillant général, à William Ponty même : une opportunité rare, à l’époque ! Mais ce nouveau surveillant avait un sens élevé du devoir. Un de ses anciens élèves, qui n’était autre… que Félix Houphouet Boigny, se rappelait du respect et de la vénération qu’il inspirait aux étudiants : « Un simple regard de lui suffisait à assagir les enfants turbulents que nous étions. Car, sans cesse, nous disions : il ne faut pas faire de la peine à papa Konaté ».  A partir de 1919, papa Konaté exerce, successivement, à l’Ecole Professionnelle de Bamako, à Diafarabé, à Kolokani, à l’Ecole Primaire Supérieur de Bamako, et à l’Ecole Rurale de Bamako-Coura, dont il sera le Directeur jusqu’en 1946.

Durant 27 ans, il formera, certes, des élèves de tous horizons. Mais il saura insuffler, aux jeunes instituteurs, la connaissance et le goût de la profession. Il saura, surtout, susciter l’estime générale, de par sa grande tendresse. Un jour, on le vit pleurer à chaudes larmes dans sa classe, parce que quelques uns de ses élèves, par mesure de discipline, avaient été exclus de l’école. Il émanait de lui une telle sérénité que, durant ses 10 ans de vie politique, aucun de ses adversaires n’aurait osé le traiter en ennemi, en dépit des conflits sociaux de l’époque. C’est dans son quartier de Bamako-Coura qu’il entamera son odyssée politique. Il était l’homme sage et dévoué, le conseiller, le réconciliateur de ménages et des familles, le soutien des pauvres et des désemparés. Du matin au soir, sa cour était remplie de monde.

L’Odyssée Politique

A la naissance du Mouvement Syndical de l’Afrique Occidentale française, les enseignants du Soudan français demandent à Konaté d’en prendre la tête. Ainsi se rend –il en 1945, pour la première fois, en France, en tant que Représentant du Soudan français, à une conférence de la Confédération Générale des Travailleurs. Sous la pression de ses sympathisants, il est contraint, la même année, de faire acte de candidature à l’Assemblée constituante française. Une dure épreuve, qui l’opposera à son ami et compatriote, Fily Dabo Sissoko, leader du bloc soudanais, section de la SFIO. A la veille du Congrès constitutif du R.D.A., à Bamako, en Octobre 1946, il tente l’impossible pour réaliser l’unité entre les deux entités politiques, … sans y parvenir. L’incompréhension des militants et la répression coloniale finiront par transformer son parti en « Union Soudanaise R.D.A. ». Elu Député du Soudan français à l’Assemblée nationale française, en novembre 1946, il sera toujours réélu, jusqu’à sa mort. Les injustices coloniales le pousseront à étendre son action au-delà du cercle des enseignants et de son quartier de Bamako-Coura.

Président de l’Union soudanaise, il sera à la fois Conseiller général de Bamako, membre du grand Conseil de l’A.O.F. (Afrique Occidentale Française), Vice –Président du Comité de coordination du R.D.A. et Président du groupe parlementaire R.D.A.. Si bien que, de Sikasso à Gao, en passant par Kayes et Mopti, l’Union soudanaise n’était connue que sous le nom de « parti de Konaté ». A l’Assemblée nationale, il s’impose très vite par son talent d’orateur clairvoyant. Les élections du 2 janvier 1956 consacrent la victoire de l’union soudanaise, et le début de cette réconciliation des soudanais, à laquelle il tenait tant. Du coup, il est élu Vice –Président de l’Assemblée nationale française, et… à son insu. Ses amis, craignant son refus du poste, ne l’informèrent qu’après coup… Au cours de ses 10 ans de gestion parlementaire, Konaté  fut l’artisan de l’élaboration du Code du travail d’Outre –Mer, et fut présent à tous les débats, en faveur de la décolonisation. Grâce à sa force de persuasion, il réussit à désarmer ses adversaires au cours de ses interventions, que ce soit à Bamako, à Dakar ou à Paris.

Un franc –parler, une philosophie

La candeur et la franchise de l’homme étaient telles, qu’il ne comprendra jamais qu’un politicien soit incapable d’honorer ses promesses. Mamadou Konaté était aussi friand de rires et de blagues, inhérents à son franc –parler de malinké. Nous retenons une blague qu’il affectionnait particulièrement : « Au début des temps, Dieu proposa aux hommes de leur donner de l’or et du papier. Les Noirs, s’estimant plus malins, choisirent, l’or, tandis que les blancs se contentèrent du papier. Mais avec ce papier, les blancs fabriquèrent la monnaie et s’approprièrent l’or des noirs. Ceux –ci s’aperçurent, trop tard, qu’ils avaient perdu l’or et l’argent. Ainsi commença la colonisation ». Une autre anecdote illustre bien la manière d’être de Konaté, dans sa vie de tous les jours. Dans son journal de Bamako, « L’essor », il relate l’histoire de son porte –feuille perdu dans un taxi, et rapporté par un honnête homme : « Mes amis me conseillèrent de faire une déclaration de perte à la police ; mais en bon musulman, j’ai préféré me résigner, estimant inutile la démarche suggérée ».

Durant les derniers jours de sa vie, il consolait lui –même ses amis, en leur demandant de ne pas trop s’occuper de lui, mais de penser à l’unité et la cohésion du parti. Se sâchant condamné par la maladie et sentant sa fin venir, il préféra quitter l’hôpital pour se rapprocher des siens. Il dicte lui –même les règles de ses obsèques : il se fit lui –même acheter son linceul, en exigeant que ce soit une étoffe ordinaire, celle des pauvres ; le 11 mai 1956, il rendit l’âme à Bamako-Coura. « Nous sommes tous appelés à mourir. Ce qui ne meurt pas, c’est le pays. Pensez au pays ! ». Cette phrase, répétée sans cesse, a toujours régi l’existence de Mamadou Konaté.

Rassemblé par O. Diawara

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