Projet de loi de finances 2027 : Le budget 2027 et les indicateurs de la croissance
Le budget 2027 et les indicateurs de la croissance Le gouvernement a franchi une étape décisive dans la conduite de sa politique économique en adoptant, le 18 septembre 2026 en Conseil des ministres, le projet de loi de finances pour l'exercice 2027.
Désormais transmis au Conseil national de Transition (CNT) où son examen approfondi a débuté le 5 octobre dernier, ce texte budgétaire traduit un exercice d'équilibre particulièrement délicat.
Face à la pression continue exercée sur les finances publiques par les exigences impératives de défense et de sécurité nationale, l'exécutif vise à contenir le déficit budgétaire par une intensification de la mobilisation des ressources intérieures, tout en affichant une trajectoire d'expansion économique ambitieuse fixée à 6,5% de croissance à moyen terme.
Le premier constat est à la mobilisation accrue des recettes et un repli du déficit public. Au titre de l'exercice 2027, les recettes budgétaires globales sont ainsi projetées à 3866,635 milliards de FCFA, contre 3372,895 milliards de FCFA enregistrés dans la loi de finances rectificative de 2026. Cette progression notable de 14,64%, représentant une plus-value nette de 493,740 milliards de FCFA, surpasse nettement la croissance nominale attendue du PIB. Cette anticipation suppose un élargissement dynamique de la base taxable ainsi qu'un renforcement opérationnel des administrations fiscale et douanière.
Dans son rapport pays d'évaluation publié en septembre 2026, la Banque africaine de développement (BAD) souligne le poids prépondérant du secteur informel au Mali, précisant que son intégration progressive dans le filet fiscal exigera du temps et un soutien continu aux capacités institutionnelles.
Par ailleurs, la hausse soutenue des cours mondiaux de l'or et du lithium constitue une opportunité majeure de recettes extraordinaires, bien que leur prise en compte doive s'inscrire dans une règle budgétaire non minière prudente afin de prémunir l'économie contre toute volatilité procyclique.
En parallèle, les charges budgétaires sont évaluées à 4462,646 milliards de FCFA, s'inscrivant en hausse de 11,75% par rapport à 2026, soit une augmentation de 469,326 milliards de FCFA.
La croissance des recettes devançant celle des dépenses, le déficit budgétaire s'amenuise, passant de 620,425 milliards de FCFA en 2026 à 596,011 milliards de FCFA en 2027. Cette amélioration nette de 3,93% du solde déficitaire porte le taux de couverture des dépenses par les recettes propres de 84,5% à 86,6%.
Si le repli du déficit en valeur absolue témoigne d'une volonté d'assainissement, la répartition des crédits soumise à l'arbitrage des membres du CNT met en lumière des contraintes structurelles majeures. L'arbitrage budgétaire demeure en effet étroitement encadré par le financement prioritaire de l'effort militaire. Les données historiques transmises par la BAD révèlent qu'entre 2021 et 2023, le service de la dette a dépassé les dotations allouées au secteur de la santé, ces dernières ne représentant en moyenne que 5,5% du budget général et 4,5% du PIB.
Dans la perspective de 2027, la permanence des impératifs sécuritaires impose une rigidité certaine aux dépenses de souveraineté, restreignant la marge de manœuvre disponible pour accroître substantiellement les enveloppes dédiées aux priorités sociales telles que l'éducation, la santé, l'accès à l'eau potable, l'énergie et l'emploi des jeunes.
Le Document de programmation budgétaire pluriannuelle (DPPE-PAP 2027-2029) formalise un objectif de croissance réelle moyenne de 6,5% par an, marquant une accélération par rapport au taux de 4,1% réalisé en 2025 et aux 5,5% projetés pour 2026. Ce rebond repose sur une série d'hypothèses clés : la relance de la production aurifère, la normalisation des approvisionnements en hydrocarbures, la sécurisation progressive du territoire et la résolution des litiges dans le secteur minier. La BAD salue la résilience globale de l'économie malienne, qualifiant la performance de 2025 de «socle solide» malgré l'impact combiné des contraintes sécuritaires et climatiques, tout en appelant à une mobilisation accrue de l'épargne nationale et des transferts de la diaspora.
Concernant le profil d'endettement, le ratio de la dette publique est demeuré contenu à 48,87% du PIB en 2025. Toutefois, le coût de son service continue de peser sur le cadrage financier : la part des recettes publiques absorbée par le service de la dette extérieure s'est élevée à 42,1% en 2025 contre 41,6% en 2024.
L'examen du projet de loi de finances 2027 par le Conseil national de Transition constitue ainsi un test majeur pour la lisibilité des choix stratégiques de l'État. La trajectoire d'assainissement affichée confirme une orientation budgétaire rigoureuse, dont la pleine concrétisation dépendra de la maîtrise des contingences sécuritaires et de l'efficacité du recouvrement fiscal.
Mémé Sanogo
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