Thomas Sankara, l’homme intègre": La résistance d’une prophétie"

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Figure emblématique de la politique africaine, Thomas Sankara (1949-1987) a légué aux générations futures la verve et l’énergie de l’espoir, l’emblème de la probité et la conscience historique de l’inaliénabilité de la lutte contre toutes oppressions. Sa vie et son combat pour une Afrique affranchie du joug néocolonialiste continuent à inspirer les écrivains et les cinéastes. Le Suisse Robin Shuffied vient de lui consacrer un film documentaire intitulé, « Thomas Sankara, l’homme intègre ». Une œuvre vue par notre envoyé spécial en marge du Fespaco 2007.rn

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« Tuer le prophète n’empêche pas la prophétie de se réaliser », dit l’adage. C’est la triste réalité à laquelle les autorités burkinabé sont aujourd’hui confrontées dans leur besogne d’effacer Thomas Sankara dans la mémoire collective de leur pays. Hélas, pour eux ! L’homme ne cesse de grandir dans l’estime de ses compatriotes qui comprennent maintenant la portée réelle de son combat politique. La projection du film documentaire « Thomas Sankara, l’homme intègre » au Centre national de presse Norbert Zongo l’a prouvé une fois de plus.

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Jeudi 1er mars 2007, le Centre a refusé du monde. La projection du film était programmée à 18 h. Déjà à 16 h, il n’y avait plus de place dans la vaste cour. Les organisateurs étaient obligés de demander aux plus jeunes de céder la place à leurs aînés et aux étrangers. Impossibles de trouver une place même sur les mûrs. Même les arbres étaient pris d’assaut par la foule. Le nom de Sankara mobilise plus qu’on ne le pense. Et pourtant, le film n’était même pas retenu dans la sélection officielle de cette 20e édition du Fespaco.

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Ce qui doit faire peur au régime de Compaoré, c’est que la majorité de cette immense foule avait en moyenne 16 ans. La popularité de Sankara dépasse les générations qui l’ont connu. Il était vivement ovationné à chaque apparition dans le film documentaire alors que son assassin était copieusement hué et traité de « traître » par les jeunes cinéphiles.

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Le documentaire sur Thomas Sankara est l’œuvre de Robin Shuffield. D’une durée de 52 minutes, c’est un portrait en images de Sankara durant son passage à la présidence du Faso. Le président assassiné le 15 octobre 1987 est présenté comme un homme fougueux, étonnant qui, en quatre ans de règne, a bousculé les idées reçues sur l’Afrique. Il a réussi à remettre en cause la féodalité des chefs coutumiers contre les populations et des hommes contre les femmes.

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Le réalisateur s’est replongé dans les archives pour ressortir les interventions de Sankara au Sommet Afrique-France, à celui de l’OUA où Sankara demande aux présidents africains de soutenir tous ensemble l’idée de l’effacement de la dette du continent. Une quête qui est plus que d’actualité de nos jours.

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Le mérite de Shuffield, c’est d’avoir aussi réussi à faire parler non seulement des collaborateurs du capitaine, mais aussi des témoins. Il s’agit, entre autres, de Boukary Kaboré dit le Lion, Jean Hubert Bazié (journaliste écrivain), Edouard Ouédraogo (fondateur de l’Observateur Paalga, un quotidien du pays), John Jerry Rawlings (ancien président du Ghana). Tous donnent leur point de vue sur la Révolution burkinabé sans aucune complaisance.

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L’originalité du film se retrouve d’ailleurs dans leurs interventions puisque la plupart des images et des propos du président Sankara sont déjà connus. Ainsi Rawlings dira de son ami Sankara, qu’il était impatient, même s’il ajoute aussitôt que cette impatience des changements était justifiée. Le président français, François Mitterrand pour sa part, lancera à Sankara qu’il va un peu loin. En tous les cas, après 4 ans de révolution, les populations avaient commencé à s’essouffler, à sentir les exactions et les dérives des comités de défense de la révolution (CDR).

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Des frictions et des tendances internes sont nées et conduiront à la chute de Sankara. Cette chute, Sankara la voyait venir. Mais, comme il l’a dit dans le film, « tel un cycliste sur une pente dangereuse, je suis obligé de continuer à pédaler ». Il maintient le cap tout en étant convaincu d’œuvrer pour l’émancipation de son peuple. Un peuple dont il se disait incompris.

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Plutôt que le début et la fin d’un homme d’Etat, « Thomas Sankara, l’homme intègre » montre comment un officier militaire a construit sa grandeur jusqu’au plus haut niveau, au prix de sa propre vie. Ce film démontre que Sankara était un messie en avance sur son époque par les sentiers de développement ouverts dans son pays et ses combats panafricains contre la faim, la malnutrition, la dette, l’exploitation abusive des ressources du continent…

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Et cette œuvre fait surtout parler d’elle dans le monde et elle est au programme de toutes les grandes rencontres cinématographiques des prochains mois. Vendredi dernier seulement (30 mars 2007), elle était au centre d’un débat à Paris. C’était dans le cadre du Festival international du film des droits de l’homme.

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Moussa Bolly (envoyé spécial)

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VINGT ANS APRES SANKARA Oser inventer l’avenir

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Le 15 octobre 2007, les sankaristes du monde entier vont commémorer l’assassinat du président du Faso, le capitaine Thomas Sankara. Ce crime impuni a plongé le pays dans le désarroi et le découragement même si on n’a jamais pu enterrer avec l’homme l’essence de sa révolution.

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Bien que le nouveau pouvoir se soit empressé d’annuler l’œuvre de Thomas Sankara et de son équipe, cette œuvre, accomplie à en peine quatre années, reste vivante dans le cœur des Africains et des peuples en lutte tant elle correspond aujourd’hui encore aux besoins et aux aspirations du continent, surtout celles de sa jeunesse.

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Qu’il s’agisse de l’annulation de la dette, du problème du néocolonialisme, de la lutte active contre la corruption, de la promotion des femmes, de l’économie rurale, de la responsabilisation des citoyens, de la santé, de l’éducation… Thomas Sankara apparaît comme un visionnaire.

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Pour ceux qui ont connu l’homme, « l’effort que Sankara demandait à lui-même et aux autres visait à construire un avenir meilleur sur des bases saines. Cette exigence permanente qu’il imprimait demandait des sacrifices de la part du peuple. Or, force est de constater qu’aujourd’hui le peuple burkinabé subit un Grand Bond en arrière ».

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En effet, malgré le masque démocratique du pouvoir actuel, une misère sans fond s’aggrave d’année en année tandis qu’une classe aisée et frivole s’enrichit sans vergogne. Il y a aujourd’hui deux Ouaga comme il y a deux Burkina : celui de la minorité riche et l’autre de la majorité de démunis souvent contraints de noyer leur misère dans la bière qui coule maintenant à flot dans les innombrables cabarets présents dans toutes les villes du pays.

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La simplicité de Sankara, sa vivacité d’esprit, son humour, sa droiture, sa générosité, plaisent à une jeunesse africaine consciente qui se reconnaît en lui et manifeste son enthousiasme par la création de « clubs Sankara » au Mali, au Sénégal, en Côte d’Ivoire, au Bénin, en Guinée… De jeunes d’Europe, d’Asie, d’Amérique latine, des Etats-Unis, partout dans le monde, se sont spontanément constitués en « Clubs Sankara ».

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Vingt ans après, la pensée de Thomas Sankara n’a donc pas pris une ride. Bien au contraire ! C’est cette actualité sankariste qui sera mise en évidence le 15 octobre 2007 par une manifestation qui fera date. La Campagne internationale justice pour Sankara (CIJS) a, durant les 10 dernières années, déployé une procédure juridique pour obtenir justice pour ce leader éclairé.

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D’abord devant toutes les juridictions du Burkina où elle a été déboutée, puis à l’ONU où, en 2006, elle a finalement obtenu justice. Cette victoire qui marque un précédent à l’ONU et en Afrique dans le cas de l’assassinat d’un chef de l’Etat, doit cependant être respectée par le régime du Burkina qui perpétue l’impunité.

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La 20e commémoration doit constituer un moment de mobilisation et de pression nationales et internationales pour que le Burkina respecte enfin ses engagements internationaux, et de justice à Thomas Sankara, à sa famille et ainsi permettre une véritable réconciliation nationale.

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« Nous nous engageons à organiser différentes formes de mobilisation dans un maximum de pays de la planète, avec comme point central une action internationale de trois jours à Ouagadougou, à l’occasion de la commémoration du 20e anniversaire de l’assassinat de Sankara, le 15 octobre 2007 », souligne le comité de coordination international provisoire pour l’organisation de cette commémoration.

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Il précise, « si nous voulons avancer vers cet Autre Monde possible, il est fondamental d’attirer l’attention du monde sur les luttes et les résistances africaines et de remettre à l’ordre du jour les grands combats menés par Thomas Sankara ».

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Faisons de cette année 2007, déclarée « Année Sankara » par ceux qui se réclament de cet héritage, une année d’études, de réflexions, de lutte contre l’impunité et d’organisation pour les combats de demain.

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Moussa Bolly (envoyé spécial)

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