Adam Thiam: au Mali, «c'est la question peule qui est en train de naître»

12 Mar 2017 - 10:19
Mis à jour: 10 ans
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Adam Thiam: au Mali, «c'est la question peule qui est en train de naître»
Adam Thiam
L’insécurité, dans le centre du Mali, inquiète. Depuis début 2015, des dizaines d’attaques ont été répertoriées dans cette zone. Dernière en date, il y a une semaine : celle de Boulikessi, près de la frontière avec le Burkina Faso, qui a coûté la vie à 11 militaires maliens, et qui a été revendiquée par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, nouvelle formation jihadiste née de la fusion entre plusieurs groupes du Sahel – dont la katiba Macina, apparue début 2015, du prédicateur Amadou Koufa, dont le nom revient régulièrement, quand on parle des violences dans le centre du Mali. C’est à ce sujet, celui de l’insécurité dans le centre du Mali, que s’intéresse une étude, qui vient d’être publiée par l’Institut du Macina, et le Centre pour le dialogue humanitaire. Son titre : « Enjeux et dangers d’une crise négligée ». On en parle avec Adam Thiam, promoteur de l’Institut du Macina. Il répond aux questions de Magali Lagrange.
RFI: Est-ce que les assaillants sont les mêmes groupes qui ont été chassés du nord ? Adam Thiam: Il y a certains groupes qui étaient chassés du nord, d’autres qui travaillaient déjà pour les groupes du nord comme le Mujao [Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest] et qui ont été démobilisés après mais le nouveau mouvement, lui, a été créé seulement à partir de 2015. C’est cela qui fait basculer le centre dans l’insécurité avec plusieurs centaines de morts ; une réelle psychose ; des régions entières sans administration ; des embuscades et attaques frontales contre l’armée au moins une fois par mois ; des assassinats ciblés qui sont menés par des jihadistes contre tout civil qui est jugé hostile à leur cause ; des bandits de grands chemins ; des insurgés identitaires ; bref, la totale. Est-ce qu’il y a des ententes entre ces groupes de bandits et les jihadistes ? Il y a probablement des passerelles que nous ne saurions décrire pour ne pas avoir eu le temps de les étudier de très près. Cependant, il y a simplement un nom qui circule et qui fédère pratiquement tout, c’est Amadou Koufa. Vous avez entendu parler de lui. Il était récemment dans une vidéo de fusion entre al-Mourabitoune, Ansar Dine et katiba Macina. C’est un prédicateur très connu de la région. Iyad Ag Ghali est une vieille connaissance à lui, qui l’a rejoint à Tombouctou, en juillet 2012, sous l’occupation donc. Dès les premières attaques revendiquées par lui, en tant que Katiba Macina, Amadou Koufa a qualifié Iyad d’émir et lui a renouvelé son allégeance. Depuis la fusion récente Katiba Macima, al Mourabitoune et Ansar Dine sous l’autorité de Iyad Ag Ghali, on a l’impression qu’il est devenu le fondé de pouvoir à part entière de Ansar Dine dans la région du centre. Est-ce qu’il y a des similitudes entre le moment où la crise au nord a démarré et ce qui se passe actuellement dans le centre du pays ? Aqmi [al-Qaïda au Maghreb islamique], au nord, a eu une dizaine d’années pour monter en puissance. Il n’y a pas de commune mesure entre ce qui s’est passé au nord du Mali et ce qui se passe présentement au centre. Ce qui ne veut pas dire que la situation au centre n’est pas sans danger et le danger que nous voyons, c’est un peu et surtout cette question peule qui est en train de naître. Justement par rapport à cette question peule, il y a des Peuls qui rejoignent les rangs des groupes violents mais il y en a aussi, du coup, qui sont stigmatisés et la communauté peule subit de plein fouet les conséquences de cette insécurité. C’est cela qui se passe ? Oui. Les Peuls que nous avons approchés disent qu’ils étaient les premières victimes des jihadistes. Il y a des chefs de village peuls qui ont été forcés de quitter certaines des zones contrôlées par les jihadistes ; des religieux ont été exécutés par des islamistes dont des imams qui rejetaient la camisole de force rigoriste. Il y a des citoyens ordinaires qui ont payé de leur vie les informations qu’ils donnaient à l’armée sur les positions jihadistes. En même temps, plusieurs mouvements locaux et des organisations des droits de l’homme rapportent et dénoncent des exactions dont les forces de l’ordre se rendaient souvent coupables contre des éléments peuls sur le simple fait qu’ils sont peuls. A ceci, s’ajoutent les violences de groupes de chasseurs traditionnels que l’on appelle les Dozos contre des éléments peuls, ainsi que le cycle de vendetta ou de colère que cela entraîne et qui portent les germes de conflits interethniques encore plus inquiétants. Est-ce qu’il y a un risque de déstabilisation du pays, voire de la région ? Evidemment. Le centre a été, jusqu'à présent, la passerelle entre le nord et le sud. S'il s'embrase, il coupe effectivement le pays en deux. Le danger est là mais, à l’heure où je vous parle, on ne peut pas dire que la situation est celle-là. Ceci dit, le centre appelle à des réponses urgentes. Et d’ailleurs, au moment où je vous parle, je vois que l’Etat a adopté un programme qui reflète, en tout cas, sa préoccupation des problèmes que le centre pose et qui est fait par une triple mesure de gouvernance, de sécurité et de développement. Est-ce que ce sont des mesures adaptées ? Selon vous, est-ce que vous pensez que cela peut suffire à calmer les choses ? A mon avis, il faut « mieux d’Etat », mais pas forcément plus d’Etat. Mieux d’Etat veut dire, sans aucun doute, le retour de l’administration mais avec de nouvelles mœurs, de nouvelles habitudes, une réelle adhésion à l’esprit de décentralisation et un véritable partenariat entre les communes et l’Etat. Tout cela, dans une approche de sécurité collective. Mais il y a aussi la question qu’on ne peut pas éviter, celle du développement de la région de Mopti. En effet, la région s’est prolétarisée au fil des trois dernières décennies et c’est là où il y a le plus d’écoles coraniques au Mali. Or, les écoles coraniques pour l’instant ne forment effectivement que des chômeurs et c’est vraiment, à mon avis, une chair à canon rêvée pour les islamistes. C’est tout cela qui va falloir gérer. Cela paraît délicat mais le conflit n’est pas une fatalité. Il faut juste un peu d’anticipation et de justice, à notre avis. ....lire la suite sur rfi.fr

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Commentaires (22)

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Ousmane
Ousmane 10 ans
Maintenant le PROBLEME PEULE a vu le jour. Apres un silence aussi mortel tu nous reviens avec une autre LETTRE et cette fois sur rfi. DJARAMA.
Balikoumoko1
Balikoumoko1 10 ans
Félicitations Adam pour la lecture lucide et globale de la question d'insécurité dans le centre du Mali. Mais j'ai l'impression que ce centre devient géographiquement tellement large que le cercle de Macina dans sa spécificité se perd et semble ne pas constitué une vraie préoccupation des hautes autorités. Mieux je m'inscris en faux contre une opposition ethnique en considérant les actes récentes comme l'émergence de la question peul. A présent l'insécurité dans le cercle de Macina et même Niono n'est nullement un conflit ethnique "bambara"-"peul". J'ai l'impression que ce label arrange certains hommes politiques tapis à l'ombre. La population ne doit pas céder à cette confusion qui peut être d'une extrême gravité. Le cercle de Macina n'est même pas besoin de tout ces balais de groupes qui se présentent comme pour aller parler avec la population et chercher à apaiser. Macina n'a connu que le bon vivre ensemble entre toutes les ethnies qui le composent. Macina a besoin d'engagement fort de l'Etat à sécuriser la population toutes ethnies confondues contre des attaques de bandits. Pour ce faire il faut absolument deux camps militaires sur les deux rives du fleuve Niger dans le cercle. Les patrouilles fréquentes permettent de circonscrire les banditisme dans le cercle. Après avoir circonscris le banditisme dans le cercle de Macina, la réflexion de Adam Thiam sur l'autre dimension jihadistes et la montée de la secte de Amadou Koufa peut trouver leur place. D'ailleurs nous dénonçons que Amadou Koufa utilise le nom "Macina" dans sa secte. S'il est nostalgique du passé de l'empire peul, ce Massina est différent de notre Macina. De grâce pas d'amalgame. Le cercle de Ke-Macina ne saurait faire les frais d'une ambition qui se situerai à d'autres niveaux.
opposant eternel
opposant eternel 10 ans
Moi, je pense que le problème communautariste est un piège que nous tendent les djihadistes .Ils veulent nous pousser l'un contre l'autre ,afin que nous fassions le gros de la tuerie et espérer des ralliements, par ce qu'ils ne sont visiblement pas très nombreux....
Mafia malienne
Mafia malienne 10 ans
Chaque groupe de population sa region pauvre mali???? bientôt la question des fourmis????et les cafards maliens???
Wsr
Wsr 10 ans
Wsr 481 Toutes ces questions: -la question peule -la question bella -la question touareg -la question Soninke Etc Toutes ces questions se résument à une question essentielle que Adam Amateur de petits fours de l’ambassade de France Thiam n’arrive pas à identifier et à faire comprendre autour de lui! Il s’agit tout simplement de la mauvaise gouvernance: les dirigeants maliens ont désarmé l’armée du Mali, ils se sont couche devant la France, la justice ne fonctionne pas, l’école sans toilettes et cantines pour les enfants pendant que les députés et ministres ont des salaires de millions… L’or du Mali, le fer du Mali, le coton du Mali… Qui appartiennent aux étrangers… Tant que les gens commettent des crimes et sont fait colonels, ambassadeurs, députés etc… Il y aura encore toutes sortes de questions, que Modibo Keïta avait réussi à répondre, en 8 ans de règne, ce que les demoncrasseux (Alpha, bodacounda, att , Cissé le soumis à la France…) n’ont pas réussi à résoudre en 27 ans! Dans son interview à radio France désinformation, par simple lâcheté, Adam thiam se prive de dire que si la France avait laissé l’armée malien prendre pied à Kidal comme dans les autres régions du Mali, on n’aurait pas eu autant de violence! Cette situation d’instabilité profite bien aux intérêts occupationniste de la France… Dieu merci, Flamby va dégager de la présidence de la France! La haine des dirigeants maliens envers la souffrance des maliens (l’abus des bonnes, les villageois qui sont privés de leurs terres, les maires qui trafiquent les terres sans faire face à la justice, l’or du Mali qui quitte le Mali, tant que le président et sa famille à des miettes laissées par leurs maîtres blancs…) ——————–> voilà la vraie question! PS: Depuis son séjour à l’ambassade de France, Adam thiam a aussi trahi l’aspiration du peuple malien à être libre et indépendant, pour un simple minable trophée francais… Adam aurait dû garder sa dignité!
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