Putsch militaire au Mali: Trois mois après…

21 Juin 2012 - 00:00
Mis à jour: 14 ans
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Retranchés au camp militaire de Kati, quartier excentrique de Bamako, le chef de la junte militaire, Amadou Haya Sanogo et « ses hommes » continuent de peser sur le processus de transition politique. Ensuite, il y a le palais présidentiel de Koulouba abandonné par son locataire, Dioncounda Traoré, en convalescence à Paris, dont le retour semble redouté. Il y a également le Premier ministre, Cheick Modibo Diarra qui est en train de parcourir la zone CEDEAO pour faire reconnaître la légitimité et la légalité de son gouvernement "en sursis". A côté de ces centres d’intérêt, il y a la population malienne, indifférente et éprouvée par une crise politico-militaire dont la solution finale tarde à venir.
[caption id="attachment_74559" align="aligncenter" width="600" caption="Le QG de la Junte à Kati (photo: AP)"][/caption] Kati, 4 juin 2012. Quartier général de la junte militaire avec à sa tête, le capitaine Amadou Haya Sanogo, arrivé au pouvoir au Mali, suite à un putsch, le 22 mars. Un impressionnant cortège présidentiel en positon de départ : motards de gendarmerie, véhicules dernier cri, haute sécurité maximum… « Son excellence voyage-t-il ? », question à un proche du capitaine Sanogo. « Non… il se rend à Bamako », répond laconiquement l’interlocuteur qui ne donne pas les raisons du déplacement du « président ». De fait, Kati est une ville dans la ville. C’est un quartier excentrique situé à quelque 15 km de Bamako (c’est comme si l’on quittait le centre-ville de Ouagadougou pour se rendre à Kamboinsin). Zone de haute sécurité abritant, entre autres, une garnison et la célèbre école, le Prytanée militaire, elle est située à quelques encablures du palais présidentiel de Koulouba. Au lendemain du putsch militaire, le mythe de cette ville-quartier a été encore renforcé aux yeux des populations bamakoises : barrages militaires, fouilles discrètes et courtoises de véhicules, tags d’un certain âge dissimulés dans les coins de rue du quartier… Après renseignements, l’on se rend compte que le chef de la junte se rendait ce matin du 4 juin 2012 à l’état-major général des armées. En réalité, depuis trois semaines, le capitaine Amadou Sanogo, affectueusement appelé « Haya » par les populations, se fait très discret. « Moi, je n’ai vu qu’une seule fois le capitaine Sanogo à Bamako, c’était le 12 avril dernier lors de l’investiture de Dioncounda Traoré comme président intérimaire de la république du Mali », se rappelle un confrère malien. En ville, les Bamakois approchés affirment, en effet, qu’il « parle de moins en moins et ne sort plus trop à la télé comme avant ». « Il ne vient pas assez souvent à Bamako, il me semble qu’il se sent à Kati parmi les siens », constate Ibrahim Cissé, un cadre de banque rencontré à Bozala, le quartier du grand marché de Bamako. Du reste, cette omerta a été confirmée par les services de presse du chef de la junte militaire qui ont confié que le capitaine Amadou Haya Sanogo a décidé de se faire très discret « pendant un certain temps ». « Depuis qu’il a consenti de lâcher les leviers du pouvoir, il ne souhaite plus s’exprimer dans la presse pour ne pas gêner le processus de transition politique auquel lui-même adhère pleinement », explique une source proche du capitaine Sanogo. Plusieurs présidents à Bamako ! Auréolé de son statut d’ancien président de la République avec tous les avantages y afférents, le chef de la junte militaire semble bien en profiter pour se mettre particulièrement en vedette à Kati. Une présence si marquée au point que la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’ouest (CEDEAO) et l’Union africaine (UA) ont exigé, le 6 juin dernier à Abidjan, la « dissolution immédiate » du Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’Etat (CNRDRE), comité au nom duquel et au sein duquel le chef de la junte militaire et ses hommes agissent à Bamako. Jusqu’au 8 juin 2012, le capitaine Sanogo n’avait pas encore réagi à ce haussement de ton de l’organisation ouest-africaine. Quelques jours plus tôt, le Premier ministre malien de la transition, lui, parcourait les pays membres de la CEDEAO pour prêcher « sa bonne parole ». En effet, pendant notre séjour, Cheick Modibo Diarra était successivement au Bénin et au Togo. Quant au chef de l’Etat, Dioncounda Traoré, plus son séjour parisien se prolonge, plus les Maliens semblent l’oublier. A tous ces « présidents intérimaires de la transition politique », vient s’ajouter la nouvelle palabre politique entre l’Alliance pour la démocratie au Mali (ADEMA, le parti ayant porté l’ancien président Alpha Omar Konaré au pouvoir en 1992) et l’Union pour la République et la démocratie (URD) qui se battent, elles aussi, pour contrôler la présidence de l’Assemblée nationale laissée vacante suite à la désignation constitutionnelle de Dioncounda Traoré à la tête de l’Etat malien. Le président de l’Assemblée nationale malienne était Dioncounda Traoré, issu de l’ADEMA, qui s’est empressé, fulmine l’autre parti allié, de proposer encore maître Kassoum Tapo au poste de la présidence de l’Assemblée. Quant à l’URD, elle estime que la présidence de cette auguste institution doit lui revenir de droit, ce d’autant qu’elle a en charge la 1re vice-présidence. Aussi, ce parti a-t-il jugé légalement opportun, de proposer son candidat, en la personne de Younoussi Touré qui assure déjà l’intérim de l’Assemblée nationale. Ces moments difficiles pourraient fragiliser ces deux grandes formations politiques-alliées, majoritaires à l’Assemblée. En attendant, le Mali a plusieurs présidents aux multiples destins. L’incertitude demeure à Bamako Le climat est doublement lourd à Bamako. D’abord, il y fait très chaud comme à Ouagadougou. Ensuite, il y a cette indifférence des Maliens face à cette crise politico-militaire dont ils ne semblent détenir, pour l’instant, ni les moyens, ni les solutions. La preuve : le capitaine Amadou Haya Sanogo « gouverne » à Kati, le Premier ministre « tient » à Bamako, le président Dioncounda Traoré est « coupé » de la realpolitik. D’ailleurs, le 6 juin dernier, le ministre de la Justice, Maick Coulibaly, est apparu à la télévision malienne pour souligner qu’une information judiciaire a été ouverte contre X pour « tentative d’assassinat sur la personne du président de la République, Dioncounda Traoré ». Beaucoup d’inconnues se cachent dans cette crise majeure au Mali. Selon un confrère malien, la zone de l’ORTM est en état de siège permanent depuis le putsch militaire. On se rappelle, en effet, que le programme de ce média d’Etat a été, dans un premier temps, perturbé par le putsch du 22 mars. Dans la nuit du 30 avril au 1er mai dernier, l’ORTM a été encore l’objet de contrôle entre les hommes du chef de la junte militaire (symbolisant le béret vert) et les éléments de la garde présidentielle (appelés bérets rouges) restés fidèles au président déchu, Amadou Toumani Touré. Selon un officier proche du capitaine Sanogo, il n’existe plus de bérets rouges au Mali. « Ils ont été neutralisés… Après enquête, ceux qui n’étaient pas mêlés dans cette guerre de la honte, ont été affectés dans les différents camps militaires du pays ». Selon toujours la même source, de nombreuses personnalités politiques et militaires ont quitté le Mali après le putsch militaire mené par le capitaine Sanogo et ses « camarades ». En attendant, toutes les personnalités les plus en vue, semblent faire profil bas présentement. La classe politique, la société civile, la junte militaire…font modus vivendi et bouche cousue. Quant à la population, elle a repris son train-train quotidien marqué par la cherté de la vie. Un plat de riz accompagné de poisson coûte à peu près 1500 FCFA. Du centre-ville à l’aéroport, le prix du taxi varie entre 3 000 et 5 000 FCFA. Entre Bamako et Kati, il est « négocié » entre 3 000 et 5 000 FCFA. Si vous optez pour la Sotrama, les « gbaka » maliens, ils sont moins cher (150 FCFA), mais soyez patients car ces « woro-woro », pleins comme un œuf avec une chaleur étouffante à l’intérieur, s’arrêtent en chemin à tout instant, à la recherche du client. Comme au Burkina, les Maliens vivent des périodes infernales de délestage d’électricité de jour comme de nuit. Le fondateur d’un bihebdomadaire malien confiait que si la crise perdure, l’Etat ne pourra pas honorer les prochains salaires des fonctionnaires. Par Idrissa NOGO (de retour de Bamako au Mali) Journal Sidwaya - Burkina Faso - jeudi 21 juin 2012 (via lefaso.net)  

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Commentaires (13)

User
idy
idy 14 ans
Nous demandons au peuple malien, aux leaders des partis politiques, aux leaders d'association ,a tous les maliens, de se lever . de marcher pour demander a l'armee qui se cache dans la caserne de Kati, d'aller liberer nos parnets sous occupation au nord du Mali.L'etant malien ne paie pas ces poltrons pourqu'ils dorment pendant que le pays est divise en deux, pendant que nos parents souffrent au nord, c'est leur devoir en tant que soldats de proteger l;intregrite du territoire, et la vie de nos paisibles citoyens. Deamnder a ces soldats sans dignite, sans honneur, sans coeur, sans conscience, d;honorer leur serment de servir la nation.
Traore Mam
Traore Mam 14 ans
Pourquoi cette discrimination ? MES COMMENTAIRES SONT BLOQUES´ ET POURQUOI ?
Sankaratom
Sankaratom 14 ans
Le CNDRE bourreau du peuple malien Trop c’est trop. Chers confrères, le personnel du Commissariat à la Sécurité Alimentaire vient de vivre l’incroyable. Des énergumènes en uniforme policier et militaire, payés et engraissés aux frais du contribuable malien, se présentant comme des envoyés du si tristement célèbre Comité National de Redressement de la Démocratie ont molesté et embarqué le garde du corps du Commissaire à la Sécurité Alimentaire après avoir tiré des coups de feu. L’enlèvement a eu lieu ce matin au siège du CSA sous les yeux ahuris du personnel et des badauds. Quelle est la faute du sergent Makamba sissoko ? Seuls les fameux ‘’redresseurs de la démocratie’’ pourront répondre. A notre connaissance, Makamba Sissoko, élément du prestigieux 33ème régiment des commandos parachutistes, appelés bérets rouges est le frère cadet du Général Hamidou Sissoko dit Man, lui aussi victime de l’arbitraire du ridicule CNDRE qui n’a eu d’autre mérite que d’offrir sur un plateau d’argent, les trois régions du nord du pays à ses ennemis. Sûr de son FORFAIT qu’il essayait de faire passer pour un sauvetage du Mali de sa noyade programmée, pensant ainsi berner le peuple dans sa totalité, le fameux CNDRE n’a trouvé d’autre occupation à ce jour que celle de traquer et d’humilier des fils de ce pays qui parfois sont plus méritants que ceux veulent usurper aujourd’hui le pouvoir et asservir les maliens : triste exploit. A quand la fin de cette anarchie ? L’adage dit : quand la case de ton voisin brûle, il faut l’aider à l’éteindre. Au rythme des arrestations et kidnapping auxquels nous assistons aujourd’hui, surviendra indubitablement le tour de chacun, si rien n’est fait. Si cette mainmise sur NOTRE ARMEE et cet exercice de fait du pouvoir du monstre CNDRE n’est pas freiné, personne n’est à l’abri de la vendetta et de l’aigreur manifeste de la junte. Jusqu’à preuve du contraire, le Mali appartient à chacun de ses fils. Aucun, pour une raison que ce soit, n’a le droit d’oppresser, à fortiori, torturer ou assassiner d’autres maliens impunément. Le peuple magnanime du Mali a déjà été plus clément que la clémence elle même envers le CNDRE en acceptant d’accorder l’amnistie à ces putschistes du dimanche pour leur crime imprescriptible. En réponse, eux continuent de semer la division et la terreur au sein de l’armée et du peuple malien. Cependant, une chose est claire et immuable : la vérité rattrape toujours le mensonge et la roue de l’histoire tourne, nul ne peut l’arrêter ou la torpiller. Le peuple veille et n’oublie jamais
moussa ag
moussa ag 14 ans
@COCO, Tu m'as force la main cette fois ci et voila ce que j'ai trouve apres un peu de recherche.... http://flic.kr/p/ci9vFm Attention...celle la peut etre un peu offensive surtout pour les HOMMES OU FEMMES DE FOI comme mon grand frere Lynx22 qui m'a traite D'HOMME DE FOIRE...UN COMPLIMENT TRES APPRECIE.... Moussa Ag, qui trouve qu'un peu d'humour n'a jamais fait de mal...meme dans les contextes les plus difficiles...
Mali
Mali 14 ans
Monsieur le Journaliste, veuillez bien dire "quartier excentrée" et non "excentrique". Par ailleurs Kati n'est ni un quartier ni une commune de Bamako, je vous invite à vous informer au ministère de l'Administration territoriale.
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