Chronique satirique de Tiekorobani : Ladji bourama s'essuie les pieds sur ses alliés

25 Nov 2014 - 00:41
Mis à jour: 12 ans
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Nord, Sud, avion, surfacturations, justice…LadjiBourama a la dent dure. Ses alliés politiques s'en sont rendu compte à leurs dépens quand, jeudi dernier, il les a réunis pour les passer au savon "Barikatigui". Lisez plutôt... Comme il en a pris l'habitude depuis la chute de Kidal, LadjiBourama a convoqué en son palais, jeudi 20 novembre 2014, les partis qui se réclament de sa mouvance. Croyant qu'il s'agirait d'une partie de méchoui agrémentée de thé à la menthe, les compères politiciens sont venus en masse: pour 65 partis alliés, 90 leaders se présentent. L'hôte de Koulouba ayant en sainte horreur les personnages habillés en charbonniers, chaque invité prend soin de porter son habit de fête et d'arborer un sourire de "Miss ORTM". Tout ce beau monde recevra bientôt le tonnerre sur la tête.   Alliés massacrés A peine installés en salle, ils voient débarquer avec fracas le maître des lieux, l'air mauvais. D'entrée de jeu, LadjiBourama lance un pavé brûlant sur l'auguste assemblée: "C'est peu dire que vous m'avez déçu: vous m'avez choqué !". Le président, d'un ton farouche, s'étonne que pendant tout le temps qu'il est jeté en pâture au sujet des marchés de l'avion présidentiel et des équipements militaires, aucun de ceux qui se prétendent ses alliés n'ait levé le petit doigt pour le défendre. Et quand ils se sont enfin décidés à le faire, ils s'en vont louer au CICB une petite salle de mille places qu'ils n'ont pu remplir. "Quelle étrange façon de me soutenir!", s'étrangle Ladji. Qui poursuit, en agitant furieusement le doigt: "J'ai besoin d'une majorité intelligente et non d'une majorité dolosive et moribonde !". Pour les semi-lettrés qui, dans la mouvance présidentielle, ne comprendraient pas le français greco-latinmade in Sébénicoro, le mot "dol" signifie tromperie e"t le mot "moribond" signifie "comateux". Tout est parfaitement clair: Ladji prend sa majorité pour une foule de trompeurs inintelligents et impotents qui veulent manger à ses dépens sans prendre, en sa faveur, le moindre risque ! Dans la foulée, LadjiBourama fustige le fait que les partis de la majorité aient donné à une "opposition déterminée" un fouet pour le battre, notamment en annonçant que les maux qui régnaient sous l'ère ATT persistent sous le régime actuel. "Vous passez le plus clair du temps à vous battre pour des places au lieu de défendre le pouvoir face à l'adversité!", tonne le chef en écarquillant de gros yeux.   Marchés publics L'hôte de Koulouba, retrouvant un peu de son calme légendaire, en vient aux faits concrets. "L'achat d'un avion présidentiel s'imposait, assure-t-il. C'est un avion de commandement qui sert à porter la voix du Mali partout dans le monde. Je n'ai pas été élu pour regarder passer les cigognes mais pour résoudre les problèmes des Maliens. Au cas où certains l'auraient oublié, le sort du Mali ne se joue pas seulement au Mali; il se joue aussi au-dehors!". Aux dires de l'éminent orateur, "aucun pays n'a recours à un appel d'offres pour acquérir un avion de commandement. Et je vais vous faire une confidence que je n'ai faite à personne avant vous: un officier général aujourd'hui en prison et qui avait en charge mes affaires de sécurité m'a fait savoir que l'ancien avion présidentiel n'était pas en état de voler et qu'il ne répondrait de rien si je continuais à l'emprunter. Bien sûr, dans la situation où il se trouve, il ne viendra pas confirmer mes propos!". L'allusion au général Yamoussa Camara, ex-chef d'Etat-major particulier, ou au général Sidi Touré, ex-patron des services secrets, est nette, même si Ladji Bourama ne prononce pas leur nom. Voilà donc la nouvelle stratégie de défense: Ladji abandonne la fumeuse thèse de l'"avion sans-papiers" développée par son Premier Ministre, pour celle, plus commode, de l'avion-cercueil. Problème : Ladji n'a pour témoin qu'un bagnard; de plus, il ne nous dit pas pourquoi l'Etat a loué les services de Marc Gaffajoli, représentant du mafioso Tomi Michel, pour expertiser l'avion  du "Vieux Commando" alors que le même Gaffajoli avait reçu 2 milliards pour rechercher un nouvel avion. Devait-on logiquement attendre que le futur vendeur d'un nouvel avion déclare l'ancien en parfait état ? "Quant aux marchés d'équipements militaires, explique LadjiBourama, leur passation était nécessaire; n'importe quel chef d'Etat aurait, à ma place, eu souci d'équiper une armée démunie comme l'était la nôtre.". LadjiBourama se garde bien d'entrer dans les détails des marchés, détails où réside pourtant le diable. Il se contente de proclamer avec emphase : "Vous avez devant vous le même IBK que vous avez connu, le IBK qui n'a jamais touché à un franc du trésor public ! A preuve, je n'ai mis aucune entrave au travail d'enquête du Vérificateur Général et de la Section des Comptes de la Cour Suprême ! Connaissez-vous beaucoup de chefs d'Etat qui eussent agi de la sorte ?".   Pour ce qui est de sanctionner les ministres et autres grosbonnets impliqués dans les marchés douteux, Ladji Bourama n'y paraît guère disposé:"Ceux dont on parle bénéficient de la présomption d'innocence; je ne vais pas sévir contre eux parce que des rumeurs les accusent!". On l'aura compris: aux yeux du premier magistrat, le Vérificateur Général et la Cour  Suprême ne propagent que des ragots... Les menaces et sanctions financières du FMI ? Ladji Bourama s'en moque royalement. De son long monologue sur l'origine des institutions de Bretton Woods, ont retient que le Mali est membre du FMI comme la France et que nul ne mettrait un couteau sous la gorge du premier des Maliens. On croirait entendre l'empereur Soundjata après la victoire de Kirina ! Rendez-vous donc en décembre 2014: on verra si Ladji tiendra le même discours quand le FMI aura décidé de reconduire ses sanctions financières contre le régime...   Au sujet d'Ebola Un autre sujet abordé se rapporte à l'épidémie d'Ebola qui a franchi les frontières du Mali.Visant l'opposant Soumaila Cissé qui avait, quelques jours auparavant, préconisé la fermeture des frontières avec la Guinée, LadjiBourama martèle: "Ces frontières-là, je ne les fermerai pas ! Ceux qui demandent leur fermeture sont des démagogues qui veulent complaire pour deux sous au peuple ! Moi, je suis un homme d'Etat ! D'ailleurs, lors d'un sommet auquel j'ai participé, la CEDEAO a recommandé à tous les chefs d'Etat de ne pas fermer les frontières et l'OMS a déclaré les fermutures inutiles. Mais les dispositions seront prises pour protéger les Maliens".    Pourparlers d'Alger  Evoquant les négociations d'Alger avec les groupes armés du nord et le projet d'accord proposé par le médiateur algérien, LadjiBourama est formel: " Je sais que le peuple m'a élu prioritairement pour régler le problème du nord; je sais aussi que tout dirigeant qui signerait un mauvais accord trouverait le peuple malien sur son chemin. Je ne signerai donc aucun accord qui viole les intérêts du Mali!".   Invités chassés  Ayant fini de savonner ses invités, le président leur donne sèchement congé. Il ne leur a serré la main ni au début ni à la fin de la torture, pardon!, de la cérémonie. Les malheureux leaders quittent, en tremblant, la salle comme des "éboliférés" (Hé! Ne prenez pas le dictionnaire: ce mot vient de ma forge pour désigner les malades d'Ebola!). Un des derniers à se sauver des lieux prend son courage à deux mains en signalant, avec forces courbettes, au père fouettard qu'il aurait peut-être dû donner la parole aux uns et autres au lieu de les chasser sans sommation. LadjiBourama lui donne raison. Il envoie aussitôt les gardes et les agents du protocole aux trousses de ceux qui, dans la cour du palais, démarraient rageusement leur voiture. Tout le monde se retrouve à nouveau en face du savonneur local qui leur demande s'ils ont des questions et suggestions à soumettre à sa haute attention.   Bal des flagorneurs Premier à prendre la parole, le président de la Convention des Partis de la Majorité Présidentielle, le député BoulkassoumHaidara, lit d'un ton monocorde, un discours préparé d'avance et qui, il va de soi, ne fait nulle allusion aux vertes remontrances adressées par le chef de l'Etat à ses alliés. Le propos est si fade que nos sources n'en retiennent rien.   La deuxième oratrice s'appelle Safiatou Touré, ex-députée de la commune 3 de Bamako ayant migré du PDES vers la coalition "Mali D'abord, inch Allah!". Elle dit comprendre les critiques du président et explique l'inaction de la mouvance présidentielle par le déficit d'information: "Nous apprenons les choses en même temps, sinon après les autres; que pouvons-nous alors faire?".   Chiaka Diarra, héritier de feu Maître Demba Diallo à la tête du parti UFD, prend le micro. Cet homme, qui n'a apparemment rien gardé des célèbres piquants du révolutionnaire Maître Demba Diallo, se met à cajoler LadjiBourama: "Vous avez entièrement raison, monsieur le président! Chacun des partis membres de la Mouvance présidentielle aurait pu individuellement remplir la salle de mille places du CICB. Mais nous avons péché par improvisation. Nous demandons votre clémence car l'heure n'est plus à l'improvisation! Pardonnez-nous, monsieur le président!". On croirait entendre le renard qui, dans la fable des "Animaux malades de la peste", flatte le lion pour se maintenir bien en cour.Il ne manquait plus à Chiaka Diarra qu'un balafon et une flûte !   Un quatrième intervenant, Tiémoko Sangaré, président de l'Adema, murmure quelques mots mielleux. A l'en croire, nul ne met en doute l'intégrité personnelle du chef de l'Etat. Puis vient clopin-clopant un leader quasi-inconnu qui, dans un français mélangé de peulh, bafouille à mi-voix:"Bon, eh bien, monsieur le président, nous, nous sommes un peu embarrassés ! Excusez-moi, hein, si je vous dis ces choses, mais notre base nous demande pourquoi il n'y a pas encore de sanctions contre ceux qui sont accusés dans les marchés suspects!".LadjiBourama ne laisse pas le pauvre leader politique finir sa phrase; il lui vole sans ménagement dans les plumes: "Vous voyez combien j'avais raison ! Est-ce à moi de vous dire ce que vous devez répondre à votre base ? N'êtes-vous pas un homme politique membre de la mouvance présidentielle?". L'homme à la base sous-informée ne s'amusera plus sans doute à demander des sanctions dans des affaires qu'il ignore...   En définitive, pas un seul des 90 leaders politiques présents n'a pu dire au président de la République que les marchés publics passés par ses ministres sont irréguliers, que des sanctions s'imposent pour rétablir la crédibilité des institutions, que l'économie nationale serait mise en péril par les sanctions du FMI et que l'alliance politique commande de guider le pouvoir dans la bonne voie et non dans l'aventure. Pas un seul, vous dis-je! Mais que voul-vous ! Ainsi vont les républiques bananières où la sécurisation du pain quotidien passe avant tout !...   Tiékorobani  

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Commentaires (43)

User
Bamadio
Bamadio 12 ans
Aouzoubilahi mineychetani arazim walahawla ila kouati ilabilahi. A fleni dè Majorité présidentielle? C'est ce que l'on dit des histoires des majorités présidentielles africaines. Juste des regroupements pour goûter aux condiments importés, les bons d'essence, les missions à l'étranger mais pas de vérité, ni de prospérité juste pour faire sombrer le bas peuple au profit de leur alliance. Imaginez des affaires de détournements, de dépenses injustifiées sont entrain de ternir l'image du pays aucune ressource politique membre de la majorité n'est en mesure de rappeler le président à l'ordre pour lui dire que son salut viendra de la réponse objective qu'il donnera à ce qui constitue aujourd'hui le point de discorde entre lui et son peuple. Beaucoup de choses me laissent penser que ce pouvoir est aux abois. D'abord, ils avaient commencé par dire qu'ils porteront plainte contre le journal le monde. Ceci est renvoyé aux calendes grecques car le journal a dit être serein et prêt à répondre
sgoumbo
sgoumbo 12 ans
Je propose qu'on se cotise pour payer un avocat pour le PR en conflit avec le journal Le Monde qui a diffamé IBK: je propose que chaque malien donne 100FCFA pour récolter une somme suffisante pour recruter le même avocat que celui de Tomi!
ousmane
ousmane 12 ans
On peut lui (ibk) confier l'argent de la cotisation. Pour un teste. Il n'osera pas qu'a meme, nous refaire un autre coup. Non c'est mieux d'etre prudent.
Noumouké
Noumouké 12 ans
"Excusez-moi, hein, si je vous dis ces choses, mais notre base nous demande pourquoi il n’y a pas encore de sanctions contre ceux qui sont accusés dans les marchés suspects! ».LadjiBourama ne laisse pas le pauvre leader politique finir sa phrase; il lui vole sans ménagement dans les plumes: « Vous voyez combien j’avais raison ! Est-ce à moi de vous dire ce que vous devez répondre à votre base ? N’êtes-vous pas un homme politique membre de la mouvance présidentielle?" A l'analyse de ces phrases, j'ai eu peur comment quelqu'un qui n'a pas les réponses à des préoccupations nationales peut répondre à une base en quête de réponse.Cela sous entend, il faut défendre coûte que coûte autrement, tu es majorité, il faut mentir. On est à l'attente et on ne reculera d'un iota, cette situation serait suivie jusqu'au bout. On ne peut passer tout le temps à accuser des gens pour asseoir votre légitimité et vouloir passer en veilleuse des actes crapuleux jamais vus au Mali.
sgoumbo
sgoumbo 12 ans
Bien dit car IBK se soucie plus de défendre sa chapelle et son honneur que de penser au Mali dont il faut préserver les biens! C'est bien bas pour un PR et inacceptable, injuste pour le Mali qui méritait mieux que ça, je dis bien ça!
Tiemoko Siby Papou Team-Aigri
Tiemoko Siby Papou Team-Aigri 12 ans
Merci Tiekorobani pour tes délicieux articles. J'ai failli mourir de rire. Et dire que ces pauvres larbins vont retourner chez eux pour aller dire qu'ils étaient en réunion avec le président. C'est "pitiant" quoi, même un maître coranique n'oserait traiter ses garibous de la sorte. Yako aux mendiants du pouvoir, vous n'avez rien vu encore. Le gars va finir par gifler l'un d’entre eux un de ces quatre. Han????? Mali deh, même mendier est difficile pour les kôkôs professionnels.
Bougouzanga
Bougouzanga 12 ans
Le festival des brigands. La fête au trésor.Je me rappelle lors des campagnes présidentielles IBK disait en chantant Salif Keïta " Ma notè Allah nodo" Je crois qu'Allah ne l' a pas envoyé pour cette façon de gouverner cas même ou bien? Ce qu'il oublie Dieu peut te donner le pouvoir mais pas la sagesse de bien gouverner et la suite c'est l'humiliation. Il ne sert à rien de vouloir faire profiter toute la parenté dans la gouvernance mais savoir impliquer juste ceux qui peuvent porter avec honneur les réponses qu'il faut. La famille trouvera son compte car, on dira toujours tel père tel fils même si le fils n'est pas comme son père. Il récoltera les mérites de son père. Mais vouloir associer toute la famille pendant que tu n'es pas sûr de bien faire conduira la famille à la dérive. A force de vouloir tout gagner en un coup, on récolte tout sauf l'honneur. Revenez sur terre et soyeux tolérant et écoutez vos adversaires votre salut en dépend. La CMP est une coalition de circonstance
Moise
Moise 12 ans
Le problème entre IBK et ses alliés me rappelle drôlement celle de "Mamediba" de "Rions un peu" d'Aissata Cissé des années 70. Mamediba était un homme très fort. Il avait toujours terrassé et battu ses adversaires. Il avait donné l'ordre aux enfants de surveiller les alentours de sa concession et de l’avertir dès qu'ils voient uriner près de ses murs. Beaucoup ont fait les frais les jours qui ont suivi. Un jour , un homme ayant appris ce que Mamediba faisait subir aux hommes s'est rendu sur les lieux . Sans avoir envie d'uriner il en a fait semblant. Aussitôt les enfants ont couru informer Mamediba du forfait causé par le passant. Mamediba dans ses oeuvres s'est jeté sur le passant qui l'a terrassé à la grande surprise de tout le monde. Il a commencé à le rouer de coups. Les voisins sont venus pour les séparer. Avant qu'ils ne fassent quelque chose, le passant a jeté Mamediba dans la cour par le mur de la clôture. Les voisins étaient obligés de courir vers l'intérieur(à suivre)
Moise
Moise 12 ans
(Suite) A l'arrivée des voisins à l'intérieur, le passant a jeté encore Mamediba dehors par le mur. Les voisins voulant à tout prix porter secours l'illustre champion d'antan ont couru encore vers l'extérieur ou les protagonistes étaient à terre. Cette fois la colère de Mamediba s'est dirigée vers ses voisins qui manquaient de vision pour le sauver des mains de l'homme . Il s'est ainsi adressé à ses voisins qui lui portaient secours: "Pourquoi ne pas vous diviser en deux groupes? L'un reste à l'intérieur et l'autre va dehors". Ainsi Mamediba dans le désarroi a commencé à s'attaquer à ses voisins qui étaient devenus inefficaces en mettant de coté son adversaire coriace.
Bougobalini
Bougobalini 12 ans
Pauvre Mamediba :lol: :lol: :lol: :lol: :lol: !
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