Mali–Algérie : Au Sahara, les voisins ne divorcent jamais

Le différend qui a opposé le Mali et l'Algérie depuis la destruction du drone malien près de Tinzaouatène, au printemps 2025, appartient, à mon avis, incontestablement à l'histoire.

15 Juil 2026 - 07:31
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Mali–Algérie : Au Sahara, les voisins ne divorcent jamais

Les rappels d'ambassadeurs, les fermetures réciproques des espaces aériens, les accusations de violation de souveraineté, les procédures envisagées devant la Cour internationale de Justice et la violence des déclarations officielles ont pu donner l'illusion d'une rupture durable. Pourtant, ceux qui connaissent l'histoire commune des deux pays savaient qu'un tel affrontement ne pouvait s'inscrire dans le long terme.

À cet égard, l'annonce simultanée de la normalisation des relations diplomatiques entre Bamako et Alger constitue moins une surprise qu'un retour à l'ordre naturel des choses. Les gouvernements changent, les doctrines évoluent, les intérêts se redéfinissent, mais la géographie demeure. Plus de 1 300 kilomètres de frontière commune ne se déplacent pas. Les peuples qui vivent de part et d'autre du Sahara ne peuvent être séparés par les seuls soubresauts de l'actualité.

L'enquête publiée par Africa Intelligence sous le titre « Vladimir Poutine, parrain de la normalisation des relations entre Alger et Bamako » éclaire utilement les coulisses de cette réconciliation. Selon les journalistes Paul Deutschmann et Joan Tilouine, Moscou aurait joué un rôle déterminant dans la reprise du dialogue, mobilisant autour de cette initiative plusieurs de ses partenaires africains, notamment le Congo de Denis Sassou-Nguesso, le Niger du général Abdourahamane Tiani et le Togo de Faure Gnassingbé. Vladimir Poutine lui-même aurait encouragé l'ouverture d'un canal direct entre Assimi Goïta et Abdelmadjid Tebboune, aboutissant à un entretien téléphonique puis au retour des ambassadeurs et à la réouverture des espaces aériens. Cette version me paraît plausible, car la médiation russe répond à une logique : la Russie est aujourd'hui le principal partenaire étranger au plan sécuritaire du Mali tout en demeurant le fournisseur historique des forces armées algériennes. Une confrontation durable entre ses deux alliés aurait affaibli l'ensemble de son dispositif en Afrique sahélo saharienne. Mais réduire cette normalisation à une victoire diplomatique russe serait passer à côté de l'essentiel. Car bien avant Moscou, bien avant la guerre froide, bien avant même les indépendances africaines, le Mali et l'Algérie appartenaient déjà à une même aire de civilisation. Pendant des siècles, les caravanes reliant Tombouctou au Touat, au Gourara et au Hoggar transportaient autant les marchandises que les savoirs, les confréries religieuses et les familles. Les grands empires du Ghana, du Mali puis du Songhaï entretenaient des relations constantes avec les oasis du Sahara septentrional. Les frontières héritées de la colonisation ont découpé les cartes ; elles n'ont jamais effacé cette continuité humaine. L'histoire contemporaine n'a fait que renforcer cette proximité.

Lorsque la guerre de libération algérienne éclate, le Mali de Modibo Keïta se range sans hésiter aux côtés du Front de libération nationale. Bamako accueille les représentants du FLN, leur offre un appui politique constant et défend, sur toutes les tribunes internationales, le droit du peuple algérien à disposer de lui-même. Cette solidarité n'était pas un simple geste diplomatique ; elle traduisait une communauté de destin entre deux peuples engagés dans la même lutte contre le colonialisme.

Cette convergence se prolonge dans le Groupe de Casablanca, où Hassane2, Modibo Keïta, le représentant d'Ahmed Ben Bella, Gamal Abdel Nasser, Kwame Nkrumah et Sékou Touré défendent une Afrique souveraine, unie et affranchie des logiques des blocs. Elle irrigue ensuite la naissance de l'Organisation de l'unité africaine en 1963, avant de s'exprimer au sein du Mouvement des non-alignés, héritier de l'esprit de Bandung. L'Algérie et le Mali ne partageaient pas seulement une frontière ; ils partageaient une vision du monde. Ce survol historique couvre également la fraternité agissante lors de la Guerre des Sables entre le Maroc et l'Algérie. En février 1964, c'est à Bamako, sous l'autorité morale de Modibo Keïta, que sont conclus les accords mettant fin aux hostilités. Le Mali démontrait alors que la diplomatie africaine pouvait résoudre des conflits africains sans tutelle extérieure. Cette page glorieuse demeure l'un des plus beaux chapitres de notre politique étrangère.

L'histoire récente confirme également cette interdépendance. De la rébellion de 1990 jusqu'à l'Accord d'Alger de 2015, l'Algérie s'est imposée comme le principal médiateur des crises maliennes. Les accords de Tamanrasset, le Pacte national, les différents processus de dialogue puis l'Accord pour la paix et la réconciliation ont porté son empreinte diplomatique. Certes, les résultats de ces initiatives demeurent discutés. Bamako a officiellement dénoncé l'Accord d'Alger en 2024, estimant qu'il ne répondait plus aux réalités du terrain. Le contexte de 2026 est toutefois différent. Comme le souligne Africa Intelligence, l'offensive lancée au printemps par le Front de libération de l'Azawad et le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans a bouleversé les équilibres. Les Forces armées maliennes demeurent engagées dans une guerre d'usure, face aux djihado terroristes, que l'on a intérêt à rompre. C'est précisément pourquoi cette situation est complexe et qu'aucun acteur sérieux ne pouvait souhaiter une rupture durable entre Bamako et Alger.

La sécurité du Sahel, la lutte contre le terrorisme, le contrôle des trafics transfrontaliers, les échanges économiques, les mouvements de populations et la stabilité régionale imposent une coopération permanente entre les deux États.

Cependant, cette crise aura néanmoins eu une vertu. Elle aura permis à chacun de mesurer le prix d'une rupture diplomatique entre deux voisins condamnés à vivre ensemble. Elle aura rappelé que les crises bilatérales profitent toujours davantage aux organisations criminelles, aux groupes terroristes et aux puissances désireuses d'étendre leur influence qu'aux peuples concernés.Elle aura également démontré que les grandes lois de la géopolitique résistent aux passions du moment. Comme l'enseignait Hans Morgenthau, les intérêts permanents finissent toujours par reprendre leurs droits sur les émotions. Et Charles de Gaulle rappelait que les États n'ont ni amis éternels ni ennemis éternels, seulement des intérêts permanents.

Entre le Mali et l'Algérie, ces intérêts dépassent largement les contingences du moment. Ils sont inscrits dans l'histoire, dans la géographie et dans les réalités humaines d'un Sahara qui fut longtemps un espace de circulation avant d'être une ligne de séparation.

Cela dit, le retour des ambassadeurs et la réouverture des espaces aériens ne résolvent pas toutes les divergences. Les désaccords demeurent, notamment sur les approches sécuritaires, les mouvements armés et les perspectives d'un éventuel processus politique au nord du Mali. Ils devront être discutés avec franchise, dans le respect de la souveraineté de chacun. Sinon, l'essentiel est ailleurs. Les crises passent ; les voisins demeurent.

Au fond, cette normalisation ne constitue pas une victoire de Moscou, de Brazzaville ou de Niamey, même si chacun a probablement contribué à rapprocher les positions. Elle représente surtout la victoire de la raison sur l'émotion, de la mémoire sur l'amnésie et de la géographie sur les querelles passagères.

Les prochains jours nous diront si les canaux diplomatiques ouverts auront permis une convergence de vue sur les solutions aux problèmes saheliens et si les prochains accords seront plus réfléchis et plus équitables

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Parce qu'au Sahara, plus qu'ailleurs, l'histoire enseigne une vérité immuable : on peut suspendre le dialogue, jamais effacer le destin.

Dicko Seidina Oumar DSO

Journaliste- Historien- Écrivain.

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Commentaires (15)

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Kinguiranke
Kinguiranke 3 mois
@sangare arrêtes tes hallucinations habituelles, la Russie a mis de la pression sur l' Algerie ingrate pour arrêter ses attitudes condescendantes et tutoriales vis a vis du Mali et de toute la Confederation de l'AES et son support aux terroristes criminels sans foi ni loi du JNIM et FLA! Ce qui a pousse l' Algerie ingrate a renonce a ses acts ignobles pour ouvrir son espace aerien et son Ambassade a Bamako!
Matt
Matt 3 mois
Continue à rêver, vieux idiot. Poutine n'a pas fait et n'est pas en mesure d'exercer de pression sur l'Algérie. La position de la puissante Algérie sur le Malistan n'a pas changé et reste constante et bien réfléchie sur le long terme. Au contraire, c'est mini goita qui a baissé le froc comme le dit si bien Kan !
Kinguiranke
Kinguiranke 3 mois
Une premiere fois lors de la visite de Tebboune en Russie, Poutine lui a dit clairement de respecter la souverainite du Mali! Cette fois-ci lors de la visite du diplomate Russe a Naimey, la Russie a appele l'Algerie a l'ordre et lui a demande de cesser ses attitudes condescendantes et tutorales et la guerre asymetrique contre le Mali son pays partenaire et d'arreter de soutenir des terroristes du JNIM et FLA dans l'espace AES qui sont soutenus par la France et l'Ukraine. L'Algerie n'a d'autre choix que de suivre la directive de la Russie en abandonnant les terroristes criminels sans foi ni loi du JNIM et FLA pour sa propre survie! Quand au titre de cet article, je dois dire que l'on ne se marrie pas avec son voisin pour le divorcer car Seydina Omar Dicko est parti chercher sa femme a Dianvely-Counda tres loin de son Souraka-Counda! Et a sa conclusion je dirai: Parce qu'au Sahara, plus qu'ailleurs, l'histoire enseigne une vérité immuable : on peut suspendre le dialogue, jamais effacer la geographie. La geographie commune ne fait pas un destin commun!
Matt
Matt 3 mois
Continue à rêver, vieux idiot. Poutine n'a pas fait et n'est pas en mesure d'exercer de pression sur l'Algérie. La position de la puissante Algérie sur le Malistan n'a pas changé et reste constante et bien réfléchie sur le long terme. Au contraire, c'est mini goita qui a baissé le froc comme le dit si bien Kan !
Etienne
Etienne 3 mois
La vraie raison pour laquelle l’Algérie n’a pas attendu que le Mali revienne vers elle, selon Afrique Intelligence et plusieurs diplomates africains, tient à un calcul stratégique très précis :? Alger savait que si elle attendait, la crise allait s’envenimer et affaiblir sa position au Sahel. Je t’explique point par point, de façon claire et structurée. ? 1. L’Algérie avait plus à perdre que le Mali Le Mali est désormais très soutenu par la Russie et par le bloc AES (Mali–Burkina–Niger). L’Algérie, elle, risquait de se retrouver isolée dans la recomposition sécuritaire du Sahel. Une rupture durable avec Bamako aurait affaibli sa capacité à contrôler sa frontière sud, longue de 1 300 km. ? Alger ne pouvait pas se permettre une crise prolongée. ? 2. L’incident du drone était un signal d’alarme Le drone abattu a été interprété par Alger comme : un risque d’escalade militaire, un signe que Bamako était prêt à aller loin, un incident pouvant être exploité par des acteurs hostiles (groupes armés, trafiquants). ? Attendre que le Mali revienne aurait laissé la crise s’envenimer. ?? 3. L’Algérie voulait garder l’initiative diplomatique Selon Afrique Intelligence, Alger a compris que : si elle attendait, le Mali ne reviendrait pas spontanément, Bamako était dans une logique de fermeté, l’AES renforçait une posture de défiance envers les acteurs extérieurs. Donc l’Algérie a choisi de : reprendre la main, ouvrir des canaux discrets, multiplier les gestes d’apaisement. ? C’était une stratégie pour ne pas perdre le contrôle du narratif diplomatique. ? 4. Les médiateurs africains ont conseillé à Alger d’agir vite Le Togo, le Congo-Brazzaville, la RDC et le Niger ont tous transmis le même message : “Si vous attendez, le Mali ne bougera pas.” “Prenez l’initiative, sinon la crise va se figer.” “Le Mali est dans une dynamique de bloc AES, il ne fera pas le premier pas.” ? Alger a suivi ces conseils pour éviter une crise gelée qui aurait duré des années. ?? 5. La Russie n’a pas imposé, mais a encouragé une détente Toujours selon Afrique Intelligence : Moscou n’a pas “ordonné” quoi que ce soit. Mais la Russie a encouragé une normalisation. Elle ne voulait pas une fracture entre deux partenaires africains. ? L’Algérie savait que le Mali ne reviendrait pas tant que Moscou n’y voyait pas un intérêt. ? 6. Le Mali n’avait aucun intérêt à faire le premier pas Pour Bamako : revenir vers Alger aurait été perçu comme un aveu de faiblesse, l’incident du drone avait créé une blessure d’orgueil, l’AES pousse une logique de autonomie stratégique, le Mali se sent soutenu par la Russie, donc moins dépendant d’Alger. ? Le Mali n’allait jamais faire le premier geste. ✔️ Conclusion L’Algérie n’a pas attendu que le Mali revienne vers elle parce que : Elle avait plus à perdre dans une crise prolongée. Le Mali n’avait aucun intérêt à faire le premier pas. Les médiateurs africains lui ont conseillé d’agir vite. La Russie encourageait une détente, mais pas une initiative malienne. Alger voulait garder l’initiative diplomatique et éviter l’isolement au Sahel. ? En clair : si l’Algérie avait attendu, la crise serait devenue permanente. Si tu veux, je peux te détailler : Pourquoi le Mali refusait de revenir en premier Le rôle exact des médiateurs africains Comment Alger a reconstruit la relation étape par étape
Matt
Matt 3 mois
@Etienne: La position de la puissante Algérie sur le Malistan de mini goita n'a pas changé et reste constante et bien réfléchie sur le long terme. Au contraire, c'est mini goita qui a baissé le froc comme le dit si bien Kan !
sangare
sangare 3 mois
La crise est dans les frontières de l'Algérie depuis 2003 quand ses JIHADISTES ont fait des otages au nord du Mali. Elle s'est aggravée en 2012 quand les groupes armés ont pris les deux tiers du territoire national. Et pourtant plus de deux décennies, son territoire n'a jamais été attaqué, c'est maintenant elle va s'inquiéter pendant que ses JIHADISTES ne sont plus au nord du Mali? L'ALGÉRIE VEUT EMPÊCHER L'INDÉPENDANCE DE L'AZAWAD. C'est sa seule motivation. Elle est convaincue que l'armée malienne est tellement faible qu'elle ne peut pas imposer la sécurité par la force militaire comme elle le fait chez elle. La preuve, elle est obligée de faire appel à la Russie après six ans de pouvoir. Les ressources affectées à la défense sont parties où quand on constate qu'on ne peut pas agir sans la Russie? Elle fait pression aux puschistes afin qu'ils acceptent de s'asseoir sur la table de la négociation, seule façon de permettre de solutionner la crise du nord au Mali. Les groupes armés ont pris Kidal. L'armée malienne va certainement la reprendre. Ensuite les groupes armés vont encore revenir la reprendre. On va continuer comme ça!!!
Matt
Matt 3 mois
Pour une fois, un article professionnel et basé sur des vérités (sauf la part où Moscou a joué un rôle de premier plan dans l'apaisement) de la part de Dicko.
Kinguiranke
Kinguiranke 3 mois
@sangare, tes deux farfelus leaders AOK et ATT ont enfonce le Mali dans le gouffre et IBK est venu avec Dioncounda Traore tout achever dans la destruction de nos FAMA, notre securite et notre souverainite. Notre President patriote Assimi Goita et son equipe (civils et militaires) sont venus pour sauver le Mali en mettant les Accords d'Alger dans la poubelle et en faisant monter nos FAMA en puissance dans le contexte de notre Confederation de l'AES et leur travail continue avec success partout au Malikura et nous les soutenons a 100%. L'Algerie a mis de l'eau dans son vin et n'a d'autre choix que de respecter les 3 principes nationaux du Mali1 En Bambara nous disons: ni ma basa kou tigue a te digue yorodon!
Matt
Matt 3 mois
Le vieux débile à la gueule puante parle de « succès partout » des famas? Je pense que cet idiot au QI négatif et à la gueule puante voulait dire "défaites après défaîtes partout" pour les famas.
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