Soumeylou Boubèye MAIGA, L’Homme de Confiance de KONARE : Alpha et moi, dit-il, “nous nous projetons en quelque sorte dans l’Avenir”

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           Lorsque Konaré rendait le pouvoir en 2002, il avait 56 ans. Un âge où il n’était ni, tout à fait jeune, ni tout à fait vieux. Soumeylou Boubèye Maîga en avait 48, soit un peu plus de deux (2) ans que l’âge qu’ Alpha avait quand il prenait le pouvoir en 1992. Cette différence d’âge de près de huit (8) ans entre le “prof” et son ex-élève n’a pas empêché les deux hommes de devenir des amis, de se faire profondément confiance. En disant que lui et Konaré se projettent “en quelque sorte dans l’avenir”, on se demande si les deux vieux complices ne se prépareraient pas, comme en basket-ball, à lancer une autre partie, cette fois-ci, le joueur de devant remontera en arrière. Alpha est aussi un connaisseur de la balle au panier. rn

            En presque dix ans de pouvoir qui a vu des amitiés se faire et se  se défaire, des alliances se nouer, puis voler en éclats sur fond de jeux d’intérêt de toutes sortes, le “Tigre” est resté l’homme de confiance du président. Mais, après avoir joué jusqu’ici le rôle de ‘‘faiseur de rois’’, Soumeylou tente de monter lui-même sur le trône. Peut-il alors miser sur Konaré et pourquoi?

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Du commentateur  à l’acteur politique actif

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            Le “Tigre”, c’est ainsi que Soumeylou  se faisait appeler quand il fréquentait les bancs. Aujourd’hui, ce “mordu” du basket-ball, qui fut, en 1986, Directeur Technique de l’Equipe Nationale de la même discipline, a cinquante trois ans. Officiellement connu comme journaliste et rédacteur-en chef de Soundjata (un Magazine d’informations générales gouvernemental  qui a  cessé de paraître), il évolua cependant du rôle de commentateur politique vers une vie politique active.

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             Il fit ses premières armes dans la clandestinité. Il le dit lui-même dans l’interview accordée à Jeune Afrique n° 1952 : “j’ai commencé dans une cellule de base. Puis, très vite, on m’a confié des missions délicates. De 1977 à 1984, j’étais ainsi  responsable de la publication et de la diffusion d’un journal, le Bulletin du Peuple, qu’on fabriquait à Dakar avant de le transporter clandestinement au Mali. Pendant sept ans, je me suis occupé de l’acheminement de ce journal et de sa distribution à Bamako. La publication a vécu une dizaine d’années sans que les autorités  n’en connaissent le maître d’oeuvre. En 1986, je me suis rendu secrètement à Dakara avec Mohamed Lamine Traoré (Actuel Président du Miria et Ministre de l’Education Nationale) pour rencontrer des jeunes Maliens de France avec qui nous avons mis au point une plate-forme baptisée  ‘<<Programme National Démocratique et populaire>>. A la création, en 1990, de l’ADEMA (Alliance pour la Démocratie au Mali), j’ai été désigné troisième vice-président chargé de l’administration. Au départ, l’ADEMA n’était qu’une simple association et je m’occupais de la mise en place, à l’échelon national, des structures, de la coordination entre les cellules, mais aussi des contacts avec d’auters secteurs de la société.”

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 Soumeylou, un faiseur de roi ?

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            Ce n’est donc pas gratuit si, à la chute du régime de Moussa Traoré en 1991, Soumeylou fut appelé par le Général Amadou Toumani Touré en qualié de conseiller spécial. Ce qui n’est pas une surprise puisque Soumeylou lui-même précise, toujours dans l’Hebdomadaire International Indépendant : “Mon premier contact avec ATT, par exemple, date de 1979. Donc, bien longtemps avant la chute de Moussa Traoré. Plus tard, je serai, entre 1991 et 1992, conseiller spécial d’ATT. (…)”

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            Autant, il s’était employé à la “construction” du soubassement de la Révolution de mars 1991, autant Soumeylou va user de son influence de Conseiller Spécial pour dégager un terrain propice à l’émergence de la stature présidentielle d’ Alpha O. Konaré. Son ancien “prof” du lycée, à qui il voue une admiration déférente. Entre Alpha et Soumeylou, le message semble clair: l’élève a porté toute son ambition sur le “prof”, une sorte de sublimation. Une confiance d’a priori que le “prof” lui rendit, par retour de l’ascenseur, en le prenant d’abord, une fois élu en 1992, comme chef de cabinet, puis chef des services secrets (Directeur de la Sécurité d’Etat) de 1993 à 2000 . Et de février 2000 à juin 2002, Soumeylou occupa les responsabilités de confiance de Ministre de la Défense.

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            Caricaturer ainsi les relations entre les deux hommes renvoie certainement à un simple jeu d’intérêt reposant sur “j’ai fait ça pour toi, alors fais ça pour moi”. Entre Soumeylou et son Président, les liens sont loin d’être aussi caricaturaux. Soumeylou qui les comprend mieux, les décrit, toujours chez notre confrère, comme suit : “Je connais Alpha depuis 1970. Il a été mon professeur au lycée et, par la suite, nous sommes devenus des amis. Ce qui surprend, c’est que nos relations restent relativement décontractées. Notre comportement, l’un vis-à-vis de l’autre, n’a pas fondamentalement changé depuis son accession au pouvoir. Nous nous projetons en quelque sorte dans l’avenir, car nous allons bien continuer à vivre et à nous fréquenter lorsque nous nous retirerons de la scène politique”.

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L’heure  de remonter en arrière

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            En disant que lui et Konaré se projettent “en quelque sorte dans l’avenir”, on se demande si les deux vieux complices Alpha et Soumeylou ne se prépareraient pas, comme en basket-ball, à lancer une autre partie, cette fois-ci, le joueur de devant remontera en arrière. Alpha est aussi un connaisseur de la balle au panier.

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            Donc, “Nous nous projetons en quelque sorte dans l’avenir”, ne peut être une affirmation gratuite pour un si fin politique. Elle explique certainement pourquoi, après l’avoir précieusement gardé à l’ombre huit années durant, Alpha ait, en deux années de sa sortie de scène, donné à Soumeylou le très stratégique poste de Ministre de la Défense. Comme si “le prof” voulait dire à l’élève ceci : “Vas au devant de la scène. Je n’ai plus rien à t’apprendre.” Une manière pour le “prof” donc de montrer que l’élève a non seulement sa confiance, mais aussi la compétence requise de gérer la chose publique. Et comme la “Tigritude”, il se devra alors de la démontrer dans les deux années de fin de mandat présidentiel qui couraient…

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            Car, même si Soumeylou Boubeye Maïga a évolué au-delà de la Structure ADEMA (puisque n’occupant aucune fonction officielle au C.E), il n’en demeure pas moins qu’il reste le seul, sinon l’un des très rares cadres, à avoir joué les triples rôles de penseur, d’organisateur et d’activiste de l’action politique du parti de l’Abeille, depuis la clandestinité jusqu’à la gestion du pouvoir, en passant par l’intense période d’agitation politique des années 90 et 91. Ce qui fait dire à certains analystes qu’il est en lui-même une légitimité politique historique.

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            Si on était d’accord qu’ Alpha sera un jeune retraité puisqu’à l’issue de son second et dernier mandat en 2002, il n’avait que 56 ans, il est aussi évident que Soumeylou qui, avec 48 ans à la même date, ne devait pas demander à faire valoir ses droits à la retraite politique. Le travail de patron des espions qu’il a mené avec brio sept années durant a amené bien d’autres calculateurs froids, sous d’autres cieux, à vouloir plus qu’un simple poste de ministre (fût-il celui de la Défense) ou de Premier Ministre. Ce travail peut bien avoir appris à Soumeylou qu’une ambition, fût-t-elle sublime, une fois assouvie, cache toujours une autre.

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Alpha-SBM: la confiance ébranlée

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            Avec le soutien de Konaré qui avait l’appareil d’Etat, Soumeylou, qui contrôlait presque le Comité Exécutif, le mouvement national des femmes et des jeunes Adéma, savait que les sous amassés aux différents postes nominatifs ne suffisaient pas pour devenir un favori de la présidentielle passée. Il lui fallait venir au CE. IBK est chassé au cours d’un congrès extraordinaire et Soumeylou devient 1er vice-président du CE. Pour la présidentielle, la notion de candidat naturel disparaît dans les textes de l’Adéma puisque c’est désormais une convention nationale qui élit et investit le candidat du parti.

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            Lorsque le calendrier des primaires fut rendu public avec l’annonce des candidatures dont celle de Soumeylou, les inquiétudes ont commencé à saisir les cadres du parti. On se demanda comment les postulants se plieront au résultat de la convention. C’est ce moment qu’a choisi Konaré pour entrer en scène. Pour éviter la discorde et préserver l’homogénéité du parti, il demanda à ses camarades de chercher un compromis : s’entendre sur un candidat consensuel. Soumeylou qui se disait prêt à accepter le gel de sa candidature, n’était pas totalement pour le fait qu’on jette la pierre à un candidat qui exige la poursuite du processus.

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            C’est pourquoi d’ailleurs lui et Soumaïla Cissé se retrouveront à la convention. Et c’est l’Enfant de Nianfunké qui sera investi candidat de l’Adéma pour la présidentielle. Le refus d’obtempérer des candidats aux primaires avait l’allure d’une rébellion contre Konaré accusé de semer la zizanie à l’Adéma. A la question de savoir s’il n’a pas de dauphin, Alpha avait répondu par l’affirmative. En faisant le portrait robot de son dauphin, il avait dit ceci à la presse: “ Mon dauphin est si faible que si je le montrais, il serait canardé. Il portera le même maillot que moi..”

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            Malheureusement Konaré a abandonné, semble-t-il, son projet, puisqu’il n’a pas choisi de dauphin dans son entourage. Pour lui, s’il avait indiqué le bon choix, cela aurait été perçu comme un diktat. A croire qu’il serait dans une logique monarchique. Seulement, il avait  souhaité que le candidat de l’Adéma ne considère pas ATT comme un adversaire.

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Konaré arbitre du jeu ?

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            Pour la présidentielle de 2007, Soumeylou est en rébellion contre l’actuel CE pour avoir opté pour un soutien à ATT en refusant de présenter un candidat issu de l’Adéma. Le bras de fer est si engagé entre les deux parties que le CE a proposé l’exclusion du parti de Soumeylou et compagnons à la prochaine conférence nationale. Et pour défier ses camarades, le 1er vice-président du CE a proclamé sa candidature à Ségou, une localité considérée comme le fief du secrétaire politique,Seydou Traoré, l’un des artisans du soutien de l’adéma à la candidature d’ATT en 2007.

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            Curieusement, ce bras de fer est engagé au moment où Konaré signe son come-back au Mali après un mandat passé à la présidence de l’Union Africaine. Va-t-il arbitrer entre son ex-élève Soumeylou et ses camarades du parti ?

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            Cette question vaut son pesant d’or, car  “se projeter dans l’avenir” peut vouloir dire que ce que SBM fait reste un projet partagé par Alpha. Les deux hommes ne se  sont-ils pas rencontrés récemment à Tripoli? Que se sont-ils dit? Konaré utiliserait-il son homme de confiance pour récupérer ATT?

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En tout cas, selon certaines indiscrétions, il se plaint que son prédécesseur lui aurait échappé parce que ne suivant pas toujours ses conseils. Vrai ou faux ?

rnOumar Sidibé

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