Presse malienne : La décadence
La mission d’un organe de presse, c’est d’informer et chacun a son combat à mener.
Mais, au Mali, de plus en plus, le journal est utilisé comme une arme de destruction plutôt qu’un support d’informations qui se prête au combat que chacun veut mener.
De 1990-91 à nos jours, la presse a fortement évolué, mais dans quel sens ?
La presse aurait pu aller loin, tout en restant combattante, si c’était son choix, à aller vers plus de professionnalisme, de propension à informer les gens.
Mais, le constat est qu’aujourd’hui, quand on prend le journal, on arrive au milieu de l’article sans savoir ce que l’auteur veut dire, sans avoir un seul fait.
Du côté des annonceurs
Quand on voit le prix qu’on accepte de mettre dans les annonces, on se rend compte qu’ils sont tellement bas qu’il est difficile d’avoir des émissions de meilleure qualité. De ce point de vue, les responsabilités sont partagées. Mais je ne disculpe pas les journalistes, parce que l’effort qui leur revient, ils ne l’ont pas encore fait. Venir dans la presse par accident ou par défaut, parce qu’on ne peut aller ailleurs ne sert personne. Que les promoteurs sachent qu’on peut créer un journal sur un coup de tête. Un journal ou une radio doit être un projet mûrement réfléchi et qui a eu le temps d’amasser les moyens humains et matériels qu’il faut. Or, ce n’est pas le cas ici. Dans ce cas, est-ce qu’on ne peut pas tenter des fusions ? Je pense que sur la centaine de titres (dont seulement une vingtaine paraissant régulièrement) il est étonnant qu’il ait cent écoles de pensées. Il y a des affinités qui font que les gens peuvent se regrouper, pour former des réseaux, amortir les coûts de production et élargir l’espace publicitaire pour les annonces. Quant aux textes régissant la presse, ils ont évolué Je ne suis pas de l’avis de ceux qui disaient que le grand problème, sont les textes. Je crois qu’on aurait pu faire nettement mieux avec les textes qui existent. Pour preuve, avant même que ces textes ne soient votés, les gens se sont agités pour mettre en avant des écueils qui, en ce temps se sont révélés comme de vrais obstacles à l’exercice de cette profession. Par contre, on voit que les journalistes se sont permis certaines choses. Toutes les dispositions prévues dans les textes n’ont pas été appliquées, les excès qui étaient prévus et punis par la loi n’ont presque jamais été sanctionnés. Une presse responsable peut évoluer dans le cadre des textes, qui la régissent. Ces textes, c’est vrai, ont besoin d’être relus, parce qu’il y a des incohérences qui, doivent être corrigés. L’essentiel n’est pas la loi, mais c’est dans l’attitude des hommes de presse ou de leur capacité à se défendre face aux assauts de tout pouvoir. L’Essor est le journal qui a évolué de la meilleure façon dans le sens du professionnalisme et de la qualité. Ce n’est pas la même chose pour les journaux privés. Au niveau de l’ORTM, le pouvoir accepte difficilement de lâcher un peu la corde par laquelle, il essaie de tenir l’ORTM. Néanmoins, ils auraient dû faire mieux en traitant l’information plus en professionnel qu’il ne le font maintenant. Quand je regarde le journal télévisé, je dis que c’est une page d’affaires publiques. Il y a les inaugurations, les télégrammes. Mais, c’est la loi. Pour un journal de 15 à 30 mn c’est trop. Quand je vois que le communiqué du conseil des ministres est lu intégralement, je dis qu’il y a un anachronisme qui ne dit pas son nom… Il paraît que c’est la règle. Le gouvernement rendra un service en se délaissant de cet anachronisme et souvent en punissant les attitudes qui méritent d’être punies parce qu’elles portent atteintes, soit à l’honorabilité des gens ou c’est de l’intox, la propagation de fausses nouvelles. Ce n’est pas rendre service aux journalistes que de les laisser se décrédibiliser eux-mêmes. La presse malienne joue certainement un rôle Mais, est-ce que la presse joue son rôle de la meilleure façon ? Je ne le pense pas. Je pense qu’elle peut nettement mieux faire. C’est vrai qu’il y a des problèmes de moyens. C’est vrai aussi que, la presse écrite souffre de l’analphabétisme dans le pays. En dépit de toutes ces conditions, la presse aurait pu faire mieux. Le grand problème est qu’on n’est pas encore arrivé au moment où on distingue ceux qui sont venus dans la presse par vocation pour informer (parce qu’aussi ils ont une qualification), de ceux qui sont là par accident, pour faire fortune, ou pour régler des comptes. Qui porte plainte contre un journal est traité souvent par une bonne partie de la presse comme quelqu’un qui porte atteinte à la liberté d’expression. La liberté de presse découle de la démocratie, mais cette même démocratie donne le droit à tout citoyen de saisir la justice quand celui-ci s’estime lésé. On gagnera à laisser les gens saisir le juge pour dire le droit. Ce n’est en rien, porter atteinte à la liberté d’expression ou de presse. Les deux libertés, celle de la presse et le droit du citoyen à saisir la justice vont ensemble. Par ailleurs et c’est grave, autrefois, une information émanant de la presse était prise avec sérieux, maintenant c’est avec réserve. Les journalistes y sont beaucoup dans cette situation misérable dans laquelle se trouve une bonne partie des organes de presse. Il faut alors rétablir le crédit, parce que les bailleurs ne mettront pas leur argent dans une entreprise dont les acteurs ne sont pas crédibles. De même, les auditeurs n’écouteront pas et les lecteurs, n’achèteront pas, les annonceurs non plus ne viendront pas. Ce qu’on peut faire, c’est d’avoir cette crédibilité qu’on avait à un moment donné et qui va être le socle sur lequel se bâtira une presse solide. Malick CamaraQuelle est votre réaction ?
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