Fonsopress : Bassidiki Touré plaide pour des ressources solides et une couverture sociale durable

Un an après sa prise de fonction, le président du comité de gestion du Fonds de solidarité de la presse (Fonsopress), Bassidiki Touré, dresse un premier état des lieux de la structure

12 Sep 2026 - 01:34
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Fonsopress : Bassidiki Touré plaide pour des ressources solides et une couverture sociale durable

Dans une interview accordée à notre confrère L'Aube, il revient sur les principales activités menées, les soutiens obtenus et les chantiers engagés, notamment en matière d'assurance maladie, de partenariats hospitaliers et de mobilisation des cotisations.

A l'entame, le président du Fonsopress, Bassidiki Touré, dira que la création de sa structure, plus qu'un déclic ou un événement déclencheur isolé, constitue plutôt une prise de conscience face à un ensemble de constats amers. Et d'ajouter que le premier ne se raconte pas, il se vit au quotidien : il s'agit de la précarité indescriptible dans laquelle évolue aujourd'hui le secteur de la presse malienne, touchant les hommes et les femmes qui l'animent, aussi bien au sein des médias publics que privés. Selon lui, lorsqu'un journaliste ou un agent des médias tombait gravement malade, nous assistions, le cœur serré, à une multiplication d'appels au secours, de SOS et de cagnottes lancées sur les réseaux sociaux pour assurer sa prise en charge. Ces situations dramatiques, dit-il, qui portent atteinte à la dignité et à l'honneur de notre profession, ont amené plusieurs doyens de la corporation à vouloir redonner vie au Fonsopress. Cela devait passer par l'opérationnalisation de ses instances exécutives, en complément de son Conseil d'administration (mis en place depuis 2008 sous la présidence de Sékou Tamboura).

"C'est dans ce contexte que le choix s'est porté sur ma modeste personne pour mettre en place le comité de gestion, qui constitue l'organe exécutif de toutes les activités du Fonds. Après la cérémonie de lancement du 10 mai 2025, parrainée par un grand ami de la presse, El hadj Issa Arsina Cissé, nous avons constitué un bureau de sept membres afin d'enclencher véritablement la phase opérationnelle du Fonsopress. Lors du lancement, vous parliez de la 'première pierre d'un projet ambitieux, humain et solidaire'", a-t-il rappelé.

Mécanisme adéquat de solidarité et d'entraide

A ses dires, la philosophie qui a rendu indispensable l'opérationnalisation du Fonsopress est simple : il s'agissait de la nécessité absolue de doter la presse malienne d'un mécanisme adéquat de solidarité et d'entraide afin de garantir à ceux qui sont frappés par les épreuves de la vie la préservation de leur dignité et une prise en charge sereine.

"Je ne saurais établir de comparaison directe avec les initiatives spontanées du passé, car il s'agissait le plus souvent de démarches individuelles, guidées soit par le respect du parcours des confrères concernés, soit par pur humanisme. Ce qui demeurait regrettable, c'était la diffusion sur les réseaux sociaux d'images déshonorantes de ces personnalités qui ont pourtant été de grands acteurs de la mission de service public de la communication et de l'information dans le pays", a laissé entendre le président du Fonsopress.

Après seulement une année d'exercice, à l'en croire, il est prématuré de tirer un bilan définitif pour une organisation que nous avons dû faire renaître de ses cendres. Néanmoins, poursuit-il, sa principale satisfaction réside dans l'engouement remarquable que la relance du Fonsopress a suscité, tant auprès des professionnels de la presse que des plus hautes autorités du pays. Pour l'anecdote, il dira que dès le début de ses démarches de prospection, la toute première contribution enregistrée (une enveloppe de cinq millions de F CFA remise au Fonsopress) est venue directement du président de la Transition. Par la suite, ajoute-t-il, son bureau a été reçu par plusieurs chefs d'institutions, membres du gouvernement, directeurs généraux et mécènes, qui ont tous salué et soutenu cette initiative de la presse malienne. Sur le plan interne, il précisera qu'il faut féliciter l'adhésion de nombreux acteurs des médias qui se sont acquittés de leur carte et de leurs cotisations. "Nous poursuivons activement ce travail de sensibilisation. Nous avons déjà tenu une importante assemblée générale d'information avec le personnel de l'Amap, planifié une rencontre similaire avec l'AJSM pour la presse sportive, et nous nous préparons à échanger avec l'Urtel, l'ORTM ainsi qu'avec nos confrères des régions, afin que l'ensemble de la corporation s'approprie cet outil précieux", a-t-il annoncé.

Nouveau manuel de procédures administratives et financières

Sur le plan institutionnel, il a laissé entendre qu'ils ont tenu la première session du conseil d'administration du Fonsopress, qui a permis de valider des dossiers majeurs, notamment le plan d'action triennal du comité de gestion, le rapport d'activité, le nouveau manuel de procédures administratives et financières ainsi que le projet de budget de l'exercice en cours.

Ces bases solides, indique-t-il, permettront d'envisager des chantiers ambitieux pour cette année, parmi lesquels la finalisation d'un accord de partenariat avec le Centre de médecine du sport pour une prise en charge à tarif préférentiel, l'intégration d'un spécialiste au sein du comité technique chargé de l'évaluation des dossiers médicaux et l'organisation d'un téléthon pour la mobilisation de fonds en faveur de la presse. Car la viabilité de son organisation repose essentiellement sur l'engagement de ses membres à travers les frais d'adhésion et les cotisations mensuelles. Par rapport à la question des adhésions au sein de la corporation, il dira que, pour tenir compte des réalités économiques des professionnels des médias maliens, le coût de la carte d'adhésion a été fixé à 1000 F CFA et la cotisation mensuelle au même montant de 1000 F CFA.

"Depuis le démarrage de nos activités, nous avons enregistré l'adhésion d'une centaine de consœurs et confrères. Cependant, nous constatons une certaine régularité en demi-teinte dans le versement des cotisations mensuelles.

C'est pourquoi, dès ce mois de juillet, en parallèle de nos campagnes d'information, le comité de gestion va engager un suivi personnalisé et relancer les retardataires. Le Fonsopress ne pourra atteindre pleinement ses objectifs sans un engagement ferme et régulier de l'ensemble de ses adhérents", a-t-il fait remarquer.

 Avant d'ajouter que piloter un outil de protection sociale et de mutualisation des efforts dans un contexte économique globalement difficile pour les médias constitue un défi de taille.

Quant aux principales difficultés matérielles et structurelles auxquelles le Comité de gestion est confronté, il a renchéri qu'une structure comme le Fonsopress devrait pouvoir s'appuyer sur des conditions de fonctionnement optimales pour mener à bien sa mission. "Même si ce cadre idéal n'est pas encore totalement réuni, nous restons concentrés sur l'essentiel : doter le Fonds de ressources financières solides afin d'assurer pleinement sa mission de couverture sociale. Pour y parvenir, nous comptons avant tout sur la mobilisation et le soutien de tous ceux qui croient en la portée noble de ce projet", a rassuré le patron du Fonsopress.

Projets prioritaires et chantiers majeurs

Au-delà des cotisations internes, ajoute-t-il, sa structure a bénéficié dès le départ du soutien de plusieurs personnalités, dont le ministre de tutelle. En effet, poursuit-il, la réussite de la mission du Fonsopress repose largement sur l'accueil très favorable qu'il a reçu auprès des institutions et des personnalités de bonne volonté.

Outre le soutien du chef de l'Etat, le ministre de tutelle, Alhamdou Ag Ilyène, s'est engagé à accompagner le Fonds à titre personnel. Aussi, martèle-t-il, le parrain, Issa Arsina Cissé, a concrétisé son appui par une contribution majeure de 4 millions de F CFA. De son côté, selon lui, le président du Comité national olympique et sportif du Mali, Habib Sissoko, a fait don d'un important lot de matériel informatique.

Parlant des projets prioritaires et des chantiers majeurs que son bureau compte déployer d'ici la fin de son mandat, il a souligné que l'ensemble des acteurs des médias du Mali est au cœur des préoccupations de son bureau. A court terme, la priorité absolue de son organisation est d'éradiquer les situations humiliantes où des confrères malades doivent recourir à des appels à la générosité publique sur les réseaux sociaux. A moyen terme, il dira que son bureau travaillera à établir des partenariats durables avec les pouvoirs publics et les structures hospitalières nationales et internationales.

A long terme, il a déclaré qu'il vise la pérennisation du Fonds et l'élargissement de ses prestations pour améliorer les conditions de vie globales des professionnels des médias. "Nous nous inspirons d'expériences réussies dans la sous-région, notamment au Sénégal, où la carte du Fonds de solidarité permet aux journalistes de bénéficier de réductions significatives sur des produits de première nécessité auprès de surfaces commerciales partenaires", a-t-il renchéri.

En réponse à la question relative à l'intégration et à la matérialisation des résolutions issues du premier Forum panafricain des médias (Fopame), il a rappelé que les responsables du Fonds ont participé activement à l'organisation et au succès dudit forum. "J'ai eu l'honneur d'y animer un panel consacré à la solidarité au profit des professionnels des médias africains, et nous nous reconnaissons pleinement dans les résolutions qui en ont découlé. Les recommandations du Fopame constitueront une boussole précieuse pour enrichir notre plan d'action et renforcer l'impact de nos interventions sur le terrain", a-t-il conclu.   

Boubacar Païtao