Djeneba Diéma alias "Julie Lanoire" de l’ORTM : Le courage de tenir la caméra au milieu des hommes
Célibataire, mère de deux enfants, née à Bla Niétia dans la région de Ségou, malgré 13 ans d’interruption scolaire pour raison de famille, Djeneba Diéma ‘’Julie Lanoire’’, a repris du poil de la bête grâce à des stages, pour devenir en 2018 une camerawoman recrutée à l’ORTM.
Entre deuil, préjugés et persévérance, elle a fait de la caméra son arme pour gagner le combat de la vie et inspirer des générations de femmes.
Physique de combattante, style vestimentaire d’actrice de film d’actions, Djeneba Diéma, que l’on appelle aussi ‘’Julie Lanoire’’, est née à Bla Niétia. Son père est Ivoirien et aujourd’hui à la retraite. Sa mère, Mariam, était malienne. Elle est décédée alors que Djeneba était encore jeune. « Je suis l’unique fille de ma mère. Après son décès, j’ai dû interrompre mes études à cause des difficultés financières. Je suis restée plus de treize ans sans aller à l’école », se souvient-elle avec amertume.
Pendant cette longue traversée du désert, elle a fait face, seule, aux épreuves de la vie. Mais la chance lui sourit : des personnes de bonne volonté l’aident, paient même ses frais de transport pour qu’elle puisse aller en ses lieux de stage.
Son enfance n’a pas été que tristesse. Lorsque sa mère s’était remariée avec un Français, la famille voyageait entre le Mali et la France.
« Mon beau-père avait toujours un appareil photo à la main. Il immortalisait chaque instant. Je me suis dit qu’un appareil photo, c’était une arme. Une arme qui sert à informer et à laisser une trace » susurre-t-elle.
Un parcours de combattante
Sa formation commence par la photo avec M. Diouara au sein de l’association "sept art" de 2008 à 2010. Ensuite s’enchaînent des opportunités de stages pour elle, notamment au niveau de l’agence de communication Yok Vision (2010-2012), à l’ORTM (2012-2013), au sein de la cellule de communication de l’Assemblée Nationale (2015), au Groupe Renouveau (2017) et dans l’équipe de la prestigieuse Agence de communication ‘’Spirit-Communication (2019).
A noter que par chance ou malchance, partout où Julie est passée, elle demeurait la seule femme au poste. « Être la seule camerawoman. C’était un défi, mais aussi une grande motivation », souligne-t-elle d’un ton franc qui la caractérise.
L’histoire du parcours de Djeneba Diéma est comme le récit de la vie d’une femme courageuse ayant façonné elle-même son devenir. Pour preuve, sachant que malgré ses qualités irréfutables en pratique, il fallait de la théorie, d’où le bagage intellectuel à acquérir. Ainsi, elle a décidé de reprendre les bancs en véritable autodidacte pour postuler en candidate libre au DEF en 2013, puis au Bac au Lycée Aimée Césaire de Yopougon en 2014, tous avec succès.
Elle réussit le concours de l’Institut National des Arts de Niena et en sort diplômée en 2019 en Animation Socio-culturelle. En 2022, elle obtient aussi le Certificat d’administrateur sportif du Comité International Olympique.
2018 : La consécration à l’ORTM
Quand le poste de camerawoman se libère à l’ORTM, elle postule et est recrutée. Cela a été pour elle, l’aboutissement de plusieurs années de sacrifice. Depuis lors, elle a eu la chance d’être dans les équipes qui couvrent des événements nationaux et internationaux. Parmi ses meilleurs souvenirs dans le métier, elle se rappelle de la couverture par elle en 2023 du concours d’excellence de Guinée Conakry, avec le Ministre de l’Éducation Nationale. Mais également à la rencontre internationale des Femmes ‘’CSW 2024’’ à New York, au sein de la délégation du Ministre de la Promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille. Elle a aussi participé en 2019 à la rencontre des associations de femmes de 55 pays sur le leadership féminin.
Le secret de Djeneba, selon elle-même reste l’abnégation dans le travail. C’est pourquoi elle a réussi à tracer son chemin, malgré les épreuves du service public, les critiques, les propos blessants, les menaces de licenciement, entre autres.« Le simple fait de toucher à une caméra devenait souvent source de conflit. Mais j’ai choisi de répondre à la haine par le travail », dit-elle. Ce faisant, aujourd’hui elle constate et vit le changement avec fierté : « Il y a beaucoup de camérawomen actuellement au Mali. Des jeunes me disent : Quand on vous a vue, on s’est dit pourquoi pas nous ? »
Dans sa vie personnelle, elle assume pleinement son célibat avec dévouement pour ses deux enfants. Elle vit seule, organise son quotidien entre le travail, les études, le sport (elle pratique le Taekwondo). Ses loisirs : le cinéma et la lecture. Elle parle français, bamanankan, bwamu et wolof.
« Ma mère m’a préparée à faire face à la vie. Elle m’a appris la dignité, à faire le bien et à toujours me relever. Ça fait 26 ans qu’elle est partie mais ses enseignements me guident » témoigne-t-elle la tête haute. Comme conseils aux jeunes filles, son avis est sans tournure :« N’avancez pas grâce à votre beauté ou votre apparence. Avancez par votre mérite, votre intelligence et votre professionnalisme. Respectez-vous. Adoptez une tenue correcte. Le travail finit toujours par payer. »
Elle a tenu également à lancer aux autorités, en particulier au Président de la Transition, le Général Assimi Goïta : « Que les engagements pour la promotion des femmes soient concrétisés. Les femmes ont les compétences pour servir le pays. Donnons-leur la chance. »
Elle termine par un remerciement à ses frères aînés en Côte d’Ivoire et à l’Ambassade de Côte d’Ivoire en Italie qui l’ont soutenue, ainsi qu’à tous ceux qui ont cru en elle.
De l’interruption de ses études pour arriver à la Licence en journalisme à l’ESJSC-Mali qu’elle prépare pour 2026, de simple photographe familiale au statut de camérawoman de la chaîne de télévision nationale, Djeneba Diéma a prouvé une chose : ‘’avec du courage, on peut transformer chaque chute en plan de réussite’’. C’est ce courage qui lui permet de tenir aujourd’hui avec dextérité la caméra au milieu des hommes.
Léontine Diakité, Stagiaire UCAO