Mines d’or de Syama : Des villages environnants mobilisés contre deux projets de la Somisy-SA
Pour la première fois en quarante ans de cohabitation, les communautés riveraines et la société des mines d’or de Syama (Somisy-SA) sont à couteaux tirés.
Réunies en assemblée générale, le samedi 17 octobre 2026 à Bananso, les populations ont rejeté l’extension de la clôture du site A21 et la construction d’un nouveau bassin de stockage des déchets miniers, baptisé TSF3.
Au terme des débats, l’assemblée a adopté une position commune : les deux projets resteront rejetés tant que les préoccupations des populations ne seront pas prises en compte. Celles-ci réclament notamment : l’attribution de terres cultivables aux familles privées de leurs champs ; des mesures pour protéger les riverains des risques sanitaires et environnementaux liés aux déchets miniers ; l’arrêt immédiat de l’orpaillage par dragage dans les cours d’eau du secteur.
Selon les populations, l’extension de la clôture du site A21 priverait de terres agricoles au moins 40 familles. Elle risquerait aussi d’enclaver plusieurs villages, dont certains se retrouveraient à environ 500 mètres du grillage.
Quant au projet TSF3, il est perçu comme une menace environnementale et sanitaire majeure. Les installations sont situées seulement à 2,5 kilomètres de certains villages et à quatre kilomètres des plus éloignés. Les habitants jugent le projet de bassin de stockage des déchets miniers ne réponde pas aux normes requises. Selon « certaines sources bien averties », des espaces existent à l’intérieur du site actuel de la mine pour accueillir ce nouveau bassin. Seydou Coulibaly, qui a pris la parole à l’assemblée, a mis l’accent sur le risque de dégradation de la nappe phréatique.
Une grande mobilisation
Étaient présents des habitants de Bananso et des localités voisines (N’golopéné, Piama, Tembléni, Syama, Lasséribougou, Conzanso, Mougnina), ainsi qu’une délégation de ressortissants venus de Bamako, conduite par Seydou Sogodogo, président de séance. Diakalia Sogodogo, membre de la délégation de Bamako et conseiller municipal de Fourou, a plaidé pour une action concertée, notamment de la jeunesse. Un témoignage sur les conséquences de projets similaires à Sadiola a, selon le compte rendu de la rencontre, renforcé la conviction des participants.
Appel aux autorités nationales
Plusieurs intervenants ont affiché une position ferme. Karim Sogodogo, conseiller du chef de village de Bananso, a interrogé : « Comment allons-nous vivre si au moins 40 familles sont privées de leurs champs ? », écartant tout compromis sans prise en compte des préoccupations locales.
À Syama et à N’golopéné, les représentants démentent les rumeurs selon lesquelles leurs villages auraient accepté de céder des terres. «Je n’ai jamais signé quoi que ce soit », a déclaré Adama Sogodogo, pour qui les conséquences des deux projets dépasseraient les limites de la commune. Souleymane Nouhoum Sogodogo, conseiller du chef de village de Bananso, a distingué l’opposition à l’entreprise de la relation à l’État : « Nous nous opposons aux projets de la Somisy-SA, pas à l’autorité de l’État. » Il accuse la société de chercher à dresser les communautés contre les autorités.
Des autorités locales mises en cause
Le même intervenant a critiqué le préfet de Kadiolo, Bakary Dioman Diakité, qu’il accuse d’inviter les populations au dialogue tout en leur imposant le silence « sous peine d’aller en prison ». Il a également reproché au maire de Fourou, Ousmane Ouattara, dit Sembène, de défendre une position contraire à celle qu’il soutenait auparavant. Les propos rapportés n’ont pas été confrontés, à ce stade, à la version des intéressés.
Mamadou TOGOLA/maliweb.net
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