Hydrocarbures : Le nerf vital du Mali sous escorte armée

Si le blocus des djihadistes a mis quelque chose à jour, c’est bien la fragilité et la vulnérabilité de notre pays et de son économie.

05 Nov 2025 - 09:23
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Hydrocarbures : Le nerf vital du Mali sous escorte armée

Un secteur aussi vital que l’hydrocarbure, aujourd’hui, dans le monde une question aussi bien de sécurité nationale que de facteur de développement, est comme délaissé. Consommation, importations, routes d’approvisionnement, affairisme pétrolier : radiographie d’un marché stratégique et explosif.

 Au Mali, l’essence et surtout le gasoil sont devenus une question de sécurité nationale. Nous ne produisons pas de pétrole et dépendons «entièrement et totalement », selon les expressions d’un importateur, des importations pour faire rouler les camions, alimenter les mines, faire tourner les groupes électrogènes, et produire l’électricité publique.

Depuis début septembre 2025, cette dépendance est apparue au grand jour : des attaques djihadistes contre les convois de carburant et un blocus des principaux axes ouest (Kayes, Nioro-du-Sahel) ont étouffé l’acheminement du carburant venant des ports côtiers. Les stations-service se sont retrouvées à sec, Bamako connaît plusieurs jours de files interminables et les prix réels “au bidon” ont flambé, malgré les tarifs officiels.

Le gouvernement a dû envoyer l’armée escorter des convois entiers de citernes vers Bamako. Le 7 octobre déjà, on annonçait près de 300 camions-citernes, puis des convois “de plusieurs dizaines” fin octobre, allant jusqu’à plus d’un millier de citernes selon certaines sources officielles, afin d’éviter l’asphyxie économique de Bamako. Ces convois venaient notamment du port de Conakry (Guinée). Et les routes d’approvisionnement sont désormais militarisées.

Nous brûlons environ 1,3 milliard de litres de carburant par an, soit 1,3 million de m³, et cette consommation continue d’augmenter sous l’effet combiné des groupes électrogènes, du parc minier et du transport routier. Nous dépendons structurellement des raffineries et dépôts côtiers de Côte d’Ivoire, du Sénégal et désormais de la Guinée, avec une militarisation croissante des convois. La Russie s’invite désormais comme fournisseur stratégique direct, avec des promesses de 160 000 à 200 000 tonnes par mois.

Les grands distributeurs du marché sont désormais quasi tous sous pavillon africain ou malien : Soyatt, NDC Énergie, Vivo Energy (Shell) et ColiEnergy/Bénin Petro (ex-TotalEnergies Mali). Le talon d’Achille reste le stockage national (un mois d’autonomie à peine) et la captation du secteur par quelques opérateurs proches du pouvoir politique.

Les autorités évaluent la consommation nationale annuelle de produits pétroliers autour de 1,3 million de mètres cubes par an, selon des données de Journal du Mali. 1,3 million de m³, cela veut dire environ 1,3 milliard de litres par an (un mètre cube = 1 000 litres). Cela revient à peu près à 3,5 millions de litres par jour pour l’ensemble du pays, dont environ 60 % absorbés rien que par le district de Bamako selon des estimations internes relayées publiquement.

Ce chiffre gigantesque n’est pas seulement du carburant “pour rouler”. Une part considérable part dans la production d’électricité. Énergie du Mali (EDM-SA) fonctionne encore très largement au thermique (groupes fonctionnant au gasoil et au fuel lourd). Son directeur général a expliqué en mars 2024 qu’il faudrait environ 500 millions de litres de combustibles (gasoil/fuel) – évalués à 309 milliards de francs CFA – pour couvrir à 100 % les besoins énergétiques du pays sur l’année 2024. (bamada.net)

Le marché malien reste dominé par le gasoil, l’essence et le fuel lourd. Le gasoil alimente le transport routier longue distance, l’activité minière, les groupes électrogènes industriels et une partie de la production électrique. Les prévisions internes de consommation parlent de plus de 740 000 m³/an, soit bien plus de la moitié du volume total.

Un système vulnérable

L’essence alimente le parc de motos, taxis-motos, tricycles de transport informel et voitures particulières. C’est elle qui manque en premier dans les stations en période de crise, parce que la demande urbaine est immédiate et visible. Depuis septembre-octobre 2025, la rareté de l’essence a forcé certains revendeurs à vendre le litre bien au-dessus du prix officiel, malgré l’annonce de l’État de maintenir le prix à 775 FCFA.

Le fuel lourd ou gasoil industriel est utilisé par EDM et les mines. A ces trois, on peut ajouter du pétrole lampant (kérosène domestique) et des lubrifiants. Mais en valeur, le gros du ticket reste le gasoil et l’essence. « Au premier trimestre 2025, les produits pétroliers et dérivés représentaient déjà près de 330 milliards de FCFA d’importations, soit environ 38 % de la valeur totale des importations du pays pour la période ». (Horonya finance)

Pour son approvisionnement, le Mali dépend des raffineries et dépôts côtiers. Historiquement et économiquement, la Côte d’Ivoire (port d’Abidjan) et le Sénégal (port de Dakar) sont les poumons logistiques du Mali pour les produits pétroliers. « Déjà avant 2024, Abidjan et Dakar représentaient “les deux tiers environ” des importations maliennes de carburants », selon les données financières internationales sur le Mali du FMI.

La Côte d’Ivoire reste un fournisseur majeur : elle compte le Mali parmi ses tout premiers clients pour l’exportation de produits pétroliers raffinés. Au point que le Mali pèse plus de 700 milliards de FCFA d’achats de produits pétroliers ivoiriens, très largement devant les autres clients de la sous-région. (YOP L-FRII)

Le corridor Dakar–Kayes–Bamako est lui aussi vital. C’est précisément ce couloir qui a été ciblé ces dernières semaines par les groupes armés affiliés à Al-Qaïda (JNIM / GSIM) qui ont revendiqué un blocus et multiplié les attaques contre les citernes, les bus et les infrastructures logistiques, avec un objectif clair : “asphyxier Bamako”. Le gouvernement a dû faire escorter militairement les convois et diversifier ses routes.

Un corridor fragile

En 2025, on observe en plus une montée en puissance du corridor Conakry (Guinée) – Bamako. Lors de la crise, Bamako a officiellement communiqué sur l’arrivée de convois de près de 300 camions-citernes “en provenance du port de Conakry”, escortés jusqu’à l’entrée de la capitale. La Guinée devient donc un axe alternatif de survie énergétique pour le Mali, surtout quand Kayes est sous pression sécuritaire.

Dernier tournant géopolitique : la Russie. Bamako et Moscou ont annoncé un accord visant des livraisons mensuelles de 160 000 à 200 000 tonnes de produits pétroliers raffinés, pour “soutenir la résilience et la souveraineté économique du pays”. (sikafinance.com)

Sur le papier, l’Office national des produits pétroliers du Mali (Omap) est la cheville ouvrière publique : il suit les stocks stratégiques censés couvrir quelques jours de consommation nationale et coordonne la distribution. L’Omap reconnaissait publiquement que son stock de sécurité – censé couvrir trois jours de consommation nationale – était déjà “épuisé” parce qu’il avait été injecté dans le réseau pour tenter d’éviter la rupture totale. (Connaissance des Énergies)

Derrière l’État, le marché est dominé par un noyau d’importateurs/distributeurs agréés, parmi lesquels Soyatt. Société de droit malien créée en 1989, spécialisée dans l’importation et la commercialisation de produits pétroliers. Le Groupe Niangadou, NDC est devenu un fournisseur clé en hydrocarbures pour des clients stratégiques : EDM-SA (électricité), les mines d’or et surtout la nouvelle mine industrielle de lithium à Goulamina. L’entreprise se distingue par sa flotte de citernes (plus de 200 camions-citernes mentionnés publiquement) et sa capacité à livrer du fuel en conditions difficiles. Elle est désormais considérée par les autorités comme un acteur national à soutenir pour “sécuriser” l’énergie du pays. (L'économiste du Mali)

Il y a Vivo Energy qui détient la licence Shell en Afrique de l’Ouest et exploite au Mali un réseau étendu de stations-service Shell, vendant carburants, lubrifiants et services aux particuliers, aux transporteurs routiers, au secteur minier et même aux administrations publiques. L’entreprise met en avant sa capacité logistique et de stockage sur le territoire malien, ce qui en fait un pilier du réseau de détail (stations-service) et de l’avitaillement industriel.

Enfin, on peut citer Total. Début 2025, TotalEnergies a officiellement quitté le Mali en cédant sa filiale locale à un groupe régional mené par ColiEnergy et Bénin Petro. Les nouveaux propriétaires ont repris près de 80 stations-service, en promettant de maintenir l’emploi d’environ 1 000 salariés. Cette prise de contrôle maliano-ouest-africaine d’un réseau auparavant contrôlé par une major française change la carte du secteur de détail et renforce le poids d’opérateurs à capitaux régionaux dans la distribution des carburants.

À ces acteurs installés s’ajoutent les traders internationaux qui négocient les cargaisons à l’amont (raffineries ivoiriennes, sénégalaises, russes, etc.) et organisent la logistique jusqu’aux dépôts maliens. Des sources spécialisées en renseignement économique pointent depuis 2024 le rôle croissant de sociétés privées mandatées pour acheminer du carburant russe “rebrandé” vers le Mali et les pays de l’AES.

« Quatre fragilités minent le secteur des hydrocarbures au Mali. Le Mali ne raffine pas. Il achète tout son carburant à l’extérieur. Résultat : le moindre blocage de corridor routier, le moindre incident sécuritaire ou diplomatique, et le pays s’arrête. Les deux zones d’approvisionnement, Dakar et Abidjan, sont ciblées par les groupes armés. Le Mali ne dispose que d’environ 53 853 m³ de stockage, soit à peine l’équivalent d’un mois de consommation nationale (sur la base d’1,3 million de m³/an). Enfin les problèmes de gouvernance », résume un spécialiste du secteur.

 

Alexis Kalambry

 

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Commentaires (13)

User
Kankan 11 mois
Thank you FAMA for demonstrating who is master in Mali by safely escorting tankers to their destinations. Unfortunately this must continue not only unto we find how Terrorists are infiltrating into region to carry out their dastardly destructive actions but, also whereabout of terrorists hiding within regions waiting opportunity to carry out more evil plus inhumane actions. I believe if we offer some rewards plus receivers carefully conceal payments we will timely uncover presence of terrorists that have infiltrated plus are waiting for remainder of their unit to arrive so that they may immediately after arrival of remainder of Terrorists unit carry out violent cowardly actions. May Ubuntu Beliefs Religion UBR Julu angels known as Sunday Monday Tuesday Wednesday Thursday Friday plus Saturday continue to be in FAMA presence while FAMA carry out its duty. FAMA must stay living to be in Julu angels presence. Africa First People of Books. Henry Author Price Jr aka Kankan
Coulibaly Yacouba
Coulibaly Yacouba 11 mois
Il faut retenir que c"est sous escorte de l'armée et sous les malversations de maliens véreux une fois que le produit atteint sa destination finale à Bamako. Ces malversations font plaisir à certains maliens malhonnêtes qui revendent un bidon à plus de 60 000 Francs CFA et les produits se retrouvent entre les mains des terroristes qui les achètent à 150 000 Francs CFA, quelle honte ? nous sommes totalement sidérés.
Lamine
Lamine 11 mois
il faut bien entendu pensez a construire des capacites de stockages et un reseau d oleoduc a moyen terme mais dans l immediat il faut agir vite et intelligemment IL FAUT PASSER DE 300 A 450 PAR SEMAINES POUR RECONSTITUER STOCK DE SECURITE ET L AUGMENTER DONC CONTINUONS DANS CETTE VOIE PENDANT QUELQUES MOIS MEME APRES RETOUR A LA NORMALE QUI DEVRAIT AVOIR LIEU EN CE MOIS DE NOVEMBRE SAUF SURPRISE LACHES ET ABJECTES DES TERRORISTES FINANCES PAR EMIRAT AVEC LA RANCON Avec 450 camions-citernes par semaine, Bamako génère un excédent de 1,8 million de litres par semaine, permettant de reconstituer un stock stratégique de 5 millions de litres en moins de 3 semaines. ? Résumé du scénario avec 450 camions Paramètre Valeur Volume total livré par semaine 13 500 000 litres Détournement estimé (30 %) 4 050 000 litres Volume réellement consommé 9 450 000 litres Besoin hebdomadaire de Bamako 8 400 000 litres Surplus hebdomadaire 1 050 000 litres ? Évolution du stock disponible sur 6 semaines • Semaine 1 : +1 050 000 litres • Semaine 2 : +2 100 000 litres • Semaine 3 : +3 150 000 litres • Semaine 4 : +4 200 000 litres • Semaine 5 : +5 250 000 litres → objectif atteint • Semaine 6 : +6 300 000 litres Ce rythme permet de reconstituer un stock de sécurité de 5 millions de litres en moins de 5 semaines, tout en couvrant les besoins hebdomadaires. ? Implications stratégiques • ✅ Retour à la normale durable : Les besoins sont couverts et un stock tampon est créé. • ?️ Résilience renforcée : En cas de nouvelle crise, Bamako disposerait d’une réserve équivalente à 6 jours de consommation. • ? Contrôle du marché noir : La mesure des 20 litres par client reste essentielle pour éviter que l’excédent soit absorbé par la revente illégale.
KONATE
KONATE 11 mois
il nous faut une raffinerie et oleoduc depuis kayes et sikasso et reservoirs supplementaires de stockages et surtout encouragerle solaires et vehicules bus et motos electriques
Matt
Matt 11 mois
Rien ne sert de construire quoi que se soit si le JNIM le détruira une fois la construction terminée.
La situation au Mali tourne à la catastr
La situation au Mali tourne à la catastr 11 mois
La situation au Mali tourne à la catastrophe. L’avancée spectaculaire des groupes armés islamistes vers Bamako laisse craindre une chute imminente de la capitale. Ce qui semblait hier encore impensable, voir les drapeaux d’Al-Qaïda flotter aux portes du fleuve Niger, devient aujourd’hui une hypothèse sérieuse. Les forces du Jama’at Nusrat Al-Islam Wal-Muslimin (JNIM), filiale d’Al-Qaïda au Sahel, ont mené ces dernières semaines une série d’opérations coordonnées dans le centre et le sud du pays. Leur stratégie consiste à asphyxier Bamako par un blocus économique et isoler le régime putschiste du colonel Assimi Goïta, déjà fragilisé par les divisions internes et l’effondrement logistique de son armée. Sur le terrain, les signes d’un effondrement militaire se multiplient. Les garnisons de Kati, Koulikoro et Kita sont sous pression constante. Les voies d’approvisionnement en carburant et en vivres sont coupées depuis plusieurs semaines. Bamako vit désormais au rythme des pénuries et des rumeurs d’infiltration djihadiste, selon des sources concordantes. Malgré les déclarations rassurantes du pouvoir, l’armée malienne ne semble plus en mesure de contenir la progression des groupes armés. «Le régime a perdu la main sur le pays réel», confie un diplomate sous couvert d’anonymat. «Ce n’est plus une question de résistance militaire, mais de survie politique», alerte-t-il. Comment expliquer une telle montée en puissance de JNIM ? Les observateurs évoquent une combinaison de ressources locales et d’aides extérieures. Les groupes islamistes contrôlent désormais plusieurs zones minières artisanales et des routes commerciales de contrebande reliant le Mali à la Mauritanie et au Burkina Faso. Mais au-delà de ces revenus, certains analystes soupçonnent des soutiens indirects venus de l’étranger, alimentant la logistique et l’armement des combattants. «Ces groupes bénéficient d’un réseau financier tentaculaire, opérant depuis la Libye et le Moyen-Orient», fait remarquer un expert sécuritaire. «Leur offensive actuelle n’est pas spontanée, elle est planifiée», indique-t-il. Pour l’Algérie, la perspective d’un effondrement total de l’Etat malien est une menace stratégique majeure. La création d’une zone d’influence islamiste à Bamako, dirigée par une coalition affiliée à Al-Qaïda, rappellerait les sombres heures de la Syrie, où les manipulations géopolitiques ont fini par livrer le pays à un gouvernement issu du groupe armé d’Al-Nosra, soutenu par la France. L’Algérie, fidèle à sa doctrine de non-ingérence mais consciente du danger, observe de très près l’évolution de la situation. Son expérience de la lutte antiterroriste dans les années 1990 et son rôle de médiateur historique dans la région font d’elle le seul acteur capable d’influencer le cours des événements, à condition que Bamako revienne à la raison. Jusqu’ici, la junte malienne s’est enfermée dans une posture d’isolement, alimentée par des calculs politiques mal inspirés et des influences extérieures, notamment marocaines. Mais à mesure que la menace se précise, des voix s’élèvent à Bamako pour réclamer un rapprochement avec Alger, seul capable d’apporter un soutien logistique, diplomatique et sécuritaire crédible. «Le Mali doit sortir de ses illusions et reconnaître que son salut passe par la coopération avec l’Algérie, pas par les slogans nationalistes», estime une source malienne. L’heure est grave. Si Bamako tombe, c’est tout l’équilibre du Sahel qui vacillera. La menace ne s’arrêterait pas aux frontières maliennes, mais s’étendrait vers la Mauritanie, le Niger et le sud de l’Algérie où la priorité est claire : empêcher qu’un foyer islamiste durable ne s’installe à ses portes, appuyé par des puissances étrangères hostiles : les Emirats arabes unis, Israël et la France, principaux pourvoyeurs des groupes islamistes armés depuis des décennies.
MAREC-CHALLAND
MAREC-CHALLAND 11 mois
Vos propos sont honteux vis à vis des soldats français morts sur votre sol à défendre le Mali.
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