Joseph Kabila, ex-président de la RDC, prend la tête d’un mouvement politico-militaire incluant les rebelles du M23
Condamné à mort par contumace en 2025, l’ancien chef de l’Etat a été désigné à Goma, alors que l’opposition accuse l’actuel président, Félix Tshisekedi, de vouloir modifier la Constitution pour briguer un troisième mandat.
L’ancien président de la République démocratique du Congo (RDC) Joseph Kabila, aujourd’hui opposant sous le coup d’une condamnation à mort pour trahison, a pris la tête d’un nouveau mouvement politico-militaire incluant le M23, confirmant ainsi ses liens avec le groupe armé antigouvernemental qui contrôle de vastes pans de territoire dans l’est du pays.
L’annonce surprise, lundi 12 octobre au soir, de cette union, survient dans un contexte politique incertain en RDC, pays d’Afrique centrale à l’histoire politique agitée.
L’actuel président, Félix Tshisekedi, 63 ans et successeur de Joseph Kabila, arrive au terme de son second et dernier mandat de cinq ans en 2028, la Constitution congolaise limitant à deux le nombre de quinquennats. Or, depuis déjà plusieurs mois, la majorité présidentielle prépare l’opinion à une modification du texte, qui ouvrirait la voie à un troisième mandat.
Un troisième mandat en ligne de mire
L’opposition, qui accuse le président de manœuvrer pour se maintenir au pouvoir, a organisé des rassemblements en juin et en septembre. Ces manifestations à Kinshasa et dans plusieurs autres grandes villes du pays, ont été souvent émaillées de heurts et quasi systématiquement dispersées par les forces de l’ordre. Les Nations unies ont déploré « au moins un mort » lors de la première, dans la capitale, et l’opposition a dénoncé « l’assassinat » d’un opposant lors de la seconde.
Joseph Kabila, dont les apparitions publiques sont rares, est apparu lundi soir devant la presse, au côté de plusieurs hauts responsables du M23, sans prendre la parole. L’annonce de la création du mouvement, baptisé Front pour la refondation de la nation (FRN), présidé par l’ancien chef d’Etat (2001-2019), a été faite de la résidence de ce dernier à Goma, grande ville de l’est contrôlée par le M23.
Mutualisation
Les hauts responsables du groupe armé et de l’Alliance fleuve Congo, ancienne branche politique du M23, désormais dissoute avec la création du FRN, ont été nommés vice-présidents. Les membres de cette nouvelle formation se sont unis pour « mutualiser leurs forces, [leurs] ressources et [leurs] moyens » avec pour objectif de « mettre un terme à la tyrannie par tous les moyens, y compris [par] la force » en RDC, ont-ils expliqué.
L’est du pays est en proie à des violences depuis plus de trente ans. Une offensive spectaculaire, au début de l’année 2025, s’était soldée par la prise, par le M23 soutenu par l’armée rwandaise, des deux grandes villes des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, Goma et Bukavu, face à des forces armées congolaises dépassées et en fuite. Plusieurs tentatives de médiations pour rétablir la paix dans la région ont échoué jusqu’ici.
Un accord signé en décembre 2025 par Kinshasa et Kigali, sous l’égide de Washington, n’a pas eu d’effet concret sur le terrain. Parallèlement, en juillet 2025, Kinshasa et le M23 s’étaient engagés à un cessez-le-feu dans le cadre d’une médiation qatarie, mais ce dernier n’est pas respecté.
Agé de 55 ans, Joseph Kabila a été condamné à mort par contumace pour « trahison » et « crimes de guerre » à la fin de septembre 2025. La justice militaire congolaise avait estimé qu’il était l’un des initiateurs de l’Alliance fleuve Congo.
Source: https://www.lemonde.fr/
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