Le pouvoir et le sexe : banalité en Afrique, affaire d’Etat en Occident

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Le président israélien, Moshé Katsav, âgé de 61 ans, est actuellement au centre d’un scandale sexuel. Il a maille à partir avec la justice de son pays. Il est accusé de viol et harcèlements sexuels, d’’entrave au fonctionnement de la justice avec menaces contre témoins. Ces accusations de viol et harcèlements sexuels remontent à 1998, époque où M. Katsav était ministre du Tourisme.

Il risque un emprisonnement de trois à seize ans s’il est reconnu coupable. Devant ce scandale que la presse a contribué amplement à ébruiter, il a décidé de se mettre en réserve de la Présidence pour être entièrement à la disposition des juges. Certes, le président de l’Etat hébreu a une fonction purement honorifique.

Mais, il faut montrer patte blanche, moralement parlant, si l’on veut l’occuper. Une affaire de sexe qui ébranle le sommet de l’Etat, au point d’obliger à la démission un président. Comme toujours, en pareilles circonstances, l’accusé crie son innocence. Le président Katsav se dit victime de fausses accusations. Il ajoute qu’il est l’objet d’un "complot" et "d’une chasse aux sorcières".

Voilà des faits qui vont faire sourire, voire même pester nombre de responsables et de personnes, en Afrique particulièrement ! En effet, en Afrique, la question du sexe fait partie à la fois des banalités quotidiennes, des tabous aussi. Parler de la sexualité des responsables, c’est violer ces tabous.

Et quand ces révélations sont faites par la presse à l’issue d’enquêtes sérieuses, celle-ci est traînée devant les tribunaux. Ce sont des procès pour atteinte à la vie privée à n’en pas finir. En Afrique aussi, même si on n’en parle pas, il se trouve des maniaques et des déséquilibrés sexuels qui sont souvent à la tête de nos institutions. Sans jeter l’anathème sur tous les dirigeants, il faut dire que leurs employées sont considérées comme leur appartenant en propre. Les insoumises s’exposent très souvent à un licenciement ou à une stagnation professionnelle.

Parfois, les victimes subissent en silence, des années durant, les agissements dépravés de leurs patrons. Juque-là, seules quelques-unes ont osé dénoncer leurs bourreaux. Car le viol est un crime qui devrait être puni comme tel. Ce n’est donc pas étonnant que dans ce cas, les bureaux de certains ministres et hauts responsables de l’Administration publique et privée se voient transformés, à des heures précises, en chambres de passe ou en boîtes de nuit.

Tout le monde se souvient de l’affaire Lewinsky qui a entaché la présidence de l’ancien président américain Bill Clinton et qui a failli l’emporter politiquement.

La tourmente dans laquelle se trouve M. Moshé Katsav pose une question de morale et d’éthique politique. N’importe quel quidam peut-il postuler aux plus hautes fonctions de la République, même si, dans son passé, il a été compromis dans des affaires louches ou s’est conduit de manière ignoble ? N’importe quelle personne peut-elle occuper des fonctions de responsables au niveau de l’Etat si cette personne a un passé trouble ? Le plus haut personnage d’un Etat, en l’occurrence Israël, est traîné dans la boue pour son comportement sexuel. En Israël, ils sont nombreux qui demandent à M. Katsav de démissionner pour ne pas entacher la fonction présidentielle.

Nous avons dit plus haut que la tourmente au centre de laquelle il se trouve pose aussi une question d’éhique politique. On aime dire que l’exemple vient d’en haut, et l’imitation de la base. Comment un peuple, une nation, telle la nation israélienne, dont la plupart des habitants pratiquent un judaïsme rigoureux, peut-il s’identifier à un président coureur de jupons, à quelqu’un qui, dans le secret de son bureau présidentiel, passe le plus clair de son temps à harceler les femmes de ses concitoyens ?

On aime dire aussi qu’un homme qui manque de rigueur dans les petites choses ne saurait être grand quand sonnera l’heure de trancher de grandes questions. Un dirgeant qui considère que toutes les femmes travaillant sous ses ordres sont ses propriétés, "ses choses" (car il n’aura jamais de respect pour celles qui se donnent ou qu’il a contraintes à se donner à lui sur un canapé), est incapable de respecter le bien public. Etant incapable de respecter la propriété d’autrui, il n’aura pas d’égard pour ce qui appartient à toute la nation.

Dans les pays de démocratie, de tels hommes courent le risque d’être relevés de leurs fonctions. Un homme qui n’a pas de scrupules est un homme dangeureux. Un dirigeant doit être un modèle. Katsav est-il aujourd’hui un exemple, un modèle pour les Israéliens ? Il est permis d’en douter. Unanimement, la presse et la classe politique l’ont appelé à démissionner. "Démissionne", a titré le plus grand quotidien israélien. "Comme société, nous avons le devoir de lui dire qu’il n’est plus notre président et que son portrait ne peut plus être accroché dans les écoles", a estimé le chef d’un parti de gauche.

En Afrique où des hommes comme le président Conté n’hésitent pas à déclarer "c’est moi, la justice", la situation de M. Katsav fait rêver, si, tout simplement, elle ne fait pas sourire. Une exception cependant : l’Afrique du Sud où le vice-président Jacob Zuma, accusé de viol, a été traîné l’année dernière devant les tribunaux. En Afrique, les frasques de ceux qui ont entre leurs mains les destinées de leur peuple, émeuvent très peu de personnes. Pourtant, il faut qu’on y arrive un jour. Car sans éthique politique et morale, il n’y a pas d’éthique du tout. Et c’est une catastrophe pour les générations montantes.

Le Fou

Le Pays (Burkina Faso)

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