Modibo Mao Makalou, Economiste : « il nous faut une économie de transformation »

Alors que le FMI a révisé la semaine dernière à la baisse ses prévisions de croissance pour l’Uémoa, l’économiste Modibo Mao Makalou ancien sherpa de la Commission de l’Union africaine et du Nepad, et ex-conseiller aux Affaires économiques et financières de la Présidence du Mali décrypte les fragilités structurelles et les dynamiques contrastées au sein de la région.

25 Oct 2025 - 11:59
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Modibo Mao Makalou, Economiste :  « il nous faut une économie de transformation »

Entre surendettement, transitions politiques et réformes sectorielles, il plaide pour un changement de paradigme vers une croissance inclusive et transformatrice. Entretien.

Mali Tribune : Que révèle la révision à la baisse des prévisions de croissance de l’Uémoa par le FMI ?

Modibo Mao Makalou : Les prévisions de croissance économiques sont, par nature, aléatoires. Mais cette révision reflète surtout les difficultés des deux plus grandes économies de l’Union, qui représentent à elles seules 50 % du PIB : le Sénégal et la Côte d’Ivoire.

Le Sénégal affiche un déficit budgétaire de 14 % du PIB, bien au-delà de la norme communautaire de 3 %, et une dette publique qui a bondi de 119 % à 139 % du PIB. Cette situation limite considérablement les marges de manœuvre budgétaires, obligeant le pays à chercher de nouvelles sources de revenus hors hydrocarbures.

En Côte d’Ivoire, l’incertitude politique liée aux élections présidentielles de ce week-end crée un climat d’attentisme chez les investisseurs. À cela s’ajoutent les crises multidimensionnelles qui affectent les 3 pays membres de la Confédération l’Alliance des Etats du Sahel (Burkina Faso, Mali et Niger), aggravant la vulnérabilité de la sous-région.

Mali Tribune : Comment interprétez-vous l’écart entre les estimations du FMI (5,9 %) et celles de la Banque mondiale (6,1 %) ?

M. M. M. : L’Uémoa reste l’une des zones d’intégration régionale les plus dynamiques du continent africain avec un taux de croissance moyen autour de 6 %, hors Afrique de l’Est. Mais les incertitudes budgétaires et géopolitiques pèsent sur les perspectives économiques et financières. Je reste cependant optimiste : un rebond est possible dès le début de l’année prochaine.

 Mali Tribune : Le Bénin affiche une croissance revue à la hausse (7 %). Quels leviers expliquent cette performance ?

M. M. M. : Le Bénin est un modèle phare de gouvernance économique. Il a intégré le groupe des pays à revenu intermédiaire et accède aux marchés internationaux de capitaux avec une stratégie d’endettement prudente. La modernisation économique, notamment dans le secteur du coton et la création de zones industrielles, en fait un acteur clé de la transformation du coton en Afrique de l’Ouest. De même, les innovations technologiques adoptées par le Bénin pour accélérer la dématérialisation accentuent la croissance économique.

 Mali Tribune : Le Sénégal passe de 8,4 % à 6 %. Est-ce un ralentissement ou un réajustement ?

M. M. M. : C’est une phase de transition. Le pays passe du Plan Sénégal Émergent à la Vision 2050. Les audits en cours ralentissent temporairement l’activité, mais ils sont nécessaires pour asseoir une gouvernance plus rigoureuse. C’est ce décalage qui a un peu joué sur le taux de croissance de l’économie sénégalaise. Mais je pense que ce sera bénéfique, car à moyen et long terme, cela permettra au Sénégal d’aller vers une gouvernance économique et financière plus exigeante.

 Mali Tribune : Le Mali et le Burkina Faso sont en bas du tableau. Pourquoi ?

M. M. M. : L’insécurité et les réformes dans le secteur aurifère expliquent cette situation. Ces deux pays, grands producteurs d’or, traversent une phase de transition réglementaire qui perturbe la chaîne de valeur. La transformation locale de l’or reste très faible, alors qu’elle représente environ 80 % des exportations. C’est ce qui explique la faiblesse relative de la croissance dans ces économies, malgré le fait que le prix de l’or ait atteint des sommets historiques. Le Niger, en revanche, bénéficie d’un effet de levier grâce à sa production pétrolière et à la mise en service d’une seconde raffinerie de pétrole. Ce qui est une excellente chose.

Mali Tribune : La stabilité du taux de croissance en Guinée-Bissau (5,1 %) est-elle un signe de résilience ou de stagnation ?

M. M. M. : Il s’agit plutôt d’un effet d’attente. Vous savez qu’il y a des élections qui doivent se tenir. Ce processus est vraiment très complexe et aléatoire. Je pense que c’est ce qui freine la croissance économique, car les investissements ne suivent généralement pas lorsqu’il y a de l’instabilité politique.

Mali Tribune : Peut-on parler d’un essoufflement du modèle de croissance de l’Uémoa ?

M. M. M. : Non je ne pense pas, mais il faut changer de paradigme. L’Uémoa doit cesser de se contenter d’exporter des matières premières. Il faut renforcer les facteurs de production, créer de la valeur ajoutée localement, et générer des emplois décents et durables. La croissance économique qui est actuellement tirée par la demande intérieure, les services, les bâtiments et travaux publics et l’agriculture doit être inclusive, durable et équitable, à l’intérieur des pays comme entre eux au sein de l’Uémoa.

Mali Tribune : Le franc CFA et la politique monétaire commune influencent-ils ces dynamiques ?

M. M. M. : Le franc CFA est associé à l’un des taux de croissance les plus élevés du continent et une inflation bien maîtrisée. Le problème n’est pas celui de la monnaie, puisqu’il il existe 40 monnaies en Afrique mais l’absence de transformation structurelle, l’Afrique constituant 18% de la population mondiale mais seulement 3% du commerce mondial. Il faut moderniser nos économies pour bâtir une croissance forte, résiliente et inclusive en réduisant les coûts des facteurs de production.

 Mali Tribune : Cette révision pourrait-elle affecter la confiance des bailleurs ou des investisseurs ?

M. M. M. : Non. Le ralentissement est mondial. Il existe des causes rationnelles à cette baisse des prévisions, mais elles sont surmontables. À condition de poursuivre les réformes et d’adopter des solutions adaptées, nos économies peuvent rebondir très rapidement dans un horizon proche.

Propos recueillis par

Ousmane Mahamane

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Commentaires (8)

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Samuel
Samuel 12 mois
Apparemment, le pays ne produit pas que des experts. Il produit aussi des Ka(on)s...encore plus bavards!
kan
kan 12 mois
Encore un grand expert bavard comme le pays en produit beaucoup, un autre expert demain pour nous amuser ???
Kinguiranke
Kinguiranke 12 mois
Produire locale, transformer locale, consommer locale et exporter le reste. Voici les quatre leçons de Sankara! Gloire a la Confederation de l'AES prospere et souveraine!
kan
kan 12 mois
Encore un grand expert bavard comme le pays en produit beaucoup ..... demain un autre expert ???
Samuel
Samuel 12 mois
"Le problème n'est pas celui de la monnaie"? Il ne faut donc rien faire sur ce front-là? Depuis plus de 60 ans que nous sommes dans le franc CFA et qu'il n'en est rien sorti de bon, il faut quand même continuer à rester dans le CFA? Pour combien de temps encore? Pour 65 autres années? Quelle malédiction a donc frappé nos "intellectuels" pour qu'ils se signalent par une telle indigence de la pensée? Surtout lorsque ce monsieur conclut FAUSSEMENT que le problème n'est pas celui de la monnaie "...puisqu'il y a 40 monnaies en Afrique", laissant entendre que les pays hors CFA sont tout autant moins développés que ceux de la zone CFA. Ce qui est FAUX. En effet, a-t-il comparé, statistiquement, les 14 pays de la zone CFA et tous les autres pays africains qui ont leur propre monnaie EN PROPORTION pour voir combien (en pourcentage) appartiennent aux pays les moins développés dans chaque groupe? C'est cette comparaison qu'il faut d'abord faire avant de conclure doctement, mais faussement que la monnaie n'est pas en cause. Si EN PROPORTION, bien qu'ils ne soient que 14, il y a plus de pays de la zone CFA qui appartiennent aux pays les moins développés et que seule la monnaie apparaît comme un facteur discriminant, alors on est bien obligé de conclure que l'appartenance ou non à la zone CFA explique en partie le "sous-développement" de ces pays. Or, quand on fait ce calcul, quelle que soit la définition qu'on en donne, on constate ceci: 1. Sur les 14 pays à franc CFA, 11, c'est-à-dire 80%, appartiennent aux pays les moins développés tandis que seulement moins de 50 % de ceux qui ont leur propre monnaie appartiennent à ce même groupe de pays les moins développés. On serait tenté de croire que cette différence de 30% n'est pas significative. Mais étant donné que le développement est un phénomène multidimensionnel et que de multiples autres facteurs y contribuent aussi, cette différence de 30% apparaît comme très importante. JE DÉFIE MONSIEUR MAKALOU DE M'APPORTER LA PREUVE DU CONTRAIRE. 2. EN TERMES D'INDICE DE DÉVELOPPEMENT HUMAIN, l'écrasante majorité des 15 à 20 derniers pays AFRICAINS du monde sont de la zone CFA. Là aussi, je défie Monsieur MAKALOU de m'apporter la preuve du contraire. 3. Quand Monsieur MAKALOU laisse entendre que les pays de la zone CFA sont les plus performants en Afrique, c'est FAUX. Seuls 3 pays de la zone CFA figurent parmi les 10 pays africains les plus performants. Cette année le pays africain ayant le taux de croissance économique le plus élevé est le SOUDAN DU SUD avec un taux qui dépasse 34%. 5. Sur 193 pays classés, 11 des 14 pays de la zone CFA font partie des 35 derniers pays du monde en termes d'IDH avec des pays emblématiques comme la Côte d'Ivoire ou le Sénégal. (Voir sur Wikipedia "List of countries by HDI"). La Côte d'Ivoire ou le Sénégalqu'on a tendance à nous présenter comme des "pays relativement développés" sont en réalité des pays très pauvres et très endettés qui appartiennent au même groupe que le Mali ou le Niger qui comptent parmi les 35 pays les moins développés du monde. 4. Manifestement, Monsieur MAKALOU fait des affirmations sur la base de ses seules croyances, de ses seuls préjugés, sans se donner la peine d'aller vérifier effectivement la réalité de ce qu'il dit. Il affirme par exemple que les performances du Niger relèvent de la mise en service d'une seconde raffinerie. Ce qui est FAUX puisque même la première pierre de la raffinerie en question n'a pas été posée. Nous sommes à des années du premier litre de pétrole de la raffinerie nigérienne de Dosso. Or, Monsieur Majkalou nous présente cette fausse affirmation comme une explication économique, scientifique, venant d'un expert. D'ailleurs, tout le reste de ce que MAKALOU dit relève de la même veine, des mêmes affirmations gratuites. Des affirmations qui ne reposent sur rien de vérifiable, rien de scientifique à part le fait qu'il est dit que Monsieur Makalou est économiste et que donc nous faisons l'erreur de le croire sur cette seule base. Comment un économiste digne de ce nom peut-il affirmer que la monnaie ne joue aucun rôle dans les performances d'un pays? Certes, la sortie du CFA n'est pas une garantie de développement car le dévelopement est un concept multidimensionnel, qui comprend beaucoup d'autres conditions et aspects. La sortie du franc CFA EST UNE CONDITION NÉCESSAIRE (MAIS NON SUFFISANTE) AU DÉVELOPEMENT. SANS SORTIE DU FRANC CFA, IL N'Y A PAS DE DÉVELOPPEMENT POSSIBLE. Nous le savons puisque cela fait 65 ans que nous sommes dans le CFA en tant que "pays indépendants". Si le CFA ne nous a pas apporté le développement depuis 65 ans, quand est-ce que ce sera possible? Quand on a essayé quelque chose pendant 65 ans et qu'on a toujours échoué, n'est-il pas temps de changer? Einstein disait: "La foile, c'est de faire toujours la même chose et d'espérer un résultat différent".
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