Mara parle de sa mission de Kidal : «La Minusma a refusé de nous accompagner à bord de son véhicule blindé»

21 Mai 2014 - 00:11
Mis à jour: 12 ans
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[caption id="attachment_233512" align="aligncenter" width="610"]Moussa Mara Moussa Mara nouveau PM[/caption] Dans les lignes qui suivent, le Premier ministre Moussa Mara relate les événements malheureux survenus à Kidal lors de sa visite. Il a tenu dimanche ces propos à Gao lors d’une conférence de presse. Nous vous livrons en intégralité son intervention.     Ce qu’il faut savoir, c’est un certain nombre de petits rappels, de bon sens, pour permettre de camper le décor. Le  premier rappel, c’est que Kidal est en République du Mali. C’est bon à savoir. Quelque fois, on n’a pas à le penser ou à penser le contraire. Kidal est malien ; Kidal est en République du Mali. Cela est reconnu par tous, y compris les groupes armés qui revendiquent la paternité de la ville, puisque l’accord de Ouagadougou qui a été conclu en juin 2013 stipule dans son préambule que tous les signataires reconnaissent l’intégrité du territoire national.     Si on reconnaît l’intégrité du territoire national, ça veut dire qu’on renonce à toute tentative de division du Mali. Si on renonce à toute tentative de division du Mali, ça veut dire que toutes les villes qui sont sur le territoire du Mali doivent être sous le contrôle de l’Etat malien. C’est une évidence qu’il faut rappeler. Comme je l’ai dit, on a tendance à l’oublier. La seconde évidence qu’il faut rappeler, c’est que l’administration malienne est à Kidal aujourd’hui et reconnue par tous. Vous avez un gouvernorat avec un gouverneur, reconnu et accepté par tous. Vous avez des directions régionales qui fonctionnent ; vous avez des services locaux qui fonctionnent, reconnus par tous, y compris par les groupes armés qui revendiquent la paternité de Kidal. Et pour la petite histoire, le gouverneur, dans le cadre du programme de reconstruction accélérée du nord, lance des appels d’offres de construction de bâtiments, de salles de classe, et figurez-vous que des responsables du MNLA soumissionnent à ces appels d’offres et quelque fois les gagner ! Est-ce qu’il y a meilleure reconnaissance de l’Etat malien et de sa souveraineté, que de concourir à des appels d’offres organisés par cet Etat et de les exécuter sous le contrôle de cet Etat ? Je pense qu’il faut rappeler cette évidence.     La troisième évidence qu’il faut rappeler, c’est ce que l’administration est au service de tous et de toutes les populations. L’administration doit donc être à hauteur de souhait partout sur le territoire. L’Etat, c’est d’abord l’administration. Si nous voulons faire en sorte que les habitants de Kidal, qui sont des Maliens comme nous tous, puissent avoir de l’eau, l’électricité, le téléphone, l’assainissement, des revenus, la sécurité, il faut que l’administration soit là. C’est pourquoi, en tant que chef de l’administration depuis plus d’un mois, j’ai planifié de venir au nord pour m’assurer si l’administration fonctionne à hauteur de souhait. Pas  d’autres prétentions que ça, vous l’avez vu à Gao aujourd’hui. J’ai entendu sur une radio internationale que je suis venu à Kidal pour proposer un plan de paix. Personne ne m’a jamais entendu parler de plan de paix ! Pour la bonne et simple raison que le président de la République a désigné un haut responsable au dialogue inclusif inter-malien, qui seul est habilité à organiser le processus politique. Processus auquel l’Etat malien va participer comme les autres groupes armés, comme la société civile représentative. Notre seule ambition, c’est de venir simplement au nord nous assurer que l’administration fonctionne, apprécier les difficultés de l’administration et proposer des solutions appropriées à ces difficultés. Point. Je pense que toute personne qui souhaite l’intérêt des populations ne devrait voir dans cette visite aucun inconvénient. Ce n’est pas politique ; ce n’est pas sécuritaire. Ce n’est rien d’autre que le chef de l’administration qui vient voir comment améliorer le fonctionnement de l’administration. Toutes les personnes, Minusma, ambassadeurs à qui nous avons parlé de la visite, nous leur avons dit exactement cela. C’est pourquoi il ne s’est trouvé personne pour contester le bien-fondé de notre visite. Les gens n’ont fait que d’appréhensions, de soucis. Nous leur avons dit qu’à notre compréhension, il ne devrait pas y avoir de souci. Nous venons aider, nous venons améliorer.     Notre visite n’a pas de connotation de dialogue ni de quoi que ce soit. C’est une visite à connotation administrative, d’amélioration de conditions des populations maliennes. Parce qu’à notre entendement, un Malien de Kidal vaut un Malien de Ségou, Kayes etc. C’est ainsi que nous avons fait Tombouctou et nous sommes arrivés à Kidal le samedi 17 mai 2014 autour de midi. Quand nous sommes arrivés à Kidal, d’abord les conditions du voyage : il y a eu pas mal de va-et-vient, des changements de dernière minute pour nous suggérer de ne pas sortir du camp de la Minusma et de faire toutes nos rencontres à la Minusma. Ce qu’on a évidemment rejeté. Si nous venons pour parler administration, nous rencontrons l’administration dans un cadre approprié. Ça peut être le gouvernorat, ça peut être un service administratif, comme on l’a vu ici à la mairie, ou comme on l’a vu à Tombouctou au centre Ahmed Baba. Mais ça ne peut pas être un camp militaire et encore moins un camp militaire qui n’est pas sous le contrôle des forces armées maliennes. Nous avons dit à la Minusma, on les remercie pour cette offre, mais on la décline. Nous allons aller au gouvernorat et nous allons rencontrer l’administration malienne au gouvernorat. C’est ainsi qu’à notre arrivée, la Minusma nous a convoyés au camp militaire. Le camp de la Minusma, c’est le camp II qui est un peu à l’extérieur de la ville. Ils nous ont convoyés au camp I qui est le camp de l’armée malienne, qui est à l’entrée de la ville. Nous sommes arrivés au camp militaire où nous avons discuté avec les militaires, pour prendre connaissance de leurs conditions de travail. Et après, nous avons décidé de nous déporter au gouvernorat qui est à deux kilomètres à peu près du camp I. Au moment où nous partions, on a appris que les forces des groupes armés qui pullulent dans la zone et qui n’ont pas de dénomination précise, tantôt MNLA, tantôt HCUA, tantôt Aqmi, jihadistes, c’est un tout un tas de groupuscules qui travaillent souvent main dans la main, ont décidé de s’en prendre au gouvernorat. Juste le moment où on partait au gouvernorat. On a dit qu’à cela ne tienne, nous partons. Et, nous avons eu une première surprise : c’est que la Minusma a refusé de nous accompagner au motif que des tirs sont en cours et qu’ils ne peuvent pas utiliser leur véhicule blindé. Si on ne peut pas utiliser des véhicules blindés pendant que les tirs sont en cours, le véhicule blindé sert à quoi ? Nous avons dit à la Minusma : pas de souci. Nous allons utiliser les véhicules du gouverneur et des forces armées du Mali. On a pris ces véhicules, on est parti. Et, à la dernière minute, la Minusma a changé d’avis, on leur a dit non. Nous sommes partis au gouvernorat. Quand nous arrivions au gouvernorat, les tirs se sont intensifiés. Nous sommes rentrés au gouvernorat sous les tirs. Nous sommes arrivés au gouvernorat, nous nous sommes installés. L’ensemble des services administratifs était là : préfets, sous-préfets, quelques directeurs régionaux, l’organisation de la société civile. Il y avait une quarantaine de personnes. On était tous dans le salon du gouverneur. On  a tenu la réunion comme ce que nous venons de faire à Gao. Discuter avec les administrateurs, recenser leurs difficultés et voir comment on peut améliorer cela. Tout ceci sous des tirs nourris d’armes légères et d’armes lourdes. Même dans l’interview que j’ai accordée à l’ORTM, on entend les bruits des armes légères et lourdes.     À ce stade, on ne peut parler d’attaque des forces armées maliennes de qui que ce soit. Dans le communiqué du MLNA qu’on a vu circuler, on a dit que les forces armées du Mali ont attaqué les positions du MNLA. À  ce que je sache le MNLA n’a pas de position au gouvernorat. Le gouvernorat est sous le contrôle des forces armées et de sécurité du Mali. Donc, si quelqu’un attaque le gouvernorat, ça ne peut être par déduction que ces groupes armés. Ça veut dire que l’attaque vient des groupes. Nous avons tenu la réunion, nous avons terminé autour de 17heures 30. On a décidé en ce moment de répartir de Kidal, donc de partir prendre l’hélicoptère au camp II où se trouve la Minusma et regagner Gao. Quand nous sommes partis, l’armée a démobilisé son dispositif de défense du gouvernorat. Là aussi, il faut comprendre parce que le gouvernorat a toujours été gardé par la garde nationale, la gendarmerie et la Minusma. Ce n’est pas l’armée malienne qui gardait le gouvernorat. Et une garde légère, mais ça n’a jamais posé de problème depuis que le gouverneur est là-dans. Ça fonctionne comme ça, jamais de problème. Donc, l’armée a démobilisé la garde et ils nous ont convoyés au niveau du camp II pour prendre l’hélicoptère pour venir sur Gao. Quand on est arrivé au camp de la Minusma, on nous a fait savoir que les conditions métrologiques sont telles qu’on ne peut pas voler : il faut que vous retourniez, le vol va être préparé pour dimanche matin. Notre intention était d’aller au gouvernorat parce qu’on a compris que ces tirs étaient là pour nous impressionner. Mais dès qu’on partait, les tirs cessaient et la ville allait vaquer à ses occupations normales, dans un équilibre précaire. Avec d’un côté l’armée malienne, de l’autre les différents groupuscules et le Mnla. C’est ce que nous avons légitiment pensé. Mais quand on allait vers le gouvernorat, on a compris que le gouvernorat a été pris par ces groupes armés. Qui ont sans doute vu là une aubaine, l’armée ayant enlevé son dispositif de défense, pour aller simplement investir le gouvernorat et  prendre en otage le service administratif qui était présent. Parce que ni l’armée malienne ni ceux qui avaient en charge la défense du gouvernorat n’ont estimé mettre en place un dispositif de défense. En temps normal, le gouvernorat était gardé par ceux-ci et ça n’a jamais posé de problème avec les groupes armés. Voilà comment le gouvernorat a été pris pratiquement sans combat, avec la prise en otage de préfets, sous-préfets et directeurs régionaux. Quand nous avons vu cela, nous avons dit que nous allons nous replier au camp I de l’armée malienne. Nous sommes allés au Camp I. Les forces armées sont allées au gouvernorat pour essayer de libérer le gouvernorat. Il y a eu beaucoup de combats en ce moment ; il y a eu des victimes civiles et militaires de part et d’autre.     Nous nous sommes allés au Camp, nous nous sommes dit qu’on va attendre le dimanche pour prendre l’hélicoptère pour Gao. Les forces de la Minusma sont venues pour nous dire d’aller dans leur camp, on a décliné cette offre. Parce que nous sommes déjà sous la protection des forces armées maliennes ; on n’entend pas nous mettre sous la protection d’aucune autre force. Ils ont dit ok, nous allons mettre en place un dispositif pour accompagner les forces maliennes pour vous protéger. On  a dit qu’il y a aucun problème. Nous sommes restés jusqu’au matin, après on a pris l’avion pour Gao. Voilà exactement comment les choses se sont passées.   À l’heure où je vous parle, vous avez des groupes armés qui pullulent dans la ville, auxquels sont venus s’ajouter les jihadistes. Vous avez nos forces armées maliennes qui sont là-bas, qui sont en train de se renforcer. Cette attaque constitue une violation flagrante de l’accord de Ouagadougou,  une violation flagrante de toutes les ententes consécutives aux discussions faites en commission de suivi de l’accord de Ouagadougou, et donc, une déclaration de guerre à la République du Mali. Et en tant que tel, cette violation recevra une réponse appropriée. Nous  sommes en train de nous organiser, je pense qu’il faut profiter de cette situation pour régler définitivement cette affaire. Comme je l’ai dit, on ne peut pas permettre qu’une ville du territoire de la République du Mali soit un no man’s land où vous avez toutes sortes d’hommes qui circulent en arme, où vous avez tous les jours les attaques des commerces. On ne le dit pas, parce que les boutiques de Kidal sont devenues des libres services. N’importe quel homme en arme vient piller la boutique et part, parce que tout le monde est en arme. On ne peut pas décemment reconstruire quelque chose à Kidal, si on ne sécurise pas toute la ville sous le contrôle des forces armées du Mali, dans l’intérêt des populations de Kidal, dans l’intérêt de la paix de façon générale et de la quiétude. Je pense que c’est cette option que nous sommes en train d’étudier, que nous allons poursuivre. Voilà comment les choses se sont passées. Un autre démenti, nous n’avons jamais été pris en otage par qui que ce soit. Nous  avons toujours été sous la protection des forces armées du Mali, sous la direction du chef d’état-major général de l’armée qui est actuellement à Kidal. Le chef d’état-major Mahamane Touré, c’est lui qui a dirigé toutes ces opérations de protection et même les opérations de confrontation qui ont eu lieu hier. Cette situation, passionnée qu’elle puisse l’être, nécessite du sang-froid, de la sérénité, de la mesure. Toutes choses qui ne sont pas contradictoires. À  la détermination, nous sommes déterminés ! Nous l’avons dit dans nos communiqués ; nous l’avons dit dans nos interventions. Mais nous gardons la tête froide. Nous gardons le calme et la sérénité requise pour ce genre de situation. Personne ne nous a pris en otage ! Nous sommes partis, la visite a été mouvementée. Mais  quelque fois, il faut des chocs pour que des situations se débloquent. Et  celle-ci, je pense, c’est en bonne voie pour être définitivement débloqué  en faveur de notre pays, le Mali.   Kassim TRAORE  

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Commentaires (39)

User
jack
jack 12 ans
mais c'est pas intelligent, si vous avez décidé d'attaquer, il faut avoir les moyens de sa politique. de grâce,trouve quelque chose d'autre à dire. c'est honteux.
Doumb
Doumb 12 ans
La MINUSMA est une institution internationale. Elle n'est pas la pour répondre et satisfaire les caprice d'un individu. Je dit bien un individu. Car un PM, un vrai, n'osera pas fouler un sol ou il y a une tension de cette envergure. Un sol a cause duquel tout le monde entier se trouve au Mali pour nous assister a sa reconquête. Si Kidal était a présent reconquis a 100%, la MINUSMA ne serait pas encore sur le sol malien. De grâce cette soif de "populisme", cette soif de se faire un nom par le sang versé des pauvres soldats, ne saurait continuée de diriger notre cher Mali. IBK, comment avez vous laissé la fougue aveugle de la jeunesse vous mener vers votre perdition? Pauvre Mali. A chaque fois que l'on voie la lumière du a l'horizon, certaines personnes font tout pour nous détourner de cette voie. LE SANG DES INNOCENTS CRIERA DU FOND DE LEUR TOMBE ET DEMANDERA VENGEANCE DIVINE. Que Dieu Aide le Mali
nfp
nfp 12 ans
Doumb "La MINUSMA est une institution internationale. Elle n’est pas la pour répondre et satisfaire les caprice d’un individu" ERREUR! Chez nous, les institutions (ou les nations) QUELLES QU'ELLES SOIENT sont sensées être PAR DEFINITION à notre service, et à nos ordres! Nous entendons qu'elles fassent d'une part le boulot qu'on ne sait ou ne veut pas faire, mais surtout, nous entendons QU'ELLES LE FASSENT BIEN! :mrgreen: :mrgreen: :mrgreen: Non mais! :evil: Quand ces institutions sont financières, nous entendons qu'elles nous appuient à coup de dizaines de milliards, et surtout, qu'elles nous laissent gaspiller "notre" fric comme on l'entend et sans le moindre droit de regard dessus! :mrgreen: :mrgreen: :mrgreen: Non mais! :evil:
nfp
nfp 12 ans
PS: Et qu'elles se le tiennent pour dit! :evil: :evil: Non mais! :mrgreen:
VERITE
VERITE 12 ans
Chaque fois que je viens sur ce site je suis completement decu par les reactions des maliens. Des con-citoyens qui passent tout leur temps a s'entre dechirer en temps de guerre au lieu d'etre soudes face a un enemi sans scrupule, c'est du jamais vu! Et c'est pourquoi ce sera tres difficile pour vous de gagner cette guerre, meme si vous vous haissez entre vous, le bon sens veux que vous soyez tous unis derriere la cause commune qui devra liberer votre nation de cette emprise tres inquietante, mais j'ai l'impression en vous lisant que vous ne mesurez pas la portee de ce qui se passe tant que la situation ne prend pas une empleure desastreuse et regrettable. Des con'citoyens qui se dechirent comme vous le faite ne gagneront jamais une guerre, c'est vraiment ridicule et deplorable. A bon enttendeur salut !
RINZ
RINZ 12 ans
La MINUSMA ce sont des combattants Africains de plusieurs pays. Que ce passerait-il si ces véhicules blindés sont pris pour cible ? Riposter et faire bouger tous groupes armés pour finir dans l'escalade à une boucherie? Prendre le risque d'affaiblir la MINUSMA énorme erreur !!! ..Et si le PM AVAIT ETE TOUCHE ou tué ..Quelle cata !!
LeLong
LeLong 12 ans
Tres bonne cascade politique pour changer les A LA UNE des journaux, websites,grins et meme des milieux familiaux. Eh Moussa Mara, ca a marche pour ton patron IBK quand il s'est rendu a Kidal avec les benedictions du Capitaine Sanogo, ca va marcher pour toi aussi; le malien ne demande pas beaucoup pour le tromper.Aussi il suffit d'un peu pour l'emouvoir ou l'emerveiller. Touches un peu son sentiment nationaliste ou parles un peu de ses ancetres.Il fallait une operation de choc de relations publiques pour tourner ces pages inconfortables. Bien vrai qu'il etait temps qu Mara se rende a Kidal, a mon simple avis il y a eu un precipitation dans la preparation. Sinon on aurait pu assurer notre propre protection au lieu de blamer la Minusma pour notre insuffisance.
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