Entre Nous: Au-delà des émotions
Un drame défraie la chronique de la capitale malienne depuis la semaine dernière.
C’est la découverte du corps sans vie de Racky Diaby, tard dans la nuit du mardi 6 au mercredi 7 octobre 2026, en Commune VI du District de Bamako. La jeune dame a semble-t-il été tuée par celui à qui s’est mariée quelques jours plus tôt, précisément le 27 septembre 2026. Si ce dernier a été placé en détention, les circonstances exactes et les mobiles du crime restent encore à établir. Le drame a suscité une vive émotion au sein de la population et vague d’indignations sur les réseaux sociaux. Surtout que le cas de Racky vient rallonger la liste de ces jeunes dames ayant perdu la vie sous la violence de leurs conjoints. Les forts en thèmes y voient un autre cas de féminicide au Mali. D’autres grandes voix dénoncent une société malienne à la dérive « sourde aux cris d’alarme, aveugle aux souffrances et muette aux violences faites aux femmes ». Car, avant Racky, Fanta Sékou Fofana, Kamissa Sissoko, Mariam Diallo, et peut-être bien d’autres, ont connu ce destin tragique. Ces drames qui deviennent fréquents sont à analyser avec de circonspection et de courage parce qu’au-delà des émotions et des condamnations qu’ils suscitent, ils nous interpellent. Notre société est devenue méconnaissable du fait des influences néfastes. L’autorité parentale n’existe pratiquement plus dans bien de familles. Le chef de famille ne l’est plus que de nom. La grande famille se disloque ! Les aînés ne s’assument plus en tant que tels. Gare à celui qui se donne la liberté de corriger l’enfant de son frère ! La dispute que cela est susceptible d’occasionner finit souvent dans un commissariat de police ou une brigade de gendarmerie. Notre société a perdu plusieurs mécanismes de protection de la femme dans le cadre familial global. D’une contrée à une autre, la société malienne disposait des ressorts qui lui permettaient d’éviter les extrêmes. Il y avait des limites que personne n’osait franchir. De nos jours, la surveillance et l’accompagnement des enfants sont relégués au second plan des préoccupations de parents. De Kamissa Sissoko à Racky Diaby en passant par Mariam Diallo, l’usage des stupéfiants par des époux meurtriers est occulté dans le débat. Il est temps de se pencher avec courage sur la consommation de la drogue au sein de la société malienne. L’addiction des jeunes aux substances psychotropes constitue une crise sanitaire, sociale et sécuritaire. Et les drames survenus dans ce contexte font partie des symptômes d’une crise globale de la société malienne, dont la résolution nécessite des efforts conjugués de l’Etat et des populations.
Par Chiaka Doumbia
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