Le réveil de l’Afrique

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 On ne peut plus dire aujourd’hui, comme avec René Dumont en 1962 que « l’Afrique noire est mal partie ». Selon McKinsey, l’Afrique a en 2008 un PIB proche de 1.600 milliards de dollars, l’équivalent de celui du Brésil ou de la Russie, mais c’est aussi 60 % des terres arables non exploitées du monde, 52 villes de plus de 1 million d’habitants. Avec un taux de croissance de près de 5 %, le PIB va doubler ou presque dans les dix ans à venir. Les opportunités qu’offre l’Afrique sont nombreuses, d’autant plus que le retour sur investissement est plus élevé en moyenne sur ce continent que dans n’importe quel pays développé ! L’Afrique est en train de prendre une place de plus en plus importante dans l’économie mondiale. Un regain d’intérêt pour ce continent est manifeste et le regard des investisseurs est en train de changer.

En 2010, un rapport du Boston Consulting Group (BCG), « The African Challenges », a étudié 40 firmes d’envergure mondiale originaires de ce que l’on a parfois appelé le « continent oublié », elles ont toutes des taux annuels de croissance supérieurs à 8 %, les « lions africains rugissent » et Jim O’Neill, l’économiste de Goldman Sachs, créateur de l’acronyme BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine), estime que, d’ici à 2050, ces pays émergents pourraient être rejoints par quelques grands pays africains.

Cette transformation est due à différents facteurs endogènes, comme la croissance démographique, la création de marchés intérieurs, et à des facteurs conjoncturels, tels que la hausse des prix des matières premières, voire des finances publiques plus saines et des infrastructures nouvelles. Il ne s’agit pas néanmoins d’une croissance sans accroc, ni sans cycles, mais elle semble tout de même assez solidement installée et quatre axes devraient être privilégiés pour la consolider :

– Le secteur des technologies de l’information est essentiel pour s’intégrer dans la mondialisation des économies. Le 14 e sommet de l’Union africaine, en janvier 2010,s’est d’ailleurs tenu sur ce thème.

– La formation à tous les niveaux pour préparer une jeunesse qui ne fait que croître est une évidence. Dans ce domaine, l’Afrique a un retard certain qu’il faut rapidement corriger en insistant sur les filières d’excellence et les filières qui préparent les cadres gestionnaires de demain.

– L’agriculture, doit être privilégiée puisque la demande en denrées alimentaires des pays comme la Chine et l’Inde ne va cesser de croître. Les regards se tournent vers l’Afrique, une région du monde tenue en dehors de la révolution verte de l’après-guerre, qui dispose d’un potentiel considérable, de terres et d’eau sous-employées.

– Enfin, même si le continent noir reste le plus pauvre de la planète avec deux Africains sur trois vivant avec 2 dollars par jour, l’émergence d’une classe moyenne va jouer dans la décennie un rôle social stabilisateur permettant le décollage économique.

Des consommateurs nouveaux existent, des consommateurs certes low cost, mais dont le nombre aujourd’hui tourne autour de 200 millions et qui seront 400 millions en 2020. Si, en 1980, un Africain sur quatre vivait en ville, en 2030, ils seront plus d’un sur deux.

Ces nouveaux consommateurs sont d’autant plus intéressants qu’ils travaillent, dépensent, consomment et investissent sur place à la différence des très riches qui préfèrent l’étranger. Cette classe moyenne a atteint maintenant une masse critique puisqu’il existe en Afrique, selon le « Financial Times », une plus grande classes moyennes qu’en Inde !

La Chine a depuis plusieurs années compris les changements africains. Elle a d’abord été un acheteur de matières premières pour répondre à ses immenses besoins et, à présent, elle devient un fournisseur de produits et de services de plus en plus élaborés.

L’Europe doit se réapproprier l’Afrique en cessant de la considérer comme un objet de compassion, selon Jean-Michel Severino, l’ancien directeur général de l’Agence française de développement. Il faut lancer une nouvelle politique africaine au niveau européen car nous avons en commun non seulement des intérêts commerciaux mais aussi sociétaux, notamment la question des flux migratoires. Il n’est plus question de prétendre apporter le « salut » comme jadis, mais un partenariat pour répondre au défi que le continent africain va lancer à l’Europe et au monde avec bientôt en 2050 ses 2 milliards d’habitants !

Dominique Roux est professeur à l’université de Paris Dauphine.

 

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