Mali, finissons avec les procès d’intention : plaidoyer pour la raison (à propos de la polémique Abdoulaye Diop /Modibo Keïta)

La controverse, amplifiée par les réseaux sociaux et certains cénacles nostalgiques, ne cesse d’enfler depuis les propos tenus par le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Abdoulaye Diop, lors de la deuxième édition du Lomé Peace and Security Forum.

17 Oct 2025 - 14:43
Mis à jour: 12 mois
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Mali, finissons avec les procès d’intention : plaidoyer pour la raison (à propos de la polémique Abdoulaye Diop /Modibo Keïta)

Quelques phrases, sorties très souvent de leur contexte, ont suffi à rallumer des braises mémorielles : le ministre aurait, selon certains, manqué de respect à la figure tutélaire de la Nation, le président Modibo Keïta. Les "héritiers" (sic) du père de l’indépendance ont aussitôt réagi avec véhémence, réclamant non seulement des excuses publiques, mais allant jusqu’à demander sa destitution pour « faute grave ».

Pourtant, à y regarder de plus près, il ne s’agissait nullement d’un procès posthume ni d’un dénigrement de la mémoire nationale. Abdoulaye Diop, s’exprimant dans un cadre académique, évoquait la jeunesse des dirigeants de l’indépendance, leurs conditions de formation et la transformation des exigences du leadership à travers le temps. « Modibo Keïta, quand il arrivait au pouvoir à l’indépendance, avait à peine trente-trois ans », a-t-il rappelé avant d’ajouter : « Les qualités que nous avons aujourd’hui, ils ne les avaient pas. Modibo Keïta était un instituteur, il n’avait pas été préparé à diriger un pays. Nous avons désormais ces expériences, et la jeunesse n’est pas pour demain, elle est pour aujourd’hui. »

Cette phrase, que certains ont jugée « réductrice », méritait sans doute explication, mais certainement pas condamnation. Le ministre a d’ailleurs pris la peine, dès le lendemain, d’exprimer sur les réseaux sociaux son profond respect pour Modibo Keïta, qu’il a qualifié de « figure emblématique de l’indépendance, modèle d’intégrité, d’engagement patriotique et de clairvoyance ». En d’autres termes, il n’a jamais cherché à diminuer son héritage, mais à souligner la nécessité de relire notre histoire avec lucidité et sans tabous.

Il faut dire que le débat sur Modibo Keïta est souvent enfermé dans un prisme hagiographique où toute nuance devient blasphème. Les héritiers de l’illustre homme, animés d’un souci légitime de préservation de la mémoire, auraient pourtant gagné à replacer la parole ministérielle dans son cadre : celui d’une réflexion sur la maturation des élites africaines et sur la transmission des expériences politiques.

Je me permets ici une précision d’ordre personnel : mes propres affinités avec Modibo Keïta ne relèvent pas d’un opportunisme tardif. Elles sont inscrites dans l’histoire même de mon père, Mohamed Abdoulaye Dicko, compagnon de jeunesse du futur président, d’abord au Collège Terrasson de Fougères, puis à l’École William Ponty. J’ai toujours eu à reformater, dans mes écrits, les excès iconoclastes, comme les emballements hagiographiques dont il fut l’objet, sans en tirer la moindre gloriole. Je reste convaincu que la mémoire d’un homme d’État ne se défend pas par la crispation, mais par la vérité.

Aussi m’étonné-je que tant d’ardeur se déchaîne aujourd’hui contre Abdoulaye Diop, lui dont les parents furent de tous les combats avant-gardistes du RDA, ici même au Soudan français et au-delà. En 1963, lors du drame des refoulés du Congo-Brazzaville, ils furent du nombre de ceux qui répondirent à l’appel de Modibo Keïta pour venir en aide à leurs compatriotes. Ce lien historique, nourri de fidélité et de sacrifice, aurait dû inviter à la retenue avant d’ériger le fils d’un tel héritage en coupable d’un prétendu sacrilège.

L’on peut certes contester les mots, mais non l’engagement. Abdoulaye Diop sert l’État malien depuis près de quarante ans, avec constance, discrétion et efficacité. Lui exiger aujourd’hui de quitter le gouvernement, c’est méconnaître l’ampleur de son service rendu à la diplomatie nationale et à la souveraineté du Mali.

Dans un pays qui a toujours su faire de la tolérance une vertu cardinale, il serait souhaitable de ramener ce débat à sa juste mesure. Plutôt que d’entretenir des procès d’intention, sachons entendre la complexité d’une parole qui, loin de profaner la mémoire, invitait à la réfléchir. Le Mali n’a rien à gagner à transformer la moindre phrase en affrontement symbolique.

 La grandeur de Modibo Keïta n’a nul besoin d’être sanctuarisée pour continuer d’éclairer nos consciences. Elle réside précisément dans cette capacité à inspirer le dialogue, y compris critique, sur notre passé commun. Et c’est peut-être là, au fond, le plus bel hommage que l’on puisse lui rendre : ne pas faire de son nom un prétexte à la division, mais un appel à l’intelligence partagée.

 

Dicko Seidina Oumar

Journaliste -Historien- Écrivain

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Commentaires (5)

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Kinguiranke
Kinguiranke 12 mois
sangare: La democratie a amene que la corruption, la destruction de nos sociétés et entreprises d’État et de nos FAMA sous Alpha Omar Konaré, ATT et IBK alors que Modibo Keita était anticorruption pure et dure, celui qui touchait aux biens de l’état allait séjourner dans la prison de Taoudenit! Mobibo Keita est tres fier d'Abdoulaye Diop pour son patriotisme sans faille et sa lutte pour notre souverainite nationale et notre liberté de peuple!
Kinguiranke
Kinguiranke 12 mois
@sangare écervelé animal malade du pâturage Azawad, apprends que Modibo Keita est tres fier de son fils Abdoulaye Diop, son vrai héritier que de ces prétendus qui sont des Malakolon dewn ani Fasomandjugu denw! La democratie a amene que la corruption au Mali sous Alpha Omar Konaré, ATT et IBK alors que Modibo Keita était anticorruption pure et dure, celui qui touchait aux biens de l’état allait séjourner dans la prison de Taoudenit!
sangare
sangare 12 mois
Il est plus facile de DÉTRUIRE que de CONSTRUIRE!!! Entre la CHUTE DU RÉGIME DE MODIBO KEITA et la PÉRIODE DE L'ÈRE DÉMOCRATIQUE, il y a eu DEUX DÉCENNIES. PENDANT DEUX DÉCENNIES LES PUSCHISTES ONT FAÇONNÉ LA SOCIÉTÉ MALIENNE. Les dirigeants de l'ère démocratique ont hérité d'une SOCIÉTÉ CORROMPUE. C'est pendant l'ère des puchistes à partir du 19 novembre 1968 que les sociétés et entreprises d'Etat sont parties en faillite parmi lesquelles l'immense SOMIEX. C'est aussi pendant cette période qu'on piquait tellement dans les caisses de l'Etat qu'il était difficile de payer régulièrement les fonctionnaires alors qu'ils avaient un salaire très humiliant. J'ai vu 42 000 fcfa sur le bulletin d'un enseignant du second cycle, ça m'a donné le vertige. C'est ce salaire humiliant, ensuite qui n'était pas payé régulièrement qui a poussé les fonctionnaires à la corruption. LES PRÉSIDENTS ÉLUS ONT EXERCÉ AVEC UNE FONCTION PUBLIQUE CORROMPUE. Ce n'est pas eux qui ont mis en place ce système mafieux, mais l'ont hérité. Malgré une FONCTION PUBLIQUE CORROMPUE,ALPHA OUMAR KONARE, AMADOU TOUMANI TOURE, MÊME IBRAHIM BOUBACAR KEITA SONT ARRIVÉS À PLACER LE MALI SUR LE CHEMIN DE LA CROISSANCE ÉCONOMIQUE. C'est factuel car les retards de salaire sont devenus un mauvais depuis le premier quinquennat d'AOK. Ce qui a été détruit pendant deux décennies, on veut le rétablir en deux décennies c'est à dire les deux quinquennats d'ALPHA OUMAR KONARE et AMADOU TOUMANI TOURE. On détruit une maison en quelques heures, mais des jours pour la construire. Rétablir un ESPRIT, celui de l'honnêteté est encore plus difficile. C'est pourquoi la corruption ne fait que s'accentuer au fil de la croissance économique initiée à partir de la présidence d'ALPHA OUMAR KONARE. Les fonctionnaires corrompus ont profité de la croissance économique. C'est ce qu'a dit la banque mondiale,mais que les esprits tordus ont vite fait d'en faire le bilan d'un ÉLU.
sangare
sangare 12 mois
Servir les puschistes a révélé la vraie nature d' ABDOULAYE DIOP: UN OPPORTUNISTE. En vérité ABDOULAYE DIOP a toujours détesté MODIBO KEITA. Parler du niveau d'étude de MODIBO KEITA a trahi la haine véritable qu'a ABDOULAYE DIOP pour le régime socialiste. ABDOULAYE DIOP EST, EN RÉALITÉ, UN THURIFÉRAIRE DU RÉGIME DICTATORIAL DE MOUSSA TRAORE. Quand ses thuriféraires veulent exprimer leur haine ,ils parlent du niveau d'étude du père de l'indépendance. C'est une manière de tenter de le "démystifier". C'EST L'ÈRE DÉMOCRATIQUE QUI A PERMIS À MODIBO KEITA DE RETROUVER SON HONNEUR BAFOUÉ PAR LE DICTATEUR. Ils sont étonnés que, malgré l' impopularité suscitée des hommes politiques issus du mouvement démocratique, la popularité de MODIBO KEITA reste intacte. ABDOULAYE DIOP, comme tous les thuriféraires de MOUSSA TRAORE déteste haineusement l'homme politique que son vrai idole MOUSSA TRAORE a tout fait pour l'effacer de la mémoire des maliens.
Kinguiranke
Kinguiranke 12 mois
Dicko merci pour la lumière et comme je l' ai toujours dit le President Modibo Keita est plus fier de son Excellence Abdoulaye DIOP que ces pretendus ' heritiers' a cause de ses nombreux accomplissements pour la Souverainite, la liberte et la dignite du peuple Malien.
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