Chronique : Corruption, quand tu nous tiens !

Il est des poisons qui ne tuent pas d’un coup, mais qui rongent lentement les fondations d’une nation.

16 Fév 2026 - 03:08
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Chronique :  Corruption, quand tu nous tiens !

Au Mali, la petite corruption est devenue ce poison invisible, omniprésent, banalisé. Elle ne se manifeste pas par des scandales spectaculaires de milliards détournés, mais par ces gestes quotidiens, ces billets glissés discrètement pour accélérer un dossier, obtenir un service ou contourner une file d’attente. C’est une corruption de proximité, insidieuse, qui touche directement le citoyen dans son rapport à l’État et qui détruit, à petit feu, la confiance collective.

Dans les bureaux de l’administration, il est devenu presque normal de devoir «motiver» une secrétaire avec 10.000 francs pour qu’un dossier avance, ou de débourser 5000 francs pour qu’un papier soit traité dans des délais raisonnables. Ce qui devrait être un droit - l’accès aux services publics - se transforme en marchandage humiliant. Le citoyen n’est plus considéré comme un usager, mais comme une proie dont on peut soutirer quelques billets. Cette pratique, répétée à l’infini, mine la dignité nationale. Elle installe l’idée que l’État n’est pas au service du citoyen, mais au service de ceux qui savent payer.  

La crise des hydrocarbures a révélé, de manière brutale, la face hideuse de cette corruption ordinaire. Au moment où le pays souffrait d’une pénurie dramatique, où les citoyens faisaient la queue pendant des heures pour obtenir quelques litres de carburant, certains pompistes exigeaient 7500 francs pour servir un client. Les masques sont tombés : ceux qui devraient être au service de la collectivité se sont transformés en prédateurs, profitant de la détresse pour se «sucrer» sur le dos du contribuable. Ce n’était plus seulement de la petite corruption, mais une véritable vampirisation sociale, une manière de sucer le sang des contribuables et des consommateurs.  

Le plus grave est que cette corruption est devenue passive et généralisée. Passive, parce qu’elle ne choque plus personne : on la subit, on la pratique parfois, on la raconte comme une anecdote. Généralisée, parce qu’elle touche tous les secteurs : administration, santé, éducation, énergie, transport. Elle est partout, comme une poussière qui s’infiltre dans chaque recoin de la vie publique. Et elle est anti-national, car elle détruit le lien de confiance entre l’État et ses citoyens, elle affaiblit la cohésion sociale et elle sabote les efforts de développement.

Les autorités ne sont pas restées muettes face à ce fléau. Des mesures ont été annoncées, des campagnes de sensibilisation ont été lancées, des affiches ont été placardées dans les bureaux pour rappeler que «la corruption est un crime». Mais ces mesures sont restées au stade de l’affichage. Dans la réalité, rien n’a changé. Les pratiques continuent, les billets circulent, les citoyens paient. L’écart entre le discours officiel et la réalité quotidienne est abyssal. Cette hypocrisie institutionnelle est elle-même une forme de corruption : on affiche la transparence, mais on laisse prospérer l’opacité.

La petite corruption est d’autant plus dangereuse qu’elle nourrit la grande corruption. Elle crée une culture de l’impunité, une habitude de la transaction illicite, une banalisation du vol. Celui qui accepte de payer 5000 francs pour un dossier acceptera demain que des millions disparaissent des caisses publiques. Celui qui exige 7500 francs pour un litre de carburant n’hésitera pas à détourner des cargaisons entières. La petite corruption est la graine qui fait pousser l’arbre du pillage national.

Il faut le dire avec force : cette pratique est une trahison. Elle trahit le peuple, qui se voit dépouillé de ses droits élémentaires. Elle trahit la nation, qui se voit affaiblie dans sa capacité à se développer. Elle trahit l’avenir, car elle enseigne aux jeunes générations que la règle n’est pas le mérite ou la transparence, mais le bakchich et la combine.

La lutte contre la petite corruption ne peut pas se limiter à des slogans. Elle exige des actes concrets : sanctions exemplaires, contrôles rigoureux, mécanismes de dénonciation protégés. Elle exige surtout une révolution morale, une prise de conscience collective que chaque billet glissé sous la table est une balle tirée contre la République. Tant que cette corruption sera tolérée, le Mali restera prisonnier d’un cercle vicieux où l’État est affaibli, le citoyen humilié et la nation trahie.

Il est temps de briser ce cercle. La petite corruption n’est pas une fatalité culturelle, elle est un choix social. Et ce choix doit être rejeté avec la plus grande fermeté. Car un pays ne peut pas se construire sur la fraude quotidienne, mais sur la confiance, la justice et la dignité.

Il n’y a pas plus de petite que de grande corruption. Toute corruption est la corruption.  

Khaly Moustapha Leye

 

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Commentaires (2)

User
sangare
sangare 8 mois
Le carburant de la corruption est le NÉPOTISME. LES COLONELS PUSCHISTES NE SERAIENT PAS DES OFFICIERS, SI LE NÉPOTISME N'ÉTAIT PAS UNE RÉALITÉ INSTALLÉE PAR LES OFFICIERS SUBALTERNES DU 19 NOVEMBRE 1968. Notre démocratie est en panne du fait des enfants des dirigeants de la DICTATURE MILITAIRE placés au prytanée militaire de kati. Notre armée est extrême faible par les pratiques de corruption instaurées pendant l'ère de la DICTATURE MILITAIRE. Les officiers détournent les carburants en arrosant les supérieurs hiérarchiques de billets de banques afin qu'ils ne soient pas inquiètés. Il en est ainsi des rations alimentaires, des primes, même les achats des munitions ne sont pas effectués comme prévu. Ce qui fait qu'on a envoyé les soldats en mission sans les munitions recommandées. SI LES SOLDATS PERDENT LE COMBAT PAR MANQUE DE MUNITIONS, L'OFFICIER SUPÉRIEUR QUI N'A PAS RESPECTÉ LA QUATITÉ DE MUNITIONS RECOMMANDÉES EST PROTÉGÉ CAR IL S'AGIT D'UN CLAN, CELUI DU PRYTANÉE MILITAIRE DE KATI. Les unités de combat perdent la bataille par manque de munitions comme en 2012 à AGUEL'HOC, mais s'est couvert par le clan du prytanée installé solidement dans la hiérarchie de l'armée malienne. Plus grave, les secrets de l'armée sont vendus à l'ennemi. ON SE RAPPELE QUE LES FRANÇAIS CACHAIENT LEURS OPÉRATIONS À L'ARMÉE MALIENNE CAR AYANT DES PREUVES QU'ELLE EST INFILTRÉE. Ce qui sauve actuellement le pouvoir des puchistes, c'est d'avoir fait appel aux mercenaires russes et turcs. Eux remplissent parfaitement leurs contrats. Autrement dit ils ne sont au service que de leur employeur comme prévu dans le contrat. ASSIMI GOITA ET SES CAMARADES SAVENT QUE SI LES MERCENAIRES NE SONT PLUS LÀ,ILS SONT DÉGAGÉS PAR IYAD AG GHALLI. C'est exactement le même cas que les séparatistes à Kidal. Le départ de l'armée française a signifié la perte de Kidal. Notre armée est à l'image de l' ADMINISTRATION PUBLIQUE. Elle est aussi façonnée par deux décennies du pouvoir des officiers subalternes du 19 novembre 1968. L'ère démocratique a hérité de ces pratiques nauséabondes, l'a amplifié du fait de la croissance économique. Avec la performance économique de l'ADEMA PASJ suivie des investissements, les fonctionnaires habitués à des pratiques interdites se sont vachement enrichis. Ça a continué après l'ADEMA, après ATT, après IBK. Ce qui signifie que la corruption n'est pas liée à l'AUTORITÉ POLITIQUE,mais à l'ADMINISTRATION PUBLIQUE qui est au service de l'autorité publique qui se renouvelle. C'EST NOTRE ADMINISTRATION PUBLIQUE QU'ON DOIT ACCUSER, NON LES HOMMES POLITIQUES. Elle doit être réformée. C'est un acte politique réservé aux hommes politiques.
kan
kan 8 mois
Khaly Moustapha Leye aurait pu compléter que la corruption est dans l'ADN des maliens ....
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