Coopération : Bruxelles courtise Bamako

Après Washington, Bruxelles revient à Bamako. La visite, en février 2026, de João Gomes Cravinho, représentant spécial de l’Union européenne pour le Sahel, confirme que les portes du Mali restent ouvertes et que le pays demeure un acteur incontournable dans l’équation régionale.

23 Fév 2026 - 01:40
Mis à jour: 8 mois
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Coopération : Bruxelles courtise Bamako

Mais ce retour ne doit pas être interprété comme un simple geste protocolaire : il traduit la nécessité pour l’Europe de synchroniser sa diplomatie avec l’horloge souverainiste malienne.

Le pivot de cette relation en mutation réside dans la gestion rigoureuse des ressources naturelles. La géostratégie des minerais critiques — or, lithium et terres rares — redéfinit les rapports de force. L’Europe, en quête de sécurisation pour sa transition énergétique, doit désormais composer avec un Mali décidé à ne plus brader ses richesses. Le Code minier de 2023 agit comme un bouclier souverain : en portant la participation de l’État à 30% et en imposant la transformation locale des produits miniers, il consacre un modèle de développement endogène. Toute normalisation durable avec Bruxelles passe par l’acceptation de ce paradigme, où la ressource nationale finance prioritairement nos infrastructures et notre système de protection sociale. 

Le temps de la Realpolitik et du respect mutuel

Le Mali fixe désormais trois conditions claires et non négociables pour tout partenariat international. La première est le respect intégral de la souveraineté nationale. Aucun accord ne peut prospérer si les choix politiques et sécuritaires du Mali sont remis en cause. Les autorités de la Transition exigent que tout partenaire reconnaisse la primauté des décisions maliennes, qu’il s’agisse de la gestion des forces armées, de la définition des alliances stratégiques ou de l’orientation des politiques publiques. La seconde condition est la valorisation endogène des ressources naturelles. Le Mali refuse le modèle extractiviste qui a longtemps enrichi des multinationales tout en laissant le pays dépendant. Le Code minier impose une participation accrue de l’État et la transformation locale des minerais, afin de bâtir une économie résiliente où les richesses nationales servent d’abord à financer les infrastructures, l’éducation et la protection sociale. Enfin, la troisième condition est l’alignement sur les choix stratégiques de la Transition. Les projets de coopération doivent s’inscrire dans la vision nationale : renforcer la sécurité, consolider la souveraineté alimentaire, développer les infrastructures et promouvoir une économie autonome. Les slogans importés sur le «développement durable» ne suffisent plus ; ils doivent se traduire en actions concrètes adaptées aux priorités maliennes.

Comparaison révélatrice

La comparaison avec les États-Unis éclaire davantage ce tournant diplomatique. La visite de Nick Checker, nouveau responsable du Bureau des affaires africaines du Département d’État américain, a marqué une tentative de réinitialisation des relations entre Washington et Bamako. Les États-Unis, après des années de sanctions et de tensions, ont affiché trois priorités : le respect de la souveraineté malienne, la relance de la coopération sécuritaire dans la lutte contre le terrorisme et l’instabilité régionale, et la réouverture des échanges économiques et commerciaux malgré les frictions récentes. De son côté, l’Union européenne, à travers sa stratégie Sahel révisée, continue de mettre en avant ses propres priorités : le renforcement des structures politiques et de gouvernance, l’appui sécuritaire aux forces locales et la lutte contre le terrorisme, ainsi que le développement et la résilience intégrant les enjeux climatiques, sociaux et migratoires.

La comparaison est révélatrice. Washington cherche à renouer sur la base du respect et de la sécurité, tandis que Bruxelles insiste sur la gouvernance et la résilience. Mais dans les deux cas, Bamako rappelle que le partenariat ne peut être viable que s’il respecte les trois conditions maliennes. Le Mali de 2026 parle un langage de vérité : le partenariat ne peut être viable que s’il s’aligne sur la souveraineté, la valorisation endogène des ressources et les choix stratégiques de la Transition.

Dans ce nouvel ordre, la France apparaît comme la grande perdante. Son influence historique s’effrite face à une diplomatie malienne souveraine et à l’arrivée de nouveaux partenaires plus attentifs aux priorités locales. Bamako doit transformer ces visites en opportunités : accueillir ceux qui reviennent, mais surtout aller vers ceux qui n’ont jamais quitté la scène mondiale. La diversification des alliances - avec les BRICS, la Russie, la Chine, la Turquie ou encore les pays du Golfe - devient une stratégie incontournable pour éviter toute dépendance exclusive.

Si Bruxelles accepte de devenir un partenaire respectueux de l’autonomie malienne en matière de sécurité et d’économie, un dialogue constructif demeure possible. Le Mali n’est plus un terrain d’expérimentation pour des théories diplomatiques importées, mais un État de droit qui exige que sa souveraineté soit traitée avec la gravité qu’impose sa nouvelle stature géopolitique C’est à ce prix, et à ce prix seul, qu’une normalisation pourra être envisagée au bénéfice exclusif des populations maliennes.

Et c’est dans ce sens que l’AES doit urgemment harmoniser sa diplomatie, afin de consolider une voix commune et crédible sur la scène internationale. 

MKL

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Commentaires (2)

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Rifain Libre
Rifain Libre 6 mois
À mourir de rire....
Coulibaly Yacouba
Coulibaly Yacouba 8 mois
Nous sommes sûrs que cette visite est un jeu du pompier pyromane car c'est vous qui êtes à la base des recrutements et des financements du terrorisme au Sahel, quel paradoxe? Il suffit que vous changez de fusil d'épaule, cela sauvera des millions de vies humaines. Tuer cette jeunesse africaine ne donnera rien de positive, dans la mesure où il y a le karma qui se manifestera sous peu contre vous et vos peuples complices. Nous ne savons pas comment pourrons_nous caractériser ce comportement des dirigeants des pays occidentaux? Est-ce que ce sont des humains ou des diables? Ils mettent le terrorisme contre nous et aussitôt, ils viennent nous regarder droit dans les yeux en posant des actes de saupoudrage avec des actions qui ne répondent en rien à nos besoins? Quel paradoxe? Vous êtes sans pitié; nos dirigeants devraient vous dire des vérités qui brulent très fortement.
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