DIPLOMATES AFRICAINS : La banalisation d’un sacerdoce

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Comment certains individus à la moralité douteuse arrivent-ils à infiltrer les missions diplomatiques. Est-ce un signe du manque de sérieux dont on parle en Afrique

« Un diplomate africain est sous enquête au Japon parce que soupçonné de pédophilie ». « Des diplomates africains trempés dans une affaire de trafic d’alcool au Brésil ». « Le fils d’un diplomate africain arrêté pour vol dans un supermarché à Ottawa ». « Le consulat du Sénégal à Singapour abritait une salle de paris clandestins ». « Les ambassades africaines à Ottawa doivent plus de 2 millions de dollars en contraventions impayées ». « Un diplomate africain en poste à Londres est soupçonné de trafic de devises » Mais Dieu du ciel, que se passe-t-il dans les chancelleries africaines ?

Ce sont là juste quelques manchettes glanées ça et là dans la presse. Et tous ces scandales ont un dénominateur commun : les personnes impliquées sont des diplomates et ce sont des Africains. Cela m’emmène à poser une question, toute simple : procède-t-on à une très sérieuse enquête de moralité avant de balancer des individus à de si prestigieux postes ? Ou est-ce tout simplement une affaire de bras élastiques capables de toucher là où il le faut et décrocher le rôle de représentant officiel du pays ?

Je ne peux que le penser car, en douze ans de présence au Canada, à part une affaire d’accident mortel impliquant un diplomate russe éthylique, nulle part je n’ai entendu ou lu des frasques disgracieuses impliquant des ambassades occidentales ou arabes. Comment se fait-il que tout ce qui est honte, disgrâce, tombe sur la tête des Africains ?

Je vous en parle parce que ce qui s’est passé, il y a deux mois à Ottawa me réconforte dans l’idée que l’on peut être un parfait crétin, sans idée de ses rôle et responsabilité puis devenir ambassadeur. Justement, celui qui représentait le Sénégal a été relevé vers la fin du mois de septembre. Selon les informations vérifiées que j’ai en ma possession, il a piqué une crise de nerfs en pleine ambassade avant d’avoir maille à partir avec son personnel.

Pris de panique et fou de rage, il a fait appel à la Gendarmerie royale du Canada en déclarant être l’objet de menaces de mort. En sus, il refusait catégoriquement de quitter le logement de fonction, de rendre les clés de la voiture et pire, de procéder à la passation de service avec l’inspecteur d’Etat venu de Dakar pour ce faire.

L’affaire a fait un tel bruit à Ottawa qu’au ministère des Affaires étrangères, un haut fonctionnaire, le soupir de désespoir sur le visage, m’a lancé : « Je crois honnêtement qu’en Afrique, on nomme souvent des imbéciles au poste d’ambassadeur parce que, certainement, on ne prend pas ce rôle au sérieux. Je suis surtout déçu qu’un pays à la diplomatie aussi prestigieuse que le Sénégal sombre… »

Pourtant, ce jeune qui avait hérité du poste d’Ottawa faisait partie intégrante de la stratégie du président Wade de mettre au placard ces petits vieux qui se font appeler des « diplomates chevronnés » au profit de jeunes bien formés, dynamiques et entreprenants qui ont en idée d’appliquer la nouvelle diplomatie des affaires et des investissements.

Inutile de dire que le président Wade et le principal supporter de ce garçon, le ministre Cheikh Tidiane Gadio sont sortis meurtris de cette mésaventure. Il est fort à parier que la vieille garde que Wade destinait à la remise ricane actuellement sous cape, mine de dire : « On vous avait prévenus, les jeunes ne font pas de bons diplomates. » Cependant, rassurez-vous, je me souviens très bien d’une vieille dégingandée qui représentait son pays à Paris et qui s’est fait prendre la culotte baissée dans son bureau, en train de se faire peloter par… un livreur de courrier.

Pour terminer et dans un autre registre, j’aimerais transmettre un message amical au ministre Moctar Ouane des Affaires étrangères et de la Coopération internationale. J’ai croisé, dans un aéroport européen, un monsieur qui se dit ambassadeur du Mali quelque part. Je ne le nommerai pas par charité, mais il dit vrai. J’ai eu vraiment honte, très honte. Il est inconcevable qu’un plénipotentiaire, même si le Mali est un pays pauvre, ne soit pas capable de se couper les cheveux, de nettoyer ses dents du jaune-caca et du rouge-cola, de tailler ses ongles, d’acheter des costumes qui ont de l’allure et de faire cirer ses chaussures.

Votre excellence était sale, très sale. Cela n’a rien à voir avec la richesse. C’est inadmissible ! C’est une simple question d’hygiène personnelle. Le Mali mérite mieux que ça ! Nous parlons d’un ambassadeur pas d’un mécanicien…

Ousmane Sow

(journaliste, Montréal)

 

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