La Cour de Justice de l’UEMOA : Un Médecin après la mort ?

La Cour de justice de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) a rendu, le mardi 28 janvier 2026, un arrêt historique annulant les sanctions adoptées en janvier 2022 contre l’État du Mali par la Conférence des Chefs d’État et de Gouvernement (CCEG) de l’UEMOA.

02 Fév 2026 - 09:24
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La Cour de Justice de l’UEMOA : Un Médecin après la mort ?

Cette décision est certes historique, mais elle tombe en retard. En termes de symbole, elle est bonne pour le moral.

Par son arrêt n°001/2026, la Cour a jugé que la décision de la CCEG, prise lors de la session extraordinaire tenue le 9 janvier 2022 à Accra (Ghana), était dépourvue de base légale et constituait une violation du droit communautaire de l’UEMOA.

Saisie par l’État du Mali, représenté par le Directeur général du contentieux de l’État, la Cour devait se prononcer sur la légalité des sanctions économiques, financières et institutionnelles imposées au pays, notamment la suspension du Mali des organes de l’UEMOA et le gel des concours financiers des institutions communautaires. Et notre pays soutenait que la Conférence des Chefs d’État et de Gouvernement avait outrepassé ses compétences, en endossant des sanctions décidées par la CEDEAO, alors que l’UEMOA est une organisation à vocation strictement économique et monétaire, distincte sur le plan juridique.

Ce faisant, dans son arrêt, la Cour de justice de l’UEMOA a d’abord rejeté l’exception d’incompétence soulevée par la défenderesse. Elle a rappelé que tout acte émanant d’un organe de l’Union et produisant des effets juridiques contraignants peut faire l’objet d’un recours en annulation, quelle que soit sa dénomination, dès lors qu’il affecte la situation juridique d’un État membre.

Sur le fond,  la Cour a estimé que les sanctions endossées par l’UEMOA reposaient sur des normes relevant de la CEDEAO, lesquelles n’ont aucun fondement dans l’arsenal juridique de l’UEMOA. Et de souligner qu’aucune disposition du Traité de l’UEMOA ne confère à la Conférence le pouvoir de prononcer ou d’entériner des sanctions économiques, financières ou diplomatiques contre un État membre. La Cour a également rappelé le principe d’indépendance des institutions communautaires, notamment la BCEAO, dont les statuts interdisent toute instruction ou directive politique émanant des organes de l’Union ou des États membres.

Tout en prononçant l’annulation de la décision du 9 janvier 2022, la Cour a décidé que les effets de cette nullité ne courraient qu’à compter de la date du présent arrêt, afin de préserver la sécurité juridique et éviter une remise en cause des actes communautaires adoptés durant la période des sanctions. La Conférence des Chefs d’État et de Gouvernement de l’UEMOA a par ailleurs été condamnée aux dépens.

Cet arrêt marque un tournant majeur dans les relations entre les États membres et les institutions communautaires, en réaffirmant les limites juridiques du pouvoir politique au sein de l’UEMOA et la primauté du droit communautaire sur les considérations conjoncturelles.

Il convient de rappeler qu’en 2022, de nombreuses voix s’étaient élevées pour dénoncer ces sanctions jugées illégitimes et inhumaines. Des autorités nationales, des partis politiques, des organisations de la société civile, ainsi que plusieurs acteurs sociaux et citoyens à travers la région, avaient unanimement condamné des mesures perçues comme injustes et lourdement préjudiciables aux populations maliennes. Toute la population malienne, hommes et femmes, vieux et jeunes, s’étaient soulevés pour protester cette décision illégitime le 14 janvier 2022. Quatre ans après, la justice a ébloui. C’est tombé tard à tel enseigne qu’on a le droit de se demander si cette haute juridiction serait un médecin après la mort. 

Adama Tounkara

 

 

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Commentaires (2)

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Kinguiranke
Kinguiranke 8 mois
Adama Tounkara, il n'est jamais trop tard pour rendre justice et il n y a pas de petite ou grande justice, la justice c'est la justice et quand elle est rendue il faut s'en réjouir car dans ce cas justice a ete rendue au grand peuple Malien qui au lieu de mourir a appris la resilience comme methode de lutte et de développement et pour défendre aussi sa souverainite! N'oublions jamais que désormais dans les annales de l'histoire nous allons continuer de lire que la CEDEAO a agi de facon animale, totalement inhumaine, illegale et illégitime contre le peuple Malien et ses dirigeants sous le leadership du President Assimi Goita en imposant des sanctions economiques illégales contre le peuple Malien qui ne demandait que sa liberation de la neo-colonisation Francaise et de ses politiciens corrompus et delinquents financiers qui pendant 30 ans ont democratise la corruption et le nepotisme avec comme resultat la perte des 2/3 de notre territoire national.
Fanga
Fanga 8 mois
"Cet arrêt marque un tournant majeur dans les relations entre les États membres et les institutions communautaires, en réaffirmant les limites juridiques du pouvoir politique au sein de l’UEMOA et la primauté du droit communautaire sur les considérations conjoncturelles." / Adama Tounkara, cet arrêt ne marque rien du tout. Cette décision de la Cour de justice de l'UEMOA est une petite décision rendue par une petite juridiction. C'est une décision qui a une très faible portée pratique et symbolique. L'UEMOA n'est clairement pas une "Union de droit" africaine. / Un aspect est particulièrement choquant dans cet arrêt de la CJ-UEMOA. C'est le fait de voir, dans une affaire qui portait sur un sujet de souveraineté africaine, que même la justice communautaire africaine est très contaminée par la colonisation des esprits. C'est en effet révoltant de voir dans cette affaire africaine se fonder sur la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne l'avocat même de l'Etat du Mali (arrêt de la CJCE n° C-16/62 du 14 décembre 1962, Confédération nationale des producteurs de fruits et légumes et autres contre Conseil de la Communauté économique européenne, page 5 de l'arrêt CJ-UEMOA) et l'avocat de la Conférence des chefs d’État (compétence de la CJUE en matière de politique étrangère et de sécurité commune, page 8 de l'arrêt CJ-UEMOA). On peut et on doit parfois s'inspirer de ce qui a été décidé dans des juridictions étrangères, mais pas systématiquement, comme du droit positif africain, dans une affaire en outre dans laquelle était en cause la puissance impérialiste française membre de l'Union européenne et de sa juridiction CJUE. Vraiment décevant, cet arrêt de la Cour de justice de l'UEMOA.
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