Entre démocratie et oligarchie: Le Mali tangue

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                     Curieuse exception que celle malienne! “La saga légendaire” du Président Touré tire allègrement vers sa fin. A quelques petits huit mois des échéances présidentielles et législatives, nombreux sont les candidats déclarés ou non qui se bousculent aux portillons de la succession de Sa Majesté le Président Amadou Toumani Touré. Certes le pays est en butte à un funeste chaos bien programmé que certains politiques et la société civile tentent tant bien que mal de débrouiller mais force est de reconnaître qu’il est effrayant de constater que les différents aspirants et vrais présidentiables à Koulouba manquent de nous présenter leurs projets de société. Ils éprouvent, nous semble-t-il un mal fou à se départir des vieilles habitudes de pusillanimité, de silence stratégique et d’absence d’audace politique. Leurs voix nous semblent toujours inaudibles. Pendant que le Mali se meurt, vont-ils attendre la période des campagnes pour criailler à nos oreilles? Nous voulons qu’ils nous donnent un avant goût de ce que seront les pré-campagnes et les campagnes. Quels seront nos critériums de jugement à l’heure du choix fatidique? La logique et le bon sens voudraient qu’on juge nos différents candidats sur leurs discours et leurs projets de société. Mais à s’y méprendre tout risquerait de se jouer plus à la sympathie et à la bourse qu’à la harangue et aux projets sociétaux des candidats. Ils délieront les cordons de leurs bourses pour s’acheter les suffrages des électeurs. Qu’on se le tienne pour dit, le Mali est à la croisée des chemins. Toute erreur d’appréciation sur le choix du futur président nous serait fatale.

                   Dans le but d’être un phare allumé ou la cible idéale des frondes des biens pensants et des affairistes de tout poils, nous avons formulé ce titre avec un zeste de provocation. Cependant le danger est réel: l’argent sale qui fausse le jeu politique.

                  La dictature du Général Moussa Traoré a volé en éclats à la suite d’un ras le bol général. Sur ses cendres s’est érigée une démocratie acquise dans le sang et la douleur. L’ironie de l’histoire a voulu que cette démocratie se soit étiolée après 20 ans et ait généré à la faveur de la corruption une nouvelle classe dominante dont le pouvoir est royalement assis sur d’immenses fortunes. Une nouvelle race de fonctionnaires d’Etat-bourgeois, d’hommes d’affaires aisés, en collusion avec le pouvoir politique et tous ceux qui jouissent d’un pouvoir de fait ont cyniquement pris notre pays, le Mali, en otage. Avec les bonnes grâces de l’Auguste Majesté au coeur et au regard complaisants et complices, la corruption a atteint sa vitesse de croisière et gagné ses véritables lettres de noblesse. Subrepticement, le Mali a glissé d’une démocratie virtuelle à une plutocratie de fait.

                   Le malien, depuis belle lurette, s’est satisfait de l’aberration de l’infatuation et de l’autoflagellation en se voulant honorer qu’il est le digne héritier des empereurs et rois d’une brillante civilisation multiséculaire. Les Sonni Ali Ber, Askia Mohamed, Firhoun Ag Al Ansari, Soundiata Keita, Tiéba Traoré, Babemba Traoré, Samory Touré, Biton Coulibaly, Da Monzo, N’Golo Diarra, El Hadj Omar Tall, Sékou Amadou, …..étaient porteurs de valeurs auxquelles ils entendaient demeurer fidèles à toutes épreuves. Ils avaient des idéaux inaltérables pour lesquels ils vivaient. L’honneur, l’intégrité en face des sirènes tentatrices de l’argent étaient des valeurs cardinales. Ils n’agissaient jamais contre le devoir, ils étaient inflexibles au mensonge, incorruptibles devant les faveurs. Bref, ils avaient des principes à respecter. Les vertus cardinales qu’ils incarnaient( in carnis) se sont lamentablement effritées depuis plusieurs lustres. Il appartient à un malien d’un type nouveau de faire face à la situation en poussant les politiciens à devenir de véritables patriotes. L’amour suprême de la grande nation malienne, la volonté de la servir, notre présent et l’avenir des générations futures doivent être les seules valeurs qui prévalent. Le monde noir que les politiciens nous ont fabriqué doit succomber sous le faix de l’expression de nos frustrations et de nos déceptions. Une autre façon de faire la politique doit être imposée aux politiciens. La récréation est terminée. ADEMA/PASJ a achevé d’investir son candidat ce week-end en la personne de Dioncounda Traoré. Le RPM d’IBK et d’autres suivront. Certains partis politiques ont dejà leur candidat naturel.

                     Gare! Vont-ils acheter les suffrages des citoyens en vue d’acquérir le sceptre doré de la gouvernance et les diriger malhonnêtement? A l’école fondamentale, nous aurions appris avec Corneille qu’à l’épreuve d’un sceptre, il n’est point d’amité. Encore moins soudoyer par des cadeaux et des promesses mirobolantes. Nous ne céderons pas nos voix contre de l’argent sale, bien mal acquis puisé de nos déniers publics. Le Mali n’est pas à brader. Les sachets de thé, les t-shirts, les képis, les billets de 5000 francs, les promesses électoralistes mirifiques ne seront pas suffisants pour se jouer de nous et de notre avenir. Nous montons la surenchère pour l’acquisition du diadème, du trône et de l’encensoir présidentiels. Le peuple malien, désabusé et blasé, en veut plus: la preuve sera séduisante, l’exemple suffisant. Nous voudrions voir les candidats passer au tableau noir pour nous expliquer, nous convaincre et nous charmer quant au bien fondé de leurs projets. Le peuple malien est désireux de savoir sur leurs revenus, leurs patrimoines, les impôts qu’ils ont payés, leurs rapports d’avec les riches hommes d’affaires de la place, comment ont-ils utilisé l’argent public pendant qu’ils étaient au sommet de l’Etat, et être à même de juger de la transparence du financement de leurs partis politiques et de leurs campagnes électorales. Quitte à ceux qui auraient levé l’ambiguité sur leur argent de se livrer à des campagnes à “l’américaine”. Dommage que la télévision nationale soit une passion au service de l’oligarchie malienne. Sinon nous aurions été bien servis si Drissa Bally Cissoko pouvait être nostalgique d’Alain Duhamel et d’Arlette Chabot en invitant nos candidats pour une émission appelée “ 100 minutes pour convaincre” ou “ A vous de juger”. Pour le supplice de ces patriotes d’antichambre aux coeurs assèchés, nous voudrions que leurs coeurs vibrent de patriotisme, de franchise, de probité et de vertu morale ne serait-ce que pour l’instant des élections présidentielles. “Quand on oppose les discours aux discours, ceux qui sont véritables et convaincants, confondent et dissipent ceux qui n’ont que la vanité et le mensonge.” disait Blaise Pascal. Vers quels rivages de rêve, de paradis enchanteurs voudraient-ils nous amener? Nous avons suffisamment vécu dans le mensonge des politiques. Nous voulons des solutions probantes pour l’école malienne, des reponses appropriées à la corruption galopante, à l’impunité, à l’injustice de la justice, au problème aporétique du foncier, au chômage des jeunes, l’autosuffisance alimentaire, la repartition équitable des ressources, …..Dieu aime le Mali, vox populi, vox Dei; la vox populi sera d’inspiration divine eu égard à l’immensité de la peine et du malheur que les politiciens auraient infligés cyniquement aux maliens pendant près de vingt ans. Le combat qui vaille d’être mené aujourd’hui est celui contre l’aventurisme politique. L’arme qui vaille est le vote-sanction: nous tresserons des couronnes d’épines pour les moins convaincants.

                 Par délà la provocation, nous entendons sensibiliser l’opinion publique en procédant à un vaste mouvement de désacralisation d’un sujet tabou:les rapports des hommes politiques à l’argent, leurs collusion avec les hommes d’affaires, les lobbies qui vivent de ristournes juteuses et de marchés fictifs lucratifs, la bonne ou mauvaise conscience des politiques à la lisière de leurs dépenses personnelles et celles relatives au fonctionnement de l’Etat, les fonds secrets au profit des premières dames…..Quand on jette le pavé dans la mare, la logique voudrait que les grenouilles coassent. Nous ne nous laisseront nullement distraire par ces bruits stridents. La vie est une impitoyable lutte de classes: les riches s’accrochent à leurs privilèges et les pauvres cherchent les moyens de sortir du merdier.

              Sans tomber dans un moralisme excessif, nous appelons vivement la rupture: la culture de la transparence dans le cadre d’un code déontologique digne de respect doit induire ipso facto l’instauration d’une démocratie d’excellence. Pour éviter à la démocratie malienne balbutiante de sombrer piteusement dans une oligarchie de la canaillerie, il y a lieu de tordre le cou à la fourberie de la classe politique. La vertu doit être la probité des riches. Les hommes politiques doivent être les porteurs d’une éthique. Vive l’honnêteté, les politiciens honnêtes aussi pour que vive le Mali d’une démocratie exemplaire.

July 24, 2011

Une contribution de Mr Fatogoma Mohamed ouattara
Orange, New Jersey, USA
[email protected]       
http://fouattara.blogspot.com
www.ouattaradonzo.com

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