Praticabilité du corridor Dakar-Bamako : Le Sénégal face à la réalité des contraintes

Les Corridors Dakar-Bamako par le nord (en passant par Kidira, Diboli et Kayes) et par le sud (en passant par Kidira, Moussala et Kita) constituent des axes stratégiques et vitaux ...

17 Oct 2026 - 02:50
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Praticabilité du corridor Dakar-Bamako :  Le Sénégal face à la réalité des contraintes

Les Corridors Dakar-Bamako par le nord (en passant par Kidira, Diboli et Kayes) et par le sud (en passant par Kidira, Moussala et Kita) constituent des axes stratégiques et vitaux pour les échanges commerciaux avec les pays de la sous-région, notamment le Mali, les deux Guinée, la Gambie, le Burkina Faso et le Niger.

 L'autoroute Mbour-Fatick-Kaolack (qui vient d'être inaugurée) étant un passage commun pour les usagers des deux corridors, l'on comprend, dès lors, l'importance stratégique de ce tronçon d'autoroute dont la mise en service vient renforcer un maillon important de la principale liaison terrestre du Sénégal avec le Mali, non sans annihiler les nombreuses contraintes.

Le samedi 22 août 2026, à Thiadiaye, Son Excellence Monsieur le Président de la République, Bassirou Diomaye Faye, a procédé à l'ouverture officielle et définitive à la circulation de l'autoroute Mbour-Fatick-Kaolack, en présence de Son Excellence Monsieur l'Ambassadeur de la République Populaire de Chine.

L'ouverture de cette nouvelle autoroute à la circulation routière marque une étape majeure dans le renforcement du réseau routier national sénégalais et certes va contribuer à améliorer la mobilité, la connectivité et le développement socio-économique des territoires desservis, mais c'est surtout une avancée significative dans l'amélioration de la praticabilité du corridor Dakar-Bamako, si l'on sait le temps que les véhicules de transport, en provenance ou à destination du Mali, perdaient pour parcourir cette distance.

Seulement, l'impact de cette nouvelle autoroute sur les échanges avec le Mali reste tributaire des conditions de circulation sur le reste du corridor, où persistent des contraintes logistiques et surtout sécuritaires. Cela fait que, malgré les efforts constants du Gouvernement du Sénégal appuyé par ses partenaires au développement, pour la construction, l'entretien et la maintenance du réseau routier, les corridors susmentionnés présentent des niveaux de service moyens.

C'est sur l'axe Tambacounda-Kidira-Diboli-Kayes-Bamako que l'on retrouve les principales difficultés car, si du côté sénégalais, un programme d'investissements a permis la réhabilitation, disons même l'amélioration, de certaines sections du corridor, notamment autour de Tambacounda, il reste quand-même des contraintes logistiques situées vers la frontière, près de Kidira. Le Conseil sénégalais des chargeurs, pour répondre aux besoins en infrastructures et équipements, a mis en place un programme d'investissement à Kidira pour améliorer le corridor (Nous y reviendrons spécifiquement).

Le plus dur pour les transporteurs de personnes et de marchandises, se situe du côté du Mali où l'état de dégradation des routes, entre Diboli, Kayes et Bamako, ralentit les poids lourds et allonge les délais d'acheminement. À ces difficultés s'ajoute désormais l'insécurité, qui constitue l'un des principaux facteurs de perturbation du corridor. C'est cette insécurité imposée par des groupes armés terroristes qui a d'ailleurs obligé le Gouvernement de Transition au Mali à suspendre un important programme de réhabilitation des routes dont ce tronçon faisait partie. L'on se rappelle d'ailleurs que le Président de la Transition, le Général Assimi Goïta, au début de la transition, s'était déplacé pour donner le top départ aux travaux de réhabilitation de la route Kayes-Bamako. 

Notons que le Mali est le premier marché africain du Sénégal. Les statistiques de l'année 2024 révèlent que les exportations sénégalaises vers le Mali ont atteint 802,8 milliards FCFA, soit environ 1,428 milliard USD. Une hausse de 8,6 % sur un an. Par ailleurs, cela signifie que le Mali, à lui seul, reçoit plus de la moitié des exportations sénégalaises destinées au continent africain.

Forte pression sur le corridor sud (passant par Kidira et Moussala) où se trouve concentré le trafic Avec les contraintes rendant l'axe Dakar-Kidira-Kayes Bamako quasiment impraticable, la plis grande part du fret à destination du Mali passe par l'axe Tambacounda-Kédougou- Saraya pour entrer au Mali par le poste frontière de Moussala. Ce qui crée une forte pression sur ce corridor du sud où la vitesse de la tournure des événements ont pris de court les autorités des deux pays, lesquels n'ont pas eu le temps de réaliser les projets d'amélioration des infrastructures sur cet axe du corridor Dakar-Bamako. 

Et pourtant il y en avait, après concertation des autorités des deux pays en ch        arge de la gestion des corridors. Non seulement il y a un engorgement à la frontière, précisément à Moussala, avec de longues files de voitures qui attendent la fin des formalités de traversée, mais aussi un manque d'infrastructures socio-sanitaire pour accueillir cet afflux de routiers en pause pour se remettre de la fatigue, surtout si l'on sait que le détour par Kédougou et Saraya pour entrer au Mali augmente les distances à parcourir.  

Le ministre de l'Intérieur et de la Sécurité publique, Mouhamadou Makhtar Cissé, qui était en visite au poste frontalier de Moussala, au début de ce mois d'octobre 2026, pour s'enquérir des conditions de travail des Forces de défense et de sécurité, a insisté sur l'urgence d'accélérer la construction du tronçon restant du poste frontalier de Moussala, dans la région de Kédougou (sud-est du Sénégal), pour améliorer la fluidité sur le corridor Dakar-Bamako et en même temps faciliter l'intervention des Forces de défense et de sécurité dans leurs missions régaliennes : "Il faut que l'État du Sénégal accélère la construction du tronçon qui reste sur le corridor au niveau des frontières de Moussala pour améliorer la situation et permettre aussi aux forces de défense et de sécurité de bien intervenir dans leurs missions régaliennes".

Le ministre sénégalais de la Sécurité constate l'encombrement  avec une longue file de camions

Constatant la situation d'encombrement, le Ministre a déclaré : "Le Sénégal est sensible à la situation sur la longue file de camions transporteurs au poste frontalier de Moussala à des dizaines de kilomètres dans la région de Kédougou. C'est une situation qui nous préoccupe parce que la route de Kidira est fermée avec la situation de notre voisin du Mali ".

Et le ministre Makhtar Cissé de promettre de rendre compte au gouvernement du Sénégal sur la longue file de camions transporteurs au poste frontalier de Moussala et qui ralentit l'acheminement des marchandises sur le corridor Dakar-Bamako, non sans plaider pour la construction des infrastructures sociales de base, notamment des sanitaires modernes, des bornes fontaines et surtout, le raccordement du poste frontalier de Moussala au réseau téléphonique. "C'est vraiment une urgence !", a-t-il insisté.

A. B. NIANG, journaliste et Consultant indépendant, correspondance depuis Dakar

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