Chronique du vendredi : Question touareg, petites précisions à un grand intellectuel

15 Fév 2013 - 02:46
Mis à jour: 14 ans
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adam-thiam-republicainEn réaction à ma chronique du 5 février dernier, intitulé « Hollande face à son test de cohérence », j’ai reçu  les réactions d’un grand intellectuel malien. Il me semble honnête de les partager avec le public pour une meilleure appréhension de la problématique touareg et une meilleure appropriation des solutions à chercher à cette question devenant, au fil des ans, le point de rupture de la nation malienne. L’intellectuel qu’on ne peut pas ne pas respecter pour sa réflexion absolument édifiante sur l’Etat et la nation au Mali manie bien l’ironie et la remise en cause  subtile quand il m’interpelle d’entrée de jeu par ceci « tu es libre de penser que « le MNLA  fait partie du problème du Nord malien et pas de sa solution», mais il te faudra bien reconnaître que ton édito du 5 février suscite des questions. (A toi et non au Président du Niger) ».  Mais il pose, par la suite, des questions fort judicieuses et qui, à condition qu’on fasse l’effort sincère et neutre d’essayer d’y répondre, mettent en relief toute la responsabilité de l’Etat dans ce qui s’est passé et se passe encore au Nord de notre pays. Clichés dangereux, c’est vrai. La première des questions est allégorique « qui d’autre était nourri par la Tignasse? » Mais on devine qu’il s’agit là d’une allusion à l’affirmation souvent entendue que la nation a beaucoup consenti pour le développement du Nord malien, que les rebelles ont mordu la main qui les nourrissait –celle de la 3è République et d’Att en particulier- et enfin que les Touareg ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes pour avoir « détourné » les aides destinées à leurs zones. Pour ma part, j’ai toujours trouvé soutenu que les chiffres généralement entendus comme volume de l’investissement pour le Nord-Est devaient être non seulement consolidés mais que comparaison n’est pas raison. Un site à Sikasso et un autre à Djebock ont tous besoin d’un forage mais celui-ci au Nord coûtera plusieurs fois l’unité au Sud. Je refuse également la stigmatisation des gestionnaires de l’aide en question. Car qu’ils soient Touareg ne leur donne pas plus ou moins d’obligation de résultat que s’ils étaient Senoufos. Ceux qui étaient responsables à quelque niveau que ce soit de ces projets d’assistance, étaient d’abord des agents ou auxiliaires de l’Etat, des leaders désignés par leur communautés ou agissant en leur nom, ou enfin des prestataires sous-traités. Leur ethnie ne compte pas sauf pour un raciste. Et là où le discours accusateur de la communauté Touareg donne de la chair de poule, c’est qu’on n’a jamais entendu incriminer les Dogons pour l’état de développement de Bandiagara, les Kassonké pour Kayes, les Peulh pour Mopti. Pareillement, et ce jusque dans les instances onusiennes, les idées reçues ont la vie dure. C’est pourquoi, sur une question aussi juste et préoccupante que les exactions absolument inacceptables et condamnables des exactions reprochées à l’armée contre les populations civiles, les Touareg sont beaucoup plaints, les Arabes un peu et les Peulh ou d’autres sont passés par pertes et profits. En revanche, si je me suis distancé des clichés, j’ai bel et bien écrit plusieurs fois que les rébellions de 2006 et de 2012 n’étaient pas recevables dans le contexte démocratique qui était le nôtre. Ce à quoi, mon contradicteur répondra : « était-il si démocratique, notre Mali de 2011 » ? La responsabilité citoyenne existe aussi Il a tout à fait raison sur un plan :la gouvernance de dissimulation, la culture du top secret et de la gestion solitaire des affaires publiques ne participent pas à la démocratie mais à son étouffement. Oui, la démocratie n’occulte pas le débat ; elle n’est pas dans le pouvoir mais dans les contre-pouvoirs. Mais de la même manière quand du l’espace du dialogue existe, même biaisé, prendre les armes contre la nation parce qu’on a pas eu les logements militaires prévus à Kidal ou le financement de quelques projets a les mêmes caractéristiques qu’un putsch. D’autres questions m’ont été posées, à savoir «  A quelle aune juges-tu la légitimité d’une rébellion ? A quelle armée appartenaient les insurgés de 2006 ? D’où venaient les amis d’Ibrahim Ag Bahanga?  Les jeunes et moins jeunes du Mna» ? La réponse est simple. Jamais, il n’a été dit que la gestion du Nord était harmonieuse et transparente. Peut-être même relevait t-elle de la stratégie du chaos que plusieurs d’entre nous redoutaient. Mais la faillite de l’Etat ne saurait, à notre avis, autoriser l’irresponsabilité de ses citoyens. Les dangers et les limites du mythe Car nous arrivons à l’Etat d’abord avec un minimum de provisions éthiques et morales assurées par la famille et la communauté. Dernière interpellation qui m’a été adressée : « le Mnla, a-t-il dit qu’il représentait les seuls Touaregs ? Qui les représente, au fait » ? Réponse :  un Sonrai ou un Peul de service, pour blanchir la cause ne doit pas pouvoir tromper ». Et le fait est que même si on lui concède de représenter plusieurs groupes du pays, on ne peut pas dire que le Mnla représente les Touareg. Or si ses animateurs ne le disent pas, ils n’en pensent pas moins. Pire, leur sous-traitance nostalgique des caravanes au clair de lune, le dit à leur place allant jusqu’à donner l’impression que le Mali tout entier peut être lâché pour une Oued à Anefis. Pourvu que l’anthropologie continue avec son incurable addiction à ses propres mythes. Ce qui n’aurait pas été un problème si aujourd’hui, la plus belle page de l’Histoire franco-malienne, voire franco-africaine signée par un président français le 11 janvier n’était pas en train d’être ternie. Sans aucune raison crédible et sur la tombe fraîche du Commandant Boiteux. Adam Thiam  

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Commentaires (17)

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Il faut le dire
Il faut le dire 14 ans
...C'est malheureux que ceux qui décident de se rebeller ne comprennent pas cela. C'est en cela que réside leur mauvaise foi. Par contre si ils le comprennent c'est qu'ils ont clairement d'autres objectifs que le développement. Il est donc plus honnête ( je sais qu'ils ne le sont pas) d’être consistant dans cet objectif que d'avancer des arguments de développement qui ne peuvent tromper que les simples d'esprit. Il est beaucoup plus rapide d'appeler ses amis pour développer ''son terroir'' que d'investir dans un mouvement arme et de l'entretenir pour des intérêts plutôt sordides. C'est pourquoi cette guerre, il va falloir la mener jusqu’à ce que ceux qui nous l'ont imposé comprennent qu'il faut réfléchir 100 fois avant d'ouvrir une guerre parce qu'elle évoluer dans tous les sens y compris se retourner contre celui qui l'a ouvert. C'est la leçon qu'il faut administrer au mnla.
KAMISSOGO
KAMISSOGO 14 ans
L’un des sujets VITALE que Mr Thiam devrait indispensablement et rapidement aborder c’est aussi le cas l’islamisation illimitée et aveugle de l’état Malien et de toutes ses institutions. ceci dit à commencer par dénoncer et demander l’interdiction du haut conseil islamique de son ingérence sur les questions d’état et politique, si le Mali se défini réellement laique il se doit d’imposer et d’afficher en CLAIRE et NETTE la séparation du religieux à l’état sinon notre pays risque dans un future proche de se transformer en une seconde SOMALIE de d’Afrique au Mali l’état et les hommes politique et intellectuels ont lachement laissé l’islam s’accaparer du monopole de tous les domaines de l’éducation et meme jusqu’à la diplomatie internationale.pour l’avenir et la survie du Mali il faudrait qu’on soit clair l’identité du Malien ne doit pas se définir par l’islam Vive le Mali Laique et Africain
Il faut le dire
Il faut le dire 14 ans
Ceux qui posent la question de savoir si notre démocratie en était une oublient, de mauvaise foi certainement, que la construction d'une démocratie est un processus. Ce n'est pas par un effet "on-off" que l'on construit une démocratie. La vraie question qu'il refusent de se poser c'est de dire qu'est ce que eux, ils ont fait pour améliorer cette démocratie. Avoir des griefs contre une démocratie se taire et mijoter des complots contre son pays relève de la mauvaise foi manifeste. La guerre n'est pas une alternative a une démocratie même bancale surtout pour de gens qui font semblant de se plaindre du sous-développement de ''leur zone''. En dépit de l’appréciation que portait l'opinion internationale sur la démocratie malienne, tous les maliens honnêtes savaient qu'il y avait quelque chose a changer dans notre démocratie.Cela justifie-t-il une rébellion? La réponse est claire pour ce qui sont de bonne foi c'est NON! La ou arrive la guerre, le développement prend le chemin inverse...
Merci Mr Thiam. Tu es l'un des rares journalistes maliens a jouer le role qu'est le votre en ces temps de crise: defendre le pays a votre maniere, avec les armes que vous possedez, c'est a dire vos plus et votre intellect. CONTINUEZ JAMAIS TANT QUE LE PAYS A BESOIN DE VOUS. Vous n'etes pas seul. Les Hbles Haidara, Thiatcho et Assarid, le Directeur de l'AMAP Souleymane, L'ex MPLA SidiLamine, Ag Erlaf, les maliens de l'Exterieur etc... sont parmi tant d'autre qui au cotes de nombreux amis africains et etrangers qui font du retablissement de l'honneur du Mali leur combat, Encore Merci a eux et nous tous. Une chose pourtant, je voudrais aller jusqu'au bout. N;ayons pas "honte" de notre democratie. C'est le meilleur system de gestion de la societe. Ensuite, ca prend du temps d'en construire une bonne (des siecles pour les democraites etablies). Notre pays est et etait une vraie democratie, EN CONSTRUCTION. LES DEBUTS D'UN ENFANT SONT TOUJOURS TITUBANT ET SE RAFFERMI AU GRE DES CHUTES ETC..
KAMISSOGO
KAMISSOGO 14 ans
L'un des sujets VITALE que Mr Thiam devrait indispensablement et rapidement aborder c'est aussi le cas l'islamisation illimitée et aveugle de l'état Malien et de toutes ses institutions. ceci dit à commencer par dénoncer et demander l'interdiction du haut conseil islamique de son ingérence sur les questions d'état et politique, si le Mali se défini réellement laique il se doit d'imposer et d'afficher en CLAIRE et NETTE la séparation du religieux à l'état sinon notre pays risque dans un future proche de se transformer en une seconde SOMALIE de d'Afrique au Mali l'état et les hommes politique et intellectuels ont lachement laissé l'islam s'accaparer du monopole de tous les domaines de l'éducation et meme jusqu'à la diplomatie internationale.pour l'avenir et la survie du Mali il faudrait qu'on soit clair l'identité du Malien ne doit pas se définir par l'islam Vive le Mali Laique et Africain
anti
anti 14 ans
Mr Thiam, c'est toujours un plaisir de vous lire. Les remarques de votre intellectuel ne sont pas illégitimes et elles méritaient réponse. Le problème est que là où l' Etat est faible (voire corrompu jusqu'à l'os) ne peut y exister/résister une conscience citoyenne. Les exemples pilulent même en Europe (sud de l' UE), bien sur avec des conséquences moins dramatiques. Ici, le problème est plus complexe d'une part à cause de la corruption et d'autre part à cause de la religion et des ethnies. Le jour où le citoyen malien sera citoyen tout simplement avant d' être touareg, peulh etc et il mettra la Constitution au dessus des croyances religieuses, le jour où ce citoyen respectera ses obligations et exigera ses droits, ce jour-là le Mali sera un pays fort.
Ousmane Maiga
Ousmane Maiga 14 ans
Après plusieurs exercices pour saisir la différence entre un putsch et une rébellion, j'arrive à la conclusion qu'il y'a deux poids deux mesures. Le premier a pris les armes pour une raison fallacieuse comme le deuxième. Les traitements diffèrent. Un mandat d'arrêt national et international est lancé contre le premier et le second a droit à tous les honneurs. Je me demande dans qu'elle monde nous vivons.
Angaran 14 ans
Je suis du meme bord que toi, mais, comme dit l'adage: attendons de voir comment tout cela va se terminer!
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