Alain Achcar est –il au dessus de la loi ?

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    Les deux avions de sa compagnie aérienne, dénommée « Mali Air Express » sont, de l’avis même de ses techniciens, mal en point. Faute d’entretien. Mais ils continuent de voler, au nez et à la barbe de la Direction Nationale de l’Aéronautique Civile, sans que celle –ci y mette le holà. Les licenciements, jugés arbitraires, se poursuivent, tant à la SODEMA, son Usine de savon, qu’au sein de sa compagnie aérienne. Sans droits et, pire, sans le paiement des arriérés de salaires. Même au sein de l’appareil judiciaire, l’homme apparaît comme un intouchable : il a réussi, avec la complicité de certains « magostrat », tapis dans les dédales de la cour suprême, à faire rejuger, une décision sans appel, rendue par les Sections Réunies de la Cour suprême. La liste est, pourtant, loin d’être exhaustive.

    « Les maliens sont des fainéants ! », aurait lancé, récemment, Alain Achcar, à ses travailleurs de l’aéroport dans un excès de colère. Avant d’ajouter : « vous n’êtes que des malheureux, que je paie gratuitement. Pensez –vous que ce sont vos pères, qui m’ont donné mon argent ? ».

    Ces témoignages, pour le moins insultants, qui nous ont été rapportés par ses employés sont, dit –on, monnaie courante. Un technicien de sa compagnie aérienne aurait, selon ses propres mots, été un jour traité de « Batard », par son tout –puissant patron.

    Son frère aîné, Gérard Achcar, n’avait –il pas –du moins si l’on en croit l’ex –directeur général des Grands Moulins du Mali –dit que « les maliens sont comme des chiens, qui se ruent sur les os qu’on leur jette ». Entendez par « os », les pôts de vin.

    L’homme, qui se bombe la poitrine d’être dans les bonnes grâces du régime, semble régner en maître sur l’appareil d’Etat. Il se comporte, au sein de l’Administration, comme un Eléphant dans un magasin de porcelaine. Personne ne lui résiste. Il tient les maliens par les cordons de la bourse. Et l’appareil d’Etat, par les couilles. Excusez du peu ! Le cas le plus flagrant est celui de la cour suprême.

    Au sein de cette prestigieuse institution, il a réussi la prouesse de faire rejuger –une décision des Sections Réunies de la cour suprême, rendue le 19 juillet 2001, après douze ans de marathon judiciaire.

    Alain Achcar tient l’appareil d’Etat par les couilles

    Ce contentieux, opposant l’Etat malien à Alain Achcar, au sujet d’un titre foncier de l’ex –SOMIEX vendu à la SOMAFAM à l’issue d’un appel d’offres auquel il a échoué, est à sa dix –septième année, toujours pendante devant les tribunaux. Après avoir vu sa requête rejetée, à trois reprises par la Section administrative de la Cour suprême, Alain Achcar a porté l’affaire –avec la complicité de certains « magostrats » -devant les sections Réunies de la Cour. Elles rejettent sa requête, à la majorité. C’était le 19 juillet 2001.

    Cette décision, au regard de la loi portant fonctionnement de la Cour suprême, est sans appel. L’article 144 de cette loi stipule que : « les décisions des sections Réunies s’imposent à toutes les juridictions ». En clair, après ce verdict, aucun autre pourvoi n’est possible. Encore moins, un rabat d’arrêt. Ce contentieux paraît, dès lors, clos.

    Mais c’était sans compter avec la complicité de la « Magostrature ». Nommée, il y a quelques mois, à la tête de la Cour suprême, Mme Diallo Kaïta Kayentao, vient de remettre le couvert. La requête, déposée le 6 août 2001 par Alain Achcar pour le rabat de cet arrêt –rappelons –le, sans appel –vient d’être remise sur le tapis. La première audience, prévue pour le 6 novembre dernier, a été reportée au 4 décembre prochain. La montagne va-t-elle accoucher d’un Eléphant ? Une petite anecdote : à l’audience du 19 juillet 2001, Mme Diallo Kaïta Kayentao, rapporteur des Sections Réunies en sa qualité de Présidente de la Section judiciaire de la Cour suprême, était l’un des rares membres des sept magistrats, composant ces Section Réunies, à s’opposer à la décision de ses collègues. Pourquoi ? Mystère et boule de gomme. Dans une lettre confidentielle, adressée au Président de la Cour suprême d’alors, M’Barakou Askia Touré, par le contentieux du gouvernement, on peut lire : « les incessantes procédures judiciaires, intentées abusivement depuis 1989, par Alain Achcar contre l’Etat, sont justifiées par le soutien avéré, dont ils dispose auprès des juges judiciaires, devant qui il a toujours gagné ses procès ».

    Autre exemple, attestant l’omnipotence d’Alain Achcar : ses avions, jugés mal en point, qui continuent de voler sous le nez de la Direction Nationale de l’Aéronautique civile. Avec tous les risques que cela comporte pour les passagers. Qu’attend t –elle pour les clouer au sol ?

    « C’est plus facile à dire qu’à faire ! », nous rétorque un ingénieur de la Tour de contrôle de l’Aéroport de Bamako. Et pourtant, un employé de la Compagnie Mali Air Express assure que : « Cette compagnie ne doit même pas exister. Parce qu’elle ne respecte aucune norme, administrative, et technique fiables ». Ici comme à l’usine, les licenciements, jugés arbitraires, ont pignon sur rue. « Allez –y vous plaindre là où vous voulez. Je vous paie rien ! », aurait –il dit, récemment, aux techniciens licenciés. Convoqué à plusieurs reprises à l’Inspection du Travail, Alain Achcar a préféré se faire représenter par son chef du personnel. Mais dès le lendemain, c’est-à-dire le 16 novembre dernier, nous recevons le coup de fil d’un Inspecteur du travail, en ces termes : « Alain Achcar vient de nous téléphoner, pour nous signifier qu’il ne paiera pas un rotin à ses travailleurs licenciés ».

    Rideau ! Serait –on tenté de dire.

    Alors question : Alain Achcar est –il au dessus de la loi ?

    Son amitié, comme il le dit lui –même, avec la famille Présidentielle lui donne t –il le droit de piétiner les lois de la République ?

    Le moins que l’on puisse taire, c’est que si tous les maliens sont égaux devant la loi, certains sont plus égaux que d’autres. Un mauvais présage, dans un Etat, dit de droit.

                                                                                        Le Mollah Omar

     

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