Chronique : Les temps sont durs

«Changer nos maux en mots pour les soigner avec des mots». Cette célèbre formule du regretté Président Amadou Toumani Touré résonne aujourd'hui avec une gravité sans précédent au cœur de nos cités.

20 Juil 2026 - 08:11
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Chronique : Les temps sont durs

Sous le poids conjugué d’une crise multidimensionnelle et d’une météo étouffante, l’espace public et domestique malien traverse une mutation invisible mais profonde. Ce diagnostic clinique de notre quotidien, loin d’être un réquisitoire stérile, se veut une alerte patriotique et humaine mobilisant la sociologie des organisations et l'anthropologie urbaine. Entre la dégradation de l’hygiène sur nos marchés, l’anarchie de la spéculation économique et le stress permanent des coupures d'électricité, c'est le ciment même de notre cohésion sociale qui se fissure sous nos yeux, altérant les fondements du vivre-ensemble malien.

Le reflet que renvoie l’observation de nos marchés et de nos quartiers est direct et douloureux. Durant l'hivernage, les rues impraticables, submergées par des eaux stagnantes et une boue fétide, se doublent du spectacle désolant de nos ordures omniprésentes, de ces poubelles éventrées au coin des concessions et de ces dépôts anarchiques qui transforment la moindre décharge publique en une montagne d'immondices à ciel ouvert. Cet environnement saturé de détritus à nettoyer d'urgence n'altère pas seulement la fluidité de la circulation ; il dégrade le rapport anthropologique à la nourriture et à la sacralité du corps. De quoi alerter nos ingénieurs en hygiène et santé publique. Vendre la viande à l’air libre, exposée aux mouches et aux miasmes de ces décharges improvisées, distribuer des sachets d'eau fraîche pour 25frs et acheter du coup des bactéries ingurgitées sans savoir ou stocker le pain quotidien dans des boutiques de quartier à la salubrité précaire et douteuse, relève d’une forme d’accoutumance au risque sanitaire dictée par l’impératif de survie. Sur le plan sociologique, cette tolérance à l’insalubrité et la défaillance de la salubrité publique traduisent une rupture de l'ordre collectif : l'alimentation, qui devrait être le lieu de la pureté et de la communion, devient un vecteur d'anxiété invisible pour des populations abandonnées à la promiscuité des déchets et à un repas singulier par jour.

Cette tension se cristallise tragiquement autour de la vérité des prix des produits agricoles pourtant subventionnés par l'État. Les mécanismes d’aide publique, conçus pour soulager le panier de la ménagère, sont systématiquement détournés par une chaîne de prédation économique : grossistes gourmands, revendeurs détaillants véreux et surtout coxeurs rapaces. Ces intermédiaires parasitaires orchestrent une spéculation artificielle qui s'apparente à une véritable rapine de rue. En sociologie économique, on assiste à la faillite de l'économie morale : le marché n'est plus régulé par le respect mutuel ou la solidarité communautaire, mais par un rapport de force cynique. Face à des clients aux ventres creux, des êtres frêles et chétifs au corps éprouvé par la faim, la quête du profit immédiat des spéculateurs de carburant l'emporte sur l'éthique de la communauté des consommateurs, accentuant la pauvreté et la morosité générale.

Ce climat de détresse matérielle est exacerbé par une crise infrastructurelle majeure qui paralyse la vie domestique. Les coupures d'eau et d'électricité à longue durée, devenues constantes, régulières et quasi permanentes, plongent les foyers dans une obscurité physique et psychologique. Une vraie détresse humaine. Sous cette chaleur accablante, le manque de sommeil à cause des heures de longue connexion et le stress hydrique saturent les nerfs, se déversant directement dans une circulation routière agressive et inconfortable. Conduire sereinement pour sauver des vies devient un défi quotidien sur des axes saturés où l'asphalte tue en silence.

Les conséquences de cette violence urbaine et de la misère ambiante touchent au cœur de la structure démographique. Le décès précoce des jeunes soutiens de famille dans des accidents ou par épuisement, combiné au rappel prématuré à Dieu de parents âgés faute de moyens pour l'entretien des personnes âgées, brise le modèle anthropologique du contrat intergénérationnel

Privées de leurs piliers économiques, les cellules familiales s'effondrent sous le poids de la précarité. Les traumatismes invisibles d'une guerre asymétrique, dont les relents psychologiques s'invitent sournoisement jusque dans les concessions, finissent par saturer l'intimité des foyers. La pauvreté chronique, l'insalubrité urbaine et le chaos des services de base ont ainsi inoculé un poison subtil au sein de la société : la méfiance généralisée. Dans les salons et les cours communes, tout le monde se méfie désormais de tout le monde, comme si la détresse économique et l'abandon matériel avaient fini par consumer l'amour, la bienveillance et la fraternité humaine qui caractérisaient historiquement les concitoyens maliens. Pour préserver les fonctions familiales, restaurer la salubrité de notre cadre de vie et raviver l'espoir, il devient urgent de provoquer un grand sursaut national face à cette décohésion qui menace l'âme même de notre nation.

KML

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Commentaires (32)

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Kinguiranke
Kinguiranke 3 mois
France: Monique Barbut reste finalement ministre de la Transition écologique La ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, a annoncé mercredi 22 juillet 2026 qu’elle « présenterai[t] » sa « démission au président de la République aujourd’hui », après l’adoption définitive par le Parlement d’une mesure controversée sur les pesticides à laquelle elle s’opposait, dans le cadre de la loi d'urgence agricole. Emmanuel Macron « ne l'a pas acceptée », et elle a décidé de « poursuivre sa mission à la demande » du président « qui l'a assurée de son soutien », a annoncé son cabinet à l'AFP.
KINGUIBATARD
KINGUIBATARD 3 mois
MOI, A TA PLACE KINGUI JE FERMERAI MA BOUCHE ET J'ENVERRAI UN COURRIER DE PROTESTATION A MALIWEBB AFIN QU'ILS ARRÊTENT DE PUBLIER CE GENRE DE PHOTO QUI MONTRE ENCORE UNE FOIS LA DÉCHÉANCE DE TON PAYS "RICHE ET PROSPÈRE". MALI SARA BOTI BANA
Kinguiranke
Kinguiranke 3 mois
Coulibaly Yacouba, la panier de ta menagere est toujours vide! Mais souviens-toi de ce que le president Kennedy a l'habitude dire: au lieu de demander qu'est ce que mon gouvernement fait pour moi, demandes-toi qu'est ce que je fais pour ton pays!
Kinguiranke
Kinguiranke 3 mois
Coulibaly Yacouba, ton peuple Malien crie trop, il faut travailler et ne pas croire que c'est le gouvernement qui doit ou peut faire tout pour tout le monde ou comme on le dit en Bambara: kon sogo molen te bin i da kon ko kungo be ila'
Coulibaly Yacouba
Coulibaly Yacouba 3 mois
Nos autorités sont inaudibles aux cris du peuple malien, cela aura pour conséquence la déchéance de la société malienne très prochainement. Aucune frange de notre société n'est satisfaite en terme de traitement matériel et financier, tout l'argent du pays est entre les mains des hommes du pouvoir dans l'attelage ministériel.
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