GOONGA TAN : Quand les intrus font la loi : chronique d'une profession assiégée

31 Jan 2026 - 01:46
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GOONGA TAN : Quand les intrus font la loi : chronique d'une profession assiégée
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GOONGA TAN : Quand les intrus font la loi : chronique d'une profession assiégée

Dans l'affaire du " marabout" Sinayoko devin occasionnel devenu faux prédicateur confondu à l'occasion de la CAN (elle même devenue "historique" pour moult raisons), ce qui frappe aussi c'est la disparition programmée des journalistes. Qui ont prêté leur micro et leur plateau à celui qui apparaît désormais comme un suspecté d'"escroquerie" et qui médite son sort, en attendant son jugement. J'ai énormément lu sur le cas Sinayoko et moins sur les parasites qui lui ont servi de relais pour appâter.

l arrive parfois qu'un texte, lu presque par hasard, vous saisisse à la gorge. Non par la nouveauté de ce qu'il révèle, mais par la violence de sa familiarité. La chronique de notre confrère Abdoulaye Diallo, parue dans Le Soleil du Sénégal, appartient à cette catégorie rare d'écrits qui dépassent leur cadre national pour devenir un miroir tendu à toute une profession en perdition. En la lisant, l'on a cette impression étrange et douloureuse que le Sénégal n'est qu'un chapitre de plus dans une tragédie plus vaste : celle du naufrage du journalisme africain sous les coups conjugués de l'intrusion.et de la complaisance collective.

Ce que décrit Abdoulaye Diallo à Dakar, nous le vivons, presque à l'identique, à Bamako. Les noms changent, les accents varient, mais le scénario est rigoureusement le même : des individus sans formation, sans culture professionnelle, sans rigueur intellectuelle, propulsés au rang de faiseurs d'opinion, pendant que les journalistes, les vrais, ravalent leur dignité et encaissent les humiliations.

De l'exception tolérée à la norme imposée

Au départ, l'intrus amuse. Il dérange même parfois, mais il attire. Il fait de l'audience. Il "parle vrai", dit-on. On le tolère donc, on l'invite, on l'installe sur les plateaux, souvent au nom de cette paresseuse excuse : "il faut bien suivre l'air du temps". Peu à peu, l'exception devient règle. L'accident se transforme en système.

Le cas d'Abdou Nguer, tel que relaté par Abdoulaye Diallo, est emblématique. Longtemps applaudi tant qu'il frappait l'adversaire politique désigné, il a fini par croire à sa propre légende. Le jour où il s'autorise à dire à des journalistes professionnels : "Prenez vos micros et partez. C'est avec mes vidéos qu'on paie vos salaires", ce n'est pas seulement un dérapage individuel. C'est l'aveu d'un renversement de hiérarchie. L'usurpateur ne demande plus sa place : il la revendique, il la dicte, il l'impose.

Et comment pourrait-il en être autrement, quand la profession elle-même a renoncé à se défendre ?

Le Mali : même dérive, mêmes dégâts

Au Mali, cette tragédie est devenue banale. Les activistes de tous poils ont envahi l'espace médiatique comme on envahit une maison abandonnée. Ils commentent tout : la guerre, la diplomatie, l'économie, la sécurité, l'histoire. Ils savent tout, expliquent tout, tranchent tout. Et malheur au journaliste qui ose rappeler les faits, les nuances, les zones grises. Il est aussitôt traité de vendu, de traître, d'agent de l'étranger.

Nous avons vu des journalistes chevronnés se faire insulter en direct par des individus incapables d'aligner trois phrases sans invective. Nous avons vu des rédactions ouvrir leurs portes à des "influenceurs" analphabètes, simplement parce qu'ils font du bruit sur les réseaux sociaux. Nous avons vu, surtout, le silence assourdissant de la corporation, incapable d'une réaction collective digne de ce nom.

Un doyen sénégalais cité par Abdoulaye Diallo résume cruellement la situation : "Nous sommes l'un des rares pays au monde où quelqu'un qui ne sait ni lire ni écrire peut être invité pour analyser l'actualité politique et économique". Cette phrase pourrait être prononcée mot pour mot à Bamako.

Les réseaux sociaux : la prophétie d'Umberto Eco

Rien de tout cela n'est arrivé par hasard. Un grand penseur italien, Umberto Eco, nous avait pourtant prévenus : "Les réseaux sociaux ont donné la parole à une légion d'imbéciles qui auparavant parlaient seulement au bar, après un verre de vin, sans nuire à la collectivité". Aujourd'hui, cette légion ne se contente plus de parler. Elle accuse, juge, condamne et influence.

Le drame, ce n'est pas que ces voix existent. Une démocratie peut absorber le bruit. Le drame, c'est que les médias traditionnels, au lieu de jouer leur rôle de filtre, d' hiérarchisation et de pédagogie, ont ouvert grand les vannes.

Pire : ils ont parfois fait de ces voix leur fonds de commerce, sacrifiant l'éthique sur l'autel de l'audience.

L'autre dimension, plus inquiétante encore, est la récupération. Cette instrumentalisation n'est pas propre au Sénégal. Elle est devenue une pratique courante en Afrique de l'ouest. Les activistes servent de paratonnerres, de chiens de garde, de porte-voix brutaux. Ils salissent, attaquent. Soyons cependant  honnêtes : l'activisme, comme tant d'autres, n'est pas la cause du mal. Il en est le symptôme. Le vrai problème, c'est l'effondrement des digues professionnelles. C'est l'absence de régulation interne crédible. C'est la faiblesse  de ceux qui savent,  mais se taisent. C'est la résignation de ceux qui n'y croient plus.

Le journalisme ne peut survivre sans exigence, sans formation, sans règles claires. Un métier où tout le monde peut entrer sans rien apprendre est un métier déjà mort. La question n'est donc plus de savoir qui est journaliste et qui ne l'est pas, mais de se demander si nous avons encore le courage de défendre ce que ce mot signifie. Car à ce rythme, ce ne sont plus seulement les intrus qui dicteront la loi. Ce sera le chaos informationnel érigé en norme, et la disparition définitive d'un métier qui fut, autrefois, l'un des derniers remparts contre la déraison.

                                                            

Dicko Seidina Oumar Journaliste- Historien- Écrivain

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Commentaires (6)

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Kinguiranke
Kinguiranke 9 mois
Seydina Omar je te demande de mettre un peu d'eau dans ton the vert!
Kinguiranke
Kinguiranke 9 mois
@sangare tu dois être honnête si tu le peux et reconnaître que c'est ta democratie made-in France a la Baule avec des leaders farfelus comme Alpha Omar Konaré, Mountaga Tall, Tieblen Drame, Modibo Sidibe, Moussa Joseph, Poulho, ABD, Omar Mariko, Hubert Coulibaly, Choguel Maiga, etc. etc qui a corrompu tout avec-- les fonctionnaires milliardaires, --les entrees a l'EMIA par la fenêtre---le partage du Gateau-Mali, --la famille d'abord et les amis après--- et qui est a la base de toute cette situation horrible au Mali sans professionalisme, sans scrupules, sans éthiques, sans morale et sans deontologie!
Kinguiranke
Kinguiranke 9 mois
Un jour le President Aristide nous disait en bon creole: Analfabet pas bet. Le doyen Abdoulaye Diallo doit le savoir que lire et écrire ne font pas de quelqu'un un dieu qui sait analyser les choses. Nous comprenons la situation entre journalistes et non journaliste qui est devenue tres difficile comme des journalistes de la ORTM le disaient publiquement il y a quelques mois mais souvenons-nous aussi que le journalisme végétatif sans éthiques et sans deontologie ne sous la democratie comme pratique au Mali a mis ce metier a terre tout comme la democratisation de la corruption au Mali qui a tue la democratie elle-meme! Les video-men végétatifs comme Ras Bath, Boubou Mabel, Amara Sylla, Guide Ladjo, etc. copient les journalistes végétatifs comme Youssouf Sissoko, Chiaka Doumbia, AH Haidara, Alexis, etc, etc.
sangare
sangare 9 mois
Dans toute profession,c'est la CRÉDIBILITÉ qui chasse les intrus. QUAND ON A DÉCIDÉ DE DÉFENDRE LES USURPATEURS ALORS QUE LA LOI FONDAMENTALE CRIMINALISE LE COUP D'ETAT, ON PENSE FAIRE MIEUX QUE CET INCULTE QUI ARRIVE À ATTIRER SES SEMBLABLES PAR LA BONNE PAROLE? La CRÉDIBILITÉ d'un journaliste est établie quand il ne choisit pas son camp,analyse en fonction de son expertise et de son expérience. Il peut faire une mauvaise analyse, mais n'est jamais orienté à faire l'éloge d'un camp. Très peu de journalistes maliens ont décidé d'être CRÉDIBLES. Les DRABO,ADAM THIAM,SADOU HAIDARA...sont très peu dans le monde journaliste malien. Par contre ce sont les CHAHANA TAKIOU c'est-à-dire ceux qui ont décidé de défendre un camp qui sont majoritaires. LES JOURNALISTES SONT MAJORITAIREMENT DEVENUS DES MERCENAIRES. Dans cet environnement nauséabond,on est étonné que les intrus fassent la loi!!!
Fanga
Fanga 9 mois
"Un doyen sénégalais cité par Abdoulaye Diallo résume cruellement la situation : "Nous sommes l'un des rares pays au monde où quelqu'un qui ne sait ni lire ni écrire peut être invité pour analyser l'actualité politique et économique". / Seidina Oumar Dicko, le contexte culturel malien et africain est différent de celui de la France et de l'Occident qui nous ont colonisés. La lecture et l'écriture n'ont jamais en Afrique eu une importance similaire à celle qu'elles ont en Occident. L'Afrique est une vieille terre de tradition et de transmission orales des idées. Les journalistes qui savent lire et écrire ont, par rapport au reste de la population africaine, seulement fréquenté l'école occidentale. Les journalistes lettrés ne savent pas forcément mieux que les autres analyser de façon pertinente l'actualité politique et économique de l'Afrique. Ils savent, en revanche, mieux singer le maître blanc dont ils propagent à longueur de journée les idées. / En Afrique, il est très souvent plus enrichissant d'écouter un homme de la parole, un jeli, un traditionniste qui ne sait pas lire et écrire que d'écouter ou de lire un journaliste ou un lettré d'une autre corporation dérivée du modèle occidental. Pour rien au monde, je ne renoncerai à un enregistrement audio d'un jeli ou d'un sage illettré malien contre un écrit d'un journaliste ou d'un "intellectuel" africain. / La vérité est que le niveau, la déontologie et le sérieux de beaucoup de journalistes maliens posent problème. C'est d'ailleurs un phénomène qui n'est pas propre au Mali et à l'Afrique. Ça se vérifie aussi en France et en Europe. Le concept récent de "terro-journaliste" n'est vraiment pas une idée farfelue. Heureusement qu'il y a les réseaux sociaux et les "influenceurs" qui ne savent pas lire et écrire pour révolutionner la vie des idées au Mali et en Afrique.
Bilout
Bilout 9 mois
Tu as raison l'enculé, et cela s'applique à toi le négro russe
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