GOONGAN TAN : Influenceur un jour, justiciable toujours

Il est des hommes qui ne marchent pas : ils entrent en scène. Mamadou Hawa Gassama appartient à cette catégorie rare de personnages qui parlent comme d'autres respirent : abondamment, bruyamment, théâtralement.

14 Fév 2026 - 02:04
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GOONGAN TAN : Influenceur un jour, justiciable toujours

Verbe haut, port altier, gestuelle ample, franglais savamment désordonné, ou charabia talentueux selon l'école, il aura incarné pendant des années cette figure désormais familière : l'activiste omnidirectionnel, capable de tirer sur tout ce qui gravite autour de sa sphère de compréhension, tout en caressant du poil les puissants d'hier, d'avant-hier et parfois d'aujourd'hui.

In orchestre à lui tout seul. Tambour contre les adversaires, violon pour les alliés, trompette pour lui-même. Mais voilà : la scène numérique n'est pas un théâtre sans murs. Et le rideau, de temps en temps, tombe brutalement.

Son arrestation à Abidjan, sa longue détention, puis sa condamnation pour offense au chef de l'État ivoirien ont agité deux pays pendant des mois. Les réseaux sociaux, eux, ont vibré comme des djembés un soir de fête : approbation de ses démêlés,  indignations, sarcasmes, soutiens bruyants, silences prudents. Les uns criaient au martyr, les autres invoquaient la loi. Entre les deux, une vérité simple et têtue : la parole publique n'est jamais sans conséquences.

Loin de moi l'idée de me gausser des déboires d'un chef de famille. Car derrière le tribun numérique, il y a un homme. Derrière l'activiste, il y a un père, un frère,  un fils. Et derrière les éclats de voix, il y a parfois des larmes. Celles qui ont coulé à sa sortie ne semblaient pas être celles de l'indignation blessée ; elles portaient aussi la fatigue d'une épreuve prolongée, le poids d'un stress qu'aucun direct Facebook ne peut alléger.

Mais si l'émotion appelle le respect, l'analyse appelle la lucidité. Car l'affaire Gassama n'est pas qu'une péripétie individuelle. Elle est un cas d'école pour tous ceux qui entrent par effraction dans le métier noble de l'information : activistes improvisés, vidéastes en roue libre, chroniqueurs autoproclamés, débatteurs impénitents qui confondent viralité et vérité, volume sonore et hauteur morale.

La première leçon est juridique. Internet n'est pas un pays. Ce n'est ni une république autonome ni une jungle sans loi. Chaque État conserve sa souveraineté, ses textes, ses lignes rouges. L'illusion numérique consiste à croire que le micro donne l'immunité. Or le micro amplifie y compris les conséquences.

La deuxième leçon est diplomatique. Dans un contexte régional déjà fragile, où les relations entre États oscillent entre tension et pragmatisme, chaque parole publique peut devenir un projectile. Ce qui est dit pour galvaniser une audience locale peut résonner comme une provocation ailleurs. Le nationalisme numérique est souvent une imprudence transfrontalière.

La troisième leçon est morale et elle est plus délicate. Il est toujours plus aisé de tourner en dérision ceux qui ne suivent pas " la direction de ton regard ". L'ironie est confortable quand elle vise les autres. Elle l'est moins quand elle se retourne contre son auteur. Le Coran, que Gassama invoque, volontiers dans ses envolées, sans grand talent d'ailleurs, met en garde contre la moquerie, la calomnie et l'humiliation publique. La cohérence est une vertu exigeante : elle ne se proclame pas, elle se pratique.

Cela dit, il faut saluer ce qui mérite de l'être. Je salue la libération de Mamadou Hawa Gassama qui ne fut pas un simple geste administratif. Elle a porté, sans nul doute, la marque d'une diplomatie souterraine, patiente et silencieuse, crlle de la diaspora malienne en Côte d'Ivoire, loin des claviers enflammés, a joué aussi des leviers discrets. Des religieux ont usé de leur autorité morale pour apaiser. Des artistes établis sur les rives de la Lagune Ébrié ont murmuré là où d'autres criaient. Des voix ivoiriennes influentes ont plaidé la modération. Et les autorités ivoiriennes, en accordant leur mansuétude, ont choisi la voie de l'apaisement plutôt que celle de la rigidité. Ce n'est pas rien ! Dans un monde saturé de déclarations fracassantes, le vrai pouvoir est parfois celui qui ne s'affiche pas. Les réseaux sociaux fabriquent des héros en quelques heures ; la diplomatie, elle, travaille dans l'ombre pendant des mois. Que reste-t-il, alors, de cette séquence ? Pour Gassama, peut-être l'occasion d'un recentrage. Le tribun gagne à découvrir que l'écho n'est pas toujours un allié. Que la popularité n'est pas une armure. Que l'applaudissement virtuel ne protège pas du juge réel. S'il en a fini avec cette posture consistant à ridiculiser sans nécessité ceux qui divergent d'avec lui, alors l'épreuve n'aura pas été vaine.

Pour ses ouailles et semblables, ces activistes persuadés que la caméra est un bouclier et que l'indignation suffit à gouverner, le message est clair : la liberté d'expression est un droit précieux, mais elle n'est ni absolue ni détachée du contexte. L'outrance permanente n'est pas une stratégie. Et la provocation systématique finit par provoquer autre chose que des clics. Pour nos sociétés enfin, l'affaire rappelle que l'espace public numérique exige une maturité collective. On peut contester sans insulter. On peut critiquer sans mépriser. On peut s'opposer sans déshumaniser. Le courage n'est pas dans le volume de la voix, mais dans la solidité de l'argument.

J'insiste sur une chose, ma sortie actuelle n'est pas une tentative

d'appeler au silence. Il s'agit d'appeler à la mesure. Car la parole est une arme à double tranchant : elle élève ou elle expose. Elle construit ou elle fragilise. Elle rassemble ou elle isole.Et au terme de cette traversée, une sagesse ancienne de chez nous s'impose : "Quand on crache en l'air, cela retombe toujours sur son visage."

À l'ère des directs et des partages instantanés, cet adage vaut plus que jamais son pesant d'or. La viralité passe. La responsabilité demeure.

                                                           

DICKO  Seidina Oumar

 Journaliste - Historien – Écrivain

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Commentaires (6)

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Kinguiranke
Kinguiranke 8 mois
Seydina Omar Dicko on ne tire pas a boulets rouges sur un homme comme Gassama qui a tout gagne sauf par la haine et la jalousie envers les Champions. Tu es une honte et une indignation totale!
Kinguiranke
Kinguiranke 8 mois
@sangare tu peux demander a ton ami Seydina Omar Dicko ce qu'Alpha Omar Konaré lui a fait en France avec sa famille, car il semble avoir oublie cas acts ignobles contre lui et sa famille! Nous ne sommes pas historiens comme lui mais avons une memoire solide!
Kinguiranke
Kinguiranke 8 mois
Seydina Omar Dicko et sangare tout ça pour ça? Il faut reconnaitre que Gassama a paye le prix de la verite. Nous savons tous que le Voltaique Alassane Dramane Ouattara est cite dans la tentative de coup d' etat de Damiba au Burkina Faso et implique dans les attaques mercenaires recentes a Niamey et au Mali nous avions arrete 49 mercenaires Ivoiriens a Bamako qui etaient envoyes par le Voltaique Alassane Dramane Ouattara. Rendez a Gassama toute sa verite si vous etes des fils de vos peres! Tout le monde sait que Ouattara est a l' oeuvre pour destabiliser les pays de la Confederation de l'AES afin de safisfaire ses maitres a Paris. Gassama va continuer a le denoncer haut et fort. Vous êtes deux Malankolon denw ani Fasomandju denw
sangare
sangare 8 mois
Gassama n'est il pas à l'image des tenants actuels du pouvoir? "La responsabilité demeure"!!! QUAND ON DIRIGE UN ÉTAT, LES QUERELLES ENTRE PERSONNE SONT NÉGLIGÉES AFIN DE DÉFENDRE L'INTÉRÊT GÉNÉRAL. Les tenants du pouvoir ont la responsabilité énorme de défendre l'intérêt supérieur de la nation. Considérer ALASSANE OUATARA comme un ennemi alors que son pays est la PREMIÈRE PUISSANCE ÉCONOMIQUE DE L'UEMOA, la destination préférée des maliens dans la sous région, même en Afrique, c'est être IRRESPONSABLE. On ne défend pas le Mali en s'éloignant de la côte d'ivoire au seul prétexte que son président est l'allié de la France. GASSAMA a osé insulter ALASSANE OUATARA dans le cadre de l'atmosphère délétère créée par les puschistes. Le président ivoirien, très proche des maliens car sa famille était installée au Mali pendant les périodes où sa vie était menacée par GBAGBO,a voulu un REPRÉSENTANT DU PEUPLE MALIEN au sommet de l'Etat du Mali. Pour avoir exigé le respect de la durée de la transition, il a été accusé de faire le jeu de la France. IL N'A FAIT QUE DÉROULER LES ACTES DU MALI D'ALPHA OUMAR KONARE DANS LES ANNÉES 1990. ALPHA OUMAR KONARE s'est opposé aux coups d'Etat en Afrique, a même mobilisé l'armée malienne contre les USURPATEURS, à la succession D'EYADEMA par son fils pourtant défendu par la France et BONGO quand il dirigeait la commission de l' U.A. Il n'était pas contre le fils, mais pour le respect des principes démocratiques. Ça a certainement permis ,quelques années après ,au fils BONGO de ne pas suivre le chemin du fils EYADEMA c'est à dire permettre au président de l'assemblée nationale ou du sénat de conduire la transition comme prévu par la loi fondamentale. ALASSANE OUATARA N'A FAIT QU'EXIGER LE RESPECT DES PRINCIPES DÉMOCRATIQUES. Autrement dit ALASSANE OUATARA a défendu les maliens contre les USURPATEURS. Il a voulu que les maliens élisent leurs représentants contre des USURPATEURS qui s'imposent afin de continuer à bénéficier frauduleusement des deniers publics. Il est l'allié des maliens contre les puchistes. Gassama incarne l'attitude irresponsable d'ASSIMI GOITA et ses camarades au sommet de l'Etat du Mali. C'est une page honteuse de l'histoire de notre pays à l'image des décennies des officiers subalternes du 19 novembre 1968.
Citoyen malien
Citoyen malien 8 mois
Kinguiranke, donc le Mali est dans un gouffre !!!! Voilà un aveux étonnant …
Kinguiranke
Kinguiranke 8 mois
Tu es une honte et une indignation totale! Alpha Omar Konare a ete l' un des mediocre faible et corrompu president dans l" histoire du Mali! C' est lui qui a desarme nos FAMA et a mis le Mali dans le gouffre ou nous sommes encore!
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