Société : Protéger ceux qui nous informent

Informer, aujourd’hui au Mali, relève du courage : Risque physique, quand la violence s’abat sur celui qui témoigne. Risque psychologique, quand la peur, la fatigue et la solitude rongent lentement les consciences. Risque économique, enfin, quand la précarité devient l’arme la plus efficace pour faire taire.

25 Oct 2025 - 12:34
Mis à jour: 12 mois
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Société : Protéger ceux qui nous informent
T. Togola et Alexis Kalambry

Pourtant, protéger les journalistes, ce n’est pas défendre une corporation. C’est préserver le lien entre les citoyens et la vérité.

 La peur ordinaire :

Dans nos pays, la liberté d’informer s’use à force d’être attaquée et évitée. Les journalistes sont arrêtés pour un mot, menacés pour un titre, discrédités pour un article. Les textes de loi, souvent ambigus, permettent tout et son contraire. Ce flou sert les abus : il autorise la censure sans l’assumer, la répression sans la nommer.

Et quand la violence vient de ceux censés protéger, le courage devient une obligation. Dans plusieurs pays, les institutions qui devraient garantir la justice sont elles-mêmes la source de la peur. C’est le paradoxe le plus cruel : devoir demander protection à son agresseur. Beaucoup choisissent alors le mutisme, l’autocensure, le politiquement correct et la caisse à résonance par instinct de survie.

 La guerre de l’attention :

Le journalisme n’affronte plus seulement le pouvoir, mais aussi le vacarme. Sur les réseaux, les influenceurs dictent le ton, imposent les récits, parfois au service d’intérêts politiques ou économiques. Certains ont remplacé le travail par le spectacle, l’analyse par la provocation. Ils manipulent l’opinion avec une efficacité redoutable, pendant que les journalistes, eux, s’épuisent à vérifier, à douter, à corriger, à recouper, à contextualiser.

Cette concurrence déloyale érode la confiance du public, dévalorise la rigueur et confond la popularité avec la vérité. À long terme, elle détruit la fonction du journaliste : éclairer sans séduire, servir sans plaire, dire sans complaisance.

 La précarité organisée :

L’une des formes les plus insidieuses de violence contre la presse, c’est la pauvreté. Salaires aléatoires, contrats précaires, équipements vétustes : la fragilité économique des médias est devenue un outil de contrôle. Le pouvoir qui ne peut pas censurer achète, asphyxie ou décourage. Cette stratégie de l’épuisement fonctionne, car un journaliste qui ne peut plus vivre de son métier finit par s’autocensurer ou abandonner.

Pour rompre ce cercle, il faut un engagement politique clair : chaque État pourrait consacrer entre 0,5 % et 1 % indexé directement au budget national au développement des médias et à la liberté de la presse.

Non sous forme de subventions discrétionnaires ou clientélistes, mais dans un cadre transparent, équitable et durable. Investir dans les médias, c’est investir dans la stabilité. C’est refuser que la vérité dépende de la charité.

 Les défis du numérique et de l’intelligence artificielle :

Le digital a libéré la parole, mais il a aussi ouvert la porte à une ère d’illusions. Les fausses images, les voix clonées, les textes générés sans vérification brouillent la frontière entre le vrai et le faux. L’intelligence artificielle, sans encadrement, risque d’amplifier cette confusion. Et nos législations, figées dans un monde d’hier, peinent à suivre.

Il faut préparer les journalistes à ces nouveaux risques. La sécurité numérique, la vérification algorithmique, la protection des sources en ligne doivent devenir des réflexes professionnels.

Ces questions doivent être intégrées directement dans les programmes des écoles de journalisme et des métiers de l’information et faire l’objet de programme d’éducation aux médias et l’information pour les écoliers et les étudiants. Former à se protéger, à comprendre les logiques technologiques, c’est déjà défendre la liberté d’informer.

 Repenser les cadres de protection :

La région ne peut plus se contenter de plaidoyers symboliques. La Cédéao, affaiblie par les départs du Mali, du Burkina Faso et du Niger, n’a plus l’autorité morale pour garantir seule ce chantier. Mais l’Uémoa, encore capable de rassembler et de bâtir des cadres économiques partagés, peut devenir un levier crédible.

Un Fonds ouest-africain pour la liberté et la sécurité des journalistes, adossé à l’Uémoa, offrirait un socle commun pour financer la protection, la formation et la modernisation des rédactions indépendantes.

Parallèlement, les mécanismes d’autorégulation doivent être renforcés. Le Tribunal des pairs, lorsqu’il fonctionne avec indépendance et respect mutuel, reste l’outil le plus efficace pour prévenir les dérives professionnelles et éviter la récupération politique des fautes de la presse. Il faut le revitaliser, le faire connaître, le doter de moyens et lui redonner l’autorité morale que les institutions étatiques ont perdue.

À court, moyen et long terme :

À court terme, les journalistes doivent pouvoir signaler les menaces, être défendus et protégés sans attendre. Cela suppose des mécanismes d’urgence opérationnels dans chaque pays : assistance juridique, hébergement, soins, soutien psychologique.

À moyen terme, la presse doit retrouver sa dignité économique. Les États, les entreprises et les institutions régionales doivent cofinancer la sécurité des journalistes comme un service public essentiel, avec des règles claires de transparence et d’éligibilité.

À long terme, il faut rétablir la confiance entre médias, citoyens et institutions. Cela passe par la formation, l’intégrité de l’information, la rigueur, la vérité, mais aussi par une responsabilité assumée : celle de la presse elle-même. Une liberté sans discipline se détruit ; une discipline sans liberté étouffe. Il faut les deux, ensemble.

 Protéger, c’est reconstruire :

Informer ne devrait pas être un acte de bravoure comme malheureusement on le voit sous nos tropiques. Tant que le journaliste restera la cible la plus vulnérable du pouvoir, le bouc émissaire, aucune démocratie ne sera stable.

Protéger ceux qui informent, c’est refuser la banalisation de la peur. C’est faire le pari que la vérité, même fragile, vaut mieux que le silence solide.

Et dans cette bataille, chaque mot dit, chaque conscience debout, reste un acte de résistance.

Pour gagner la guerre informationnelle, il nous faut parler, il nous informer, il nous faut dire ce qui est.

 

T. Togola & A. Kalambry

Par Tidiani Togola, CEO Tuwindi & Alexis Kalambry, Directeur de Publication Mali Tribune

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Commentaires (9)

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Kinguiranke
Kinguiranke 12 mois
Ogoba: Sois honnête si tu le peux? Nous n'allons pas protéger des terro-journalistes et journalistes végétatifs comme Alexis Kalembery, Chiaka Doumbia, Ibrahim Ndiaye, Youssouf Sissoko. Boubou Sidibe, Koureichy Cisse, Ousmane Mahamane, etc. etc.
La chienne prostituée Kinguiranke
La chienne prostituée Kinguiranke 12 mois
@Kinguiranke: La chienne en chaleur prostituée des soldats de la junte putschiste c'est toi Miss Kinguiranke!!! Tu passes ton temps a insulter tout le monde comme un prostituée. Calme toi grande *ute!
Kinguiranke
Kinguiranke 12 mois
Ogoba, ton Macron a un pays sans budget, sans gouvernement stable avec 7000 entreprises fermées et une dette exterieure de 6000 euro a la seconde, alors c'est le Mali ou la France qui fait sa descente dans les enfers! Sois honnête si tu le peux? Nous n'allons pas protéger des terro-journalistes et journalistes végétatifs comme Alexis Kalembery, Chiaka Doumbia, Ibrahim Ndiaye, Youssouf Sissoko. Boubou Sidibe, Koureichy Cisse, Ousmane Mahamane, etc. etc.
La chienne prostituée Kinguiranke
La chienne prostituée Kinguiranke 12 mois
@Kinguiranke: La chienne en chaleur prostituée des soldats de la junte putschiste c'est toi Miss Kinguiranke!!! Tu passes ton temps a insulter tout le monde comme un prostituée. Calme toi grande *ute!
Fanga
Fanga 12 mois
Alexis Kalambry, le niveau général de la presse du Mali est malheureusement bas. Pire, elle est parfois antipatriotique. Des articles sont produits au Mali qui relèvent clairement du terro-journalisme. Une partie de la presse malienne est de connivence avec la presse publique et privée de la France coloniale pour terroriser les Maliens. Macron a demandé publiquement à sa presse de s'engager dans la guerre informationnelle contre le Mali, y compris en soutenant le terrorisme, et elle fait ce travail très bien pour défendre les intérêts coloniaux de la France. La presse du Mali, une partie de la presse du Mali, elle, démolit quotidiennement le travail et les action du gouvernement de son pays. Ce genre de presse de langue française n'a aucun avenir au Mali. / Ceux qui s'en sortiront dans notre pays, ce sont les journalistes patriotes qui ne se prostituent pas aux puissances étrangères, qui communiquent le résultat de leur travail journalistique en langues nationales maliennes et qui s'appuient sur les nouveaux outils de communication notamment à travers des productions audio-visuelles diffusées sur les plateformes en ligne. / L'Etat du Mali en guerre ne doit pas financer des vauriens avec l'argent public des pauvres contribuables. C'est une nouvelle génération de journalistes qui doit émerger au Mali. Cette profession a de l'avenir pour ceux qui sauront se positionner et s'adapter au changement nationaliste en cours au Mali et en Afrique. Ils seront soutenus, y compris financièrement, directement par le public lui-même, de l'intérieur et de la diaspora.
Ogoba
Ogoba 12 mois
Il est assez probable que, par les temps qui courent, Macron à bien d’autres choses à faire que de s’occuper du Mali, lequel poursuit sa descente aux enfers. Si l’information est indispensable, ne serait-ce, comme le disait le philosophe Gaston Bachelard, que pour sentir le monde tourner autour de nous, encore faut-il qu’elle soit fiable. La presse malien, quel que soit le support, est dans un état de liquéfaction avancé, dont il est assez facile de détecter les causes. Il n’est que de lire les remarques déposées sur ce site pour discerner à quel niveau on pioche l’information. On va ainsi du contributeur sérieux, qui a dû puiser à une source fiable, au crétin de service, abruti par la propagande de la junte encore au pouvoir. Entre les deux, c’est un abîme…
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