Solidarité et lutte contre l’exclusion : Les martyrs de la misère
« A y a di Alla ma !».
Visiblement excédé par cette plainte lancinante, l’homme fouille ses poches et jette une pièce de 50 Fcfa au jeune mendiant.
Peu après, celui-ci se précipite vers une autre voiture qui vient de s’arrêter à la pompe. Le temps de commencer sa litanie, jusqu’à ce que la voiture lui démarre sous le nez. Scène classique, devenue un rituel dans les moindres rues de Bamako. Il y a seulement une vingtaine d’années, la mendicité, était un phénomène presque isolé dans la capitale malienne. Aujourd’hui, il a évolué d’une manière vertigineuse, devenant un problème social des plus préoccupants. Les mendiants, tous les âges et sexes confondus, sont partout présents. Leurs lieux de prédilection demeurent les places religieuses (églises, mosquées), les pharmacies, la grande poste, les centres commerciaux et les alentours des hôpitaux. Même l’aéroport, situé à 15 km de Bamako, est régulièrement pris d’assaut par ces « soldats » en quête de leur suivie. La mendicité n’est plus un phénomène isolé. Elle est pratiquée par un important groupe social à Bamako.Naissance de la mendicité
La nouvelle forme de mendicité telle que pratiquée actuellement était inconnue, il y a quelques décennies. Il existait certes, une mendicité qui tire son origine de l’islam dont l’un des 5 piliers repose sur le principe de la « zakat » ou l’aumône rituelle. Ce commandement de l’islam, enjoint aux riches de donner aux pauvres, aux nantis d’être moins égoïstes et d’être charitables. La mendicité ne pouvait donc être perçue comme un fléau, mais bien, au contraire un souci d’égalité, de réduction des déséquilibres sociaux. C’est ainsi que, devant les quelques rares mosquées de la ville à l’époque, on ne pouvait voir mendier que des personnes d’un certain âge. A cette forme de mendicité, s’ajoutait une autre se réclamant elle aussi, de l’islam, des talibés ou Amoudos en (Peulh). Il s’agit dans ce cas, de jeunes initiés au Coran, à la science islamique, marchant de porte en porte à la quête d’une pitance journalière, généralement destinée aux maîtres. Cette forme apparaissait comme une sorte d’école pour « former » aux rigueurs de la vie ». Mais, avec la pauvreté actuellement croissante, la mendicité est devenue une profession toute trouvée pour nombre de talibés soumis aux contraintes nouvelles et obligés dans plusieurs cas de quitter leur maître au profit de la rue. A propos, un jeune talibé âgé seulement de 8 ans explique. « Mon maître me traite mal et m’impose de verser une somme journalière de 250 Fcfa et le jour où je n’arrive pas à avoir l’argent, c’est le fouet ». Toutefois, l’Islam, selon ce marabout, prône l’aumône, donc la mendicité, même si par ailleurs il est dit « qu’il est préférable pour un pauvre de prendre sa hache et sa corde, de chercher un fagot afin de satisfaire ses besoins, plutôt que de tendre la main aux autres ». Aussi, précisera notre marabout, « le talibé a le devoir de travailler pour son maître afin de l’aider à nourrir sa famille, le maître peut aussi, à volonté, envoyer ses disciples mendier ». La mendicité est donc une étape que doit subir tout talibé, quelque soit la couche socio-économique à laquelle appartient sa famille. Cependant, aujourd’hui, elle n’est plus uniquement liée à l’islam, car plusieurs formes se sont développées dans la société et tendent même à faire disparaître la forme « talibé ». Conséquence : la mendicité ayant pris des proportions inquiétantes, est devenue de nos jours, presque une « agression ».Lutte pour la survie
La mendicité est aujourd’hui, un fléau multidimensionnel (pauvreté, maladies…), mais parmi ses causes, le facteur économique est le plus expressif, tant il est indéniable que, plus un pays est prospère, plus le niveau de vie de ses habitants est élevé, et moins il y a de mendiants.
O.A.T.
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