Alger V : échec et mat ?

25 Fév 2015 - 00:06
Mis à jour: 12 ans
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[caption id="attachment_176763" align="alignleft" width="248"]Adam Thiam Adam Thiam[/caption] Les pourparlers inter-maliens sommeillent. La diplomatie algérienne a perdu, elle, le sommeil.  Les groupes armés maintiennent leurs revendications. Le gouvernement malien essaie d’être conciliant mais rejette toute référence à l’Azawad.  Qui dit mieux, en termes de casse-tête ? Alger V était attendu surtout après des reports successifs et le cauchemar sécuritaire autour de Tabankort et les risques possibles de métastase. Le premier à le comprendre était Modibo Keita. L’ancien haut représentant du chef de l’Etat pour les pourparlers inter-maliens avait sauté dans l’avion peu de temps après sa nomination comme Premier ministre. Direction : Alger. Puis devant les parties prenantes, une allocution dans laquelle le pédagogue mit une séduisante application, comme si chaque mot avait un devoir d’exorcisme. Les congratulations de Bilal Ag Sherif ainsi que ses propos apaisants cachaient mal pourtant le plus grand malaise que le processus d’Alger avait jusque-là affronté. L’hôte algérien avait dû rappeler Bamako à l’ordre une semaine plus tôt où Moulaye Zeini  avait été substitué à Abdoulaye Diop à la rencontre d’évaluation des 5 et 6 janvier dont le principe était acquis en marge du dernier sommet d’Addis-Abeba et à laquelle n’étaient conviés que les…ministres des Affaires Etrangères. Lamamra, le chef de la diplomatie algérienne et médiateur en chef de la crise malienne ainsi que son homologue nigérien Bazoum n’en crurent pas leurs yeux. Dans le même temps, les menaces d’embrasement dans le Nord malien se précisaient : Tabankort, après ses hécatombes de juillet, est redevenu en janvier, le théâtre d’affrontement entre Gatia et les mouvements de l’Azawad. Pour nombre des Maliens, un combat entre les loyalistes et les séparatistes. Donc entre le bien et le mal. Surtout que le « bien » communique bien. Vers Alger VI ? Sur sa page facebook, Gatia énumère ses victoires et n’a aucune peine à convaincre l’opinion malienne que les forces Barkhane et Minusma ont pris le parti de défendre les mouvements de l’Azawad. Au centre de son argumentation : le projet d’accord de faire de Tabankort une zone tampon qui renvoie les belligérants à leurs positions initiales. La Minumsa jure que Bamako était bel et bien impliqué dans ces négociations et que les ministres Amadoun Konaté et Abdoulaye Diop à Alger  faisaient même partie de l’équipe qui, à Alger, a rédigé ledit projet d’accord. Mais le mal était fait : Gao se soulève et trois manifestants sont tués par les troupes de la Minusma. Pour calmer les esprits, le président Ibrahim Boubacar Keita improvise une visite dans la cité des Askia. Il s’impose mais Alger est de braise. Les pourparlers à peine ouverts sont remis à trois jours plus tard. Lamamra, Mongi le nouveau chef de la Minusma, les représentants de la communauté internationale, s’arrachent les cheveux. Ils arrivent à arracher un accord de cessez-le feu. Lequel est signé chacun sur une page séparée par, Abdoulaye Diop côté gouvernement malien, Bilal Ag Sherif au nom des séparatistes et Harouna Toureh au nom des mouvements loyalistes. La confiance règne vraiment. Si c’était la seule curiosité, on ne s’en plaindrait pas. Il s’y ajoute qu’à Alger c’est le blackout total. Les représentants de la communauté internationale et de l’Etat malien qui y sont observent un silence de carpe. L’Agence de Presse Algérienne ne produit plus ses communiqués d’information. Seuls les mouvements communiquent à leurs bases par lesquelles on apprend que le processus est gelé pour l’instant. Mi-mars pour Alger VI, entend-on de leur côté. Mais on sait que Lamamra ne désarmera pas et qu’il remuera ciel et terre pour empêcher Alger VI et pour faire en sorte que les frères ennemis ne quittent pas la table. Fédération ou rien Le 17 février, citant Mohamed Ousmane Ag Mohamedoun parmi les nombreux communicants des groupes armés, les Studios Tamani, une des antennes chouchou de la capitale, annonce : «  la coordination des groupes armés renonce à l’appellation Azawad ». Or tout est dans cette appellation : les sanglots d’une région marginale redevenue plus vulnérable depuis 2012, la justification de la rébellion, l’exigence d’une autre forme de gouvernance.  Le scoop valait donc son pesant d’or. Mais il n’a vécu que quelques heures.  Depuis Alger où il se trouve dans le cadre des pourparlers inter-maliens, Maouloud Ramadan, porte-parole du Mouvement arabe de l’Azawad, réplique sèchement sur la page facebook et tous les murs virtuels qui relaient « la cause » : « nous sommes venus défendre le mot Azawad et sa cause… Pas de recul même d’un iota ». La parole portée était vraie : ce même 17 février, dans son mémorandum au médiateur algérien, la Coordination des Mouvements de l’Azawad renvoie tout le monde à la case-départ. Pour certains responsables de ce mouvement, il ne s’agit nullement de volte-face ou de surenchère. Ils rappellent  que c’est la première fois qu’ils réagissent par écrit  depuis le début du processus d’Alger en juillet dernier. Que dit le  mémorandum ? Il reconduit l’argumentaire initial des séparatistes : celui que l’Azawad est devenue une terre de sanglots et d’exodes massifs où la violence d’Etat a engendré en plus d’une « grande pauvreté » un « drame humain et une souffrance indicibles ». Sur le mode plus jamais ça, les  rebelles exige un Etat fédéral crée par Bamako et  l’Azawad. Cela demanderait, bien sûr, de nouveaux arrangements institutionnels mais Bilal Ag Sherif anticipe : il faut une nouvelle constitution ; les symboles et les sceaux de l’Azawad devraient être pris en compte ; l’Etat fédéré aura son chef élu, son parlement, son gouvernement. Une entité compatible avec les valeurs de l’islam ainsi qu’avec les traditions du peuple de l’Azawad ». Ce ne sera pas tout.  Pendant vingt cinq ans la moitié du Budget Spécial d’Investissement de la Fédération doit être consacrée au développement de l’Azawad. La sécurité de l’Azawad sera assurée par l’armée fédérale certes mais par des hommes venus à 90% de ce terroir. Et pour être juste et équitable, des systèmes de quotas permettant une plus grande représentation de l’Azawad dans l’ensemble fédéral doivent être instaurés pour le recrutement dans l’administration publique, le gouvernement et les autres institutions.  Mopti, nouvelle capitale, assurera en plus de l’équidistance géographique, la bienveillance institutionnelle de ce montage proposé sans rire par les mouvements séparatistes. Mais qui ne fait pas rire à Bamako non plus.   Pour Bamako, pas question d’Azawad Le gouvernement malien ne veut pas s’en laisser conter. Dans un mémorandum de 20 pages remis le 16 février au médiateur algérien, il relativise le concept de l’Azawad qui pour lui n’est qu’un petit terroir pastoral de la région de Tombouctou.  Ce nom ne correspondrait ainsi à aucun ensemble historique connu. Par conséquent, les prétentions des mouvements dits de l’Azawad n’ont aucun fondement recevable. C’est, mise en pratique, l’approche de » la vigilance terminologique » invoquée par l’anthropologue français André Bourgeot qui, dans plusieurs de ses interventions, subodore la main de Paris derrière la surenchère irrédentiste dont Kidal est devenue la place forte depuis la sévère défaite de l’armée malienne du 21 mai 2014. Bamako déclare que l’Azawad « n’est ni l’émanation des populations des régions concernées ni un vocable du lexique de l’Administration coloniale ou de l’Administration malienne dans l’acception à lui confiée par l’une des parties ». Par conséquent, le gouvernement malien propose que le terme d’Azawad ne soit pas retenu dans l’accord. C'est-à-dire ce qu’on appelle le projet de préaccord remis à toutes les parties, cet été, par le médiateur algérien. Pour le Sénat demandé par les mouvements, pas d’objection. C’est oui  également pour le principe de la démobilisation-réinsertion (Ddr) à des conditions et dans des directions nommées : fonction publique globale ou fonction publique territoriale, forces armées et de sécurité, etc ; Pour les déserteurs, le cas par cas est proposé. En revanche, le système de quota est rejeté. Rejeté également le terme de génocide utilisé par les groupes armés. Bamako exige enfin le cantonnement  des troupes rebelles trente jours  après la signature de l’accord. Au total, le mémorandum du gouvernement aborde surtout les questions de forme, propose des amendements à certaines formulations. Pour un diplomate en poste dans la capitale malienne, Bamako donne beaucoup de gages de bonne foi. « Si le groupes armés jettent du lest, rien ne s’opposera alors à la signature d’un accord ».  Quand ? Bien malin qui pourra le dire ! Adam Thiam    

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Commentaires (20)

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Le General Sanogo
Le General Sanogo 12 ans
Se debarrasser de la centralisation pousse'e que nous pratiquons depuis 54 ans et qui a lamentablement echoue', doit etre notre priorite'! Nous avons un passe' lourd et un present inacceptable ancre' dans l'es.clavage, la colonisation, le neocolialisme, la dictature, la pauvrete', le chomage, la famine, l'instabilite', la guerre et la domination de nos pays par les institutions financieres internationales. Les deux questions fondamentales suivantes doivent etre pose'es: 1- QUELLES SONT NOS ALTERNATIVES? 2- FAUT-IL MAINTENIR UN POUVOIR CENTRALISE' FORT QUI A MONTRE' SES NOMBREUSES LIMITES? Ma reponse a' la deuxieme question est...NON!!!! Il n'est un secret pour personne que les pouvoirs centralise's ou' qu'ils se trouvent, ne profitent qu'aux dirigeants et aux membres de leurs familles. Je dis donc haut et fort qu'il faut.... LOCALISER LE POUVOIR CENTRAL. En d'autres termes, trouvons les voies et les moyens pour partager le pouvoir entre l'autorite' centrale base'e dans la capitale et le reste du pays. L'alternative est donc une decentralisation tres pousse'e. Nous ne devons avoir peur ni de l'autonomie ni de la federation ni de la decentralisation. L'essentiel doit etre de faire ce qui est necessaire pour assurer la paix, la securite', le developpement et la complementarite' sociale et economique entre toutes les regions du Mali. C'EST BIEN LE REEQUILIBRAGE SOCIAL ET ECONOMIQUE QU'IL FAUT CHERCHER! Je tends a' croire que tout est negociable a' part l'unite' et l'integrite' territoriale du Mali. LA DEFENSE, LA DIPLOMATIE ET LA JUSTICE DOIVENT RESTER DES DOMAINES RESERVE'S AU GOUVERNEMENT MALIEN BASE' A' BAMAKO. L'ENJEU EST VITAL. NOUS FERONS UNE GRAVE FAUTE SI NOUS LAISSONS NOS EMOTIONS NOUS EMPECHER DE VOIR QU'IL S'AGIT BIEN DE LA SURVIE DE NOTRE FASO!!!
COULIBALY Yacouba
COULIBALY Yacouba 12 ans
Seuls les maliens non avertis croient à la signature d'un accord avec des bandits armés du MNLA, cet accord même, s'il était signé ne servirait à rien car nous avions à faire avec des gens sans foi, ni loi et sans repères. Que le Mali s'apprête à mater ces bandits qui ne constituent qu'une minorité de touareg.
Patriote1
Patriote1 12 ans
Nous nous sommes tromper en imposant pas à la France de rentrer avec elle à Kidal, cela a permis aux terroristes du MNLA de se réoganiser et de recruter des jeunes bedouins pour leur cause. Nous nous sommes tromper en s'arrêtant aux portes de Kidal à annefis en 2013 lorsque les berets rouges et gardes nationale dans l'ephorie étaient prêts à entrer dans Kidal. On les a stopper par Serval pour encore une fois donner le temps au MNLA de se réorganiser. Nous nous trompons encore aujourd'hui en imposant au GATIA le cesser le feu pour les empêcher de rentrer dans Kidal et d'en finir avec l'AZAMERDE. AUX MALIENS NOUS DISONS SOYONS DES MILLIONS A INTEGRER LE GATIA, rien ne doit nous arrêter. Nous sommes nombreux en chomage à prendre du thé devant la porte nuit et jour. ADHERONS MASSIVEMENT ET ARMONS NOUS. NOTRE ENNEMI C'EST LA FRANCE ET NON LE MNLA
tintin
tintin 12 ans
Nous ne nous sommes pas trompés et nous ne nous trompons pas encore, nous sommes tout simplement impuissants pour ne pas dire pas un peu fatalistes. On n'a pas laissé la France partir seule à la reconquête de Kidal mais nous avons été tout simplement "écartés" par la France. Nous ne nous sommes pas arrêtés aux portes de Kidal et Anefis mais nous avons été "arrêtés" par SERVAL. Quand à la "Débâcle" de l'armée malienne à Kidal, tout le monde sait que le MNLA a bénéficié du soutien de SERVAL et des "Jihadistes". Pour preuve, ce 21 mai, tous les auditeurs de RFI ont entendu au journal "Afrique midi" à 12h 30mn le MNLA solliciter un cessez-le-feu, et de mémoire d'homme, on a rarement vu un vainqueur sollicité un cessez-le-feu pendant les combats. Quand le renfort Jihadiste du MNLA bénéficiant de l'appui tactique de la france a pu rentrer à Kidal et qu'au même moment on empêchait les maliens de recevoir des renforts, l'armée malienne ne pouvait qu'être vaincue puisqu'elle était seule contre tous. Le problème dans tout cela est que les autorités et le peuple malien connaissant cette réalité n'ont rien fait pour le dénoncer à défaut de prendre des actions significatives.
zambougou toto
zambougou toto 12 ans
"La sévère défaite de Kidal ".Oui, tout est dans ça: l'arrogance, la surenchère, le mensonge... Pour contrer tout cela, nous avions besoin d'une armée et des hommes forts que les évènements de Kidal devraient engendrer , mais hélas...dja dja , on a voté un homme qui préférait: -Son Boeing que les avions de combat pour l'armée - Son luxe insolent et insultant au milieu d'une armée en haillons et désarmée - Son parc automobile - Ses voyages -Ses palaces -Ses marches avec les "grands de ce monde" pour défendre CHARLIE HEBDO au coté de Netanyahou, le souffre et le souffle douleur du peuple palestinien et des peuples Arabes J'ai honte pour mon Président, j'ai vraiment honte de cet homme qui m'avait tant fait espérer ...en coffrant des magistrats braqueurs des pauvres citoyens , mais hélas...qui sont aujourd'hui libres et vont reprendre fonction bientôt.. parce que le président n'a pas pu donner l'exemple d'intégrité et d'honnêteté.... pour conduire les affaires de ce pays.
iliaque
iliaque 12 ans
Le Gourma et Mopti comme Capitale !!!? Là, quelque chose de Radicale a dû se Produire quelque part ! Mais il ya ceux qui sont en Alger qui peuvent s'exprimer sur ce qu'ils veulent, il ya ceux qui sont dans leurs Localités (villes,villages, fractions et hameaux) et Alger ne SAURA jamais ce qu'ils veulent; Mais Alger et le Monde sauront ce qu'ils veulent Juste après "des signatures"! Que Non, si ceux d'Alger pensent qu'une Société civile dans les discussions suffirait à faire connaitre toute leur préoccupation! il n'ya pas plus aveugle que celui qui ne veut pas voir; Mopti, Gao ou Tombouctou ne se sont sentis victimes de la mauvaise Gouvernance plus que les autres Regions que l'on saches!
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