Hollande à Tombouctou : la deuxième défaite de Samory

16 Fév 2013 - 10:25
Mis à jour: 14 ans
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hollande_toumbouctou   Le 29 septembre 1898, au petit matin, des colonnes de tirailleurs menées par le sergent Bratieres, le lieutenant Jacquin et le commandant Gouraud, foncent les unes après les autres, vers une petite clairière à l’extrême est de ce qui est aujourd’hui la république de Guinée. En quelques minutes elles investissent le camp où Samory Touré s’était retranché à bout de forces et de munitions. Le vieil homme, surpris alors qu’il lisait son coran sur le pas de sa case, tentera d’abord de chercher un cheval pour échapper à ses ennemis, avant de reconnaître sa défaite et d’inviter ses sofas à baisser les armes pour éviter un bain de sang.   C’était l’épilogue de quinze ans de lutte acharnée contre les Français, la fin de la dernière grande résistance, en Afrique de l’ouest, contre l’occupation coloniale. L’homme qui avait refusé de se transformer en souverain protégé sera durement sanctionné par l’exil et la torture morale.   L’entrée de troupes françaises à Tombouctou ou Gao constitue une nouvelle  défaite pour Samory : cent quinze ans après sa reddition,  nos pays sont redevenus des états protégés. Ce retour de la France en Afrique n’est certes pas le retour de la Françafrique mais c’est la manifestation de l’échec de nos « indépendances » et celui de l’instauration d’une doctrine Monroe à l’africaine. En dépit du lyrisme, et peut-être de la sincérité  dont Hollande a fait preuve à Bamako ,ce qu’il faut d’abord regretter c’est que, plus d’un demi siècle après son accession à la souveraineté nationale , le Mali soit contraint de faire appel à son ancien colonisateur pour régler des problèmes internes et qu’aucun pays africain n’ait été en mesure de précéder ni même d’accompagner l’ancienne métropole. La France était donc seule pour bouter les terroristes de Konna, Diabali, Douentza, Gao, Tombouctou…   Certes l’intervention militaire française peut se prévaloir d’une légitimité garantie par une résolution des Nations-Unies.Elle répond à une demande pressante du gouvernement légal de Bamako.   Elle vise à neutraliser non des résistants mais des terroristes coupables de violences gratuites et de violations des droits de l’homme. Certes  François Hollande a eu la délicatesse de reconnaitre que la présence des forces françaises au Mali n’était qu’un rendu pour un prêté et qu’elle répond au soutien que les soldats africains avaient apporté pour la libération de la France. Mais, malgré ces précautions et ces bonnes paroles, on ne peut pas ignorer que l’armée malienne n’a été qu’une armée « embedded »et que la France n’est pas un allié qui combat à ses  côtés  et s’en tient aux limites qu’elle lui fixe. La France est un parrain, libre de ses mouvements, qui agit quelquefois à son propre compte et toujours selon ses propres priorités. La meilleure preuve en est fournie par son escapade solitaire à Kidal, où elle est allée sans avoir eu la courtoisie d’informer l’armée malienne, et où, déjà, elle a ouvert des négociations. La paix se fera à ses conditions parce qu’elle est justement la seule à pouvoir la garantir et François Hollande ne s’est pas privé de distribuer des conseils à Bamako.   En réalité c’est tout ce  qui se passe au Mali depuis près d’un an qui nous chagrine et constitue une défaite pour tous les Africains.   En 1960 nous croyions tous que « le temps de nous-mêmes » était enfin arrivé, celui de notre émancipation politique, mais aussi celui de la prise en mains de notre destin, de la maîtrise et de la réorientation de notre économie, de la restauration de nos valeurs. Il n’en est rien et aujourd’hui la marchandise la plus prisée dans les rues de Bamako est le drapeau français et les élèves des écoles maliennes réapprennent à chanter la gloire de la France.   Nous avions cru, il y a quelques années, qu’après deux coups d’état et des répressions sanglantes le Mali avait, enfin, acquis définitivement le statut d’état démocratique. Ses institutions fonctionnaient, sa presse était l’une des plus libres de la sous-région. Subitement il a basculé à nouveau dans la sédition et l’anarchie révélant sa face cachée d’état maffieux où la corruption régnait en maître au plus haut niveau de la nation. Comme si cela ne suffisait pas, au désastre intérieur s’est ajouté l’invasion. On découvre alors que l’armée malienne était plus riche en généraux qu’en munitions et surtout en ardeur combattive, qu’elle était une milice plus apte à réprimer les révoltes urbaines et à organiser les pronunciamientos qu’à affronter un ennemi extérieur. Son repli stratégique était en réalité une débandade  qui l’avait expulsée des deux tiers du territoire qu’elle était censé défendre.Car, l’appétit venant en mangeant les mouvements qui s’étaient rebellés contre elle et dont l’ambition première était de restaurer l’unité et l’autonomie des peuples nomades du nord, s’étaient emparés sans coup férir des vieilles métropoles songhoï que sont Gao et Tombouctou, avaient franchi le fleuve Niger, frontière symbolique entre le nord et le sud et menaçaient Bamako.Heureusement Zorro est arrivé !   La France  réussira à faire en deux semaines ce que les pays africains n’avaient pas réussi à faire en huit mois malgré une demi-douzaine de sommets de chefs d’état et de chefs des armées. Le retour des soldats français sur notre sol, à notre demande cette fois, nous remet à notre vraie place : notre survie dépend toujours de l’ancien colonisateur. Nos armées ont encore besoin d’être « entrainées » à faire la guerre, elles ne sollicitent pas seulement de l’argent et des munitions, elles veulent désormais qu’on vienne faire le boulot à leur place !   « France is back ! » donc. Ses navires débarquent des armes dans nos ports, le cortège de son armada sillonne nos routes, ses généraux s’expriment à la sortie des bureaux de nos présidents.   Le blitzkrieg mené par les 3500 soldats de l’opération Serval contre des rebelles à peine plus nombreux mais éparpillés, eux, sur 1000 km est une aubaine pour un président en manque de reconnaissance. Jamais  sans doute un président français n’avait foulé le sol de la mythique Tombouctou, mais l’image de François Hollande devant la mosquée de Djinguereber est comme celle d’un chasseur qui pose le pied sur la crinière du lion qu’il a abattu : elle est du domaine de la communication. Au Mali Hollande a acquis la stature internationale qui lui manquait et en se rendant à Tombouctou il donnait la preuve qu’il n’y a pas au Mali de cité qui lui soit interdite.   Pour les Français la guerre, « leur guerre », est presque finie, même si le combat n’est pas terminé. Acculé, pressé de questions le président français a fini par dire qu’il restera « le temps qu’il faudra » : ce temps se mesure désormais en semaines, celui de permette aux « Africains » de s’installer. Mais si la  guerre des Français est terminée, celle  des Maliens n’a  pas encore commencé. De ce qui s’est passé nous n’avons ni images ni bilan, matériel et humain, y compris au plan des éventuelles bavures françaises et des probables exactions maliennes. Il n’y a eu, presque, aucun affrontement direct au sol et rien ne permet de dire qu’il y a eu défaite des rebelles et non pas repli stratégique. L’armée malienne devra bien aller là où la France refuse de l’amener. Or elle est troublée par son manque de compétences et par la cacophonie qui règne à son sommet puisque son commandant suprême obéit à un petit capitaine calfeutré à Kati et qui fait et défait les gouvernements. Apres le départ des Français elle devra composer  avec la présence de 8000 soldats africains, car désormais  la première force du pays est une force étrangère.   Après la guerre par les armes le Mali aura à mener une guerre plus intérieure. Il  devra se guérir d’avoir, pendant des mois, donné à croire à sa jeunesse et à son peuple qu’ils ne pouvaient compter que sur les autres. « Allah est grand, Hollande est le sauveur ! » chante t-on dans les écoles depuis des semaines. Comment continuer à y enseigner que la France a été une puissance impérialiste  face à ceux qui traitent son président de libérateur ? Comment continuer à glorifier Soundiata  et Kankan Moussa si le peuple ne jure plus que par «  François Hollande Keïta » proclamé 334e saint de Tombouctou ?   Par SudQuotidien (Sénégal) - sudonline.sn - 05/02/2013    

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Commentaires (166)

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bensidi
bensidi 14 ans
chers compatriotes et amis du Mali,je pense que le débat post coloniale n est plus d’actualité mais il reste passionnant pour tous ceux qui regardent dans le rétroviseur et refusent la réalité la faillite du Mali de son armée de ses hommes politiques de ses forces vives nous le devons qu a nous même et tant que l on occultera nos propres responsabilités il n en ira pas autrement accuser la France est certes plus facile mais ou cela nous mèneras? ce qui me gène dans ce article est bien cet amalgame entre présence française et religion que l auteur et un des contributeur distille sciemment:selon lui on aurait du regarder sous la jupe des femmes françaises impures qui ont oses poser les pieds dans nos mosquées alors question qu est ce qui le sépare des djihadistes? aurait il fallu attendre les almoravides pour libérer le pays???
Lamin
Lamin 14 ans
Le probleme de Mali est le probleme de'l'Afrique. Sarkozy dans son discours a Dakar avait dit que l'homme africain a jamais entre dans l'histoire. Peut etre il a raison pour la plupart de leaders africains de nos jours. C'est comme s'il connaissent rien de l'histoire africain a la Cheikh Anta Diop ou Frantz Fanon. C'est pour ca que l'Afrique souffre. Militarement, economiquement, politiquement, et sur le plan de l'histoire africain l'afrique est le continent le plus faible. Les hommes politiques africains n'ont pas le bon sens historique de connaitre que le egoisime, l'avarice, l'ignorance, l'immaturite personel et politique ne sont pas sur le menu pour le success economique et politique de nos jours. Presque tout Africain est aliene. Il se dit Musulmane et il est fier de connaitre le Qur'an par coeur. Mais l'Arabe ne le respecte pas. Meme chose pour les Chretiens.
Lamin
Lamin 14 ans
L'Africain comme il est, est ne avant tous les autres, mais leurs leaders restent enfants tandis que le autres grandissent. Je dis tout ca pour dire que l'histoire de l'Afrique est plus grand que les histoires de tous les autres. Mais l'Africain vit comme si l'histoire a commence avec Islam ou le Christianisme. Ca c'est le probleme. C'est parceque l'Africain ne reconnait pas son histoire que ces petits flaneurs du desert, les Touaregs peuvent demontrer une fausse vanite envers l'Afrique. Une fois que l'Africain cesse de genuflecter devant l'Arabe et sa culture barbare et l'Europeen et sa culture qui enfantise l'Africain, il va reconnaitre son devoir pan-africaine sur le plan politique et economique.
bensidi
bensidi 14 ans
chers compatriotes et amis du Mali,je pense que le débat post coloniale n est plus d’actualité mais il reste passionnant pour tous ceux qui regardent dans le rétroviseur et refusent la réalité la faillite du Mali de son armée de ses hommes politiques de ses forces vivent nous le devons qu a nous même et tant que l on occultera nos propres responsabilités il n en ira pas autrement accuser la France est certes plus facile mais ou cela nous mèneras? ce qui me gène dans ce article est bien cet amalgame entre présence française et religion que l auteur distille sciemment:selon lui on aurait du regarder sous la jupe des femmes françaises impures qui ont oses poser les pieds dans nos mosquées alors question qu est ce qui le sépare des djihadistes? aurait il fallu attendre les almoravides pour libérer le pays???
moussa coulibaly
moussa coulibaly 14 ans
Cher frère sénégalais, écrivez votre texte en linguala, haousa,peul, sererre, ashanti etc............., sinon fermez la pour toujours. Je crois bien que le francais n est pas un dialecte ni une langue du Sénégal. Arrêtez de vous couvrir de honte, maliens, sénégalais, togolais, etc...... nous sommes tous logés à la même. Enseigne, personne ne peux nous enseigner de cours de nationalisme..
A_Djimdoumalbaye
A_Djimdoumalbaye 14 ans
Excellent article ! Je ne m’épancherai pas sur le rejet quasi unanime de l’article, pour deux raisons : il est publié dans un journal sénégalais (pas forcement écrit par un sénégalais) et il est assumé par son auteur, en dehors de tout conformisme aveugle et tout unanimisme inculte. C’est propre aux maliens. Il n’y a qu’à voir le rejet de la tenue de concertations nationales, transposant le qualificatif d’apatrides et de vendus, en lieu et places des gouvernants véreux et voleurs dont ces assises avaient vocation à situer les responsabilités dans la situation u Mali. Mais on a l’impression qu’on leur a « lavé le cerveau ». Tout va bien, rien ne s’est passé sauf que « le bateau a tangué, Hollande est venu au secours. Tout est rentré dans l’ordre. Fin de l’histoire ». C’est pathétique ! Ce n’est pas Samory qui est indigné outre-tombe. C’est aussi Soundiata, Babemba, Tiéba, Elhaj omar et j’en oublie. Ce n’est l’intervention en tant que telle de la France, c’est la honte partagée qui fait que notre armée est tombée aussi bas que, même après la libération de Gao par les troupes françaises (et non pas les troupes maliennes et françaises ou vice versa), une poignée de jihadistes a failli reprendre Gao à l’armée malienne, obligeant les français à surseoir à leur progression vers Kidal, et revenir vers les éternels assistés. C’est grave, mais on ne voit rien. « Maliba » , Dieu sauve le grand Mali » et tous ceux qui ne claironnent pas ces leitmotivs sont des hors la loi à la cause nationale, des vendus. Il n’y a qu’au mali, à Tombouctou, où François Hollande et toute sa délégation, y compris des femmes (peut être en menstrues) souillent un temple sacré (Djingareiber) : ils n’y sont pas admis, d’abord parce qu’ils ne sont pas musulmans et secundo, ils étaient chaussés. Ni les autorités nationales, ni l’imam, ni les notabilités n’ont eu le courage de le faire remarquer. Ca les aurait grandi et aurait sanctifié d’avantage la mosquée.
Lamin
Lamin 14 ans
C'est une grande honte quand le colonise' ne reconnait pas qu'il est colonise'. Les Arabes ont envahi l'Afrique et ils ont seme' la violence avec leur religion--plagiarisee d'ailleurs--et l'Africain continue a' accepter docilement cet Arabism culturel. Mosquees, Macca, etc., qu'est que ca pour un Africain qui est conscient de l'histoire de l'Afrique?
Aujourd'hui notre case brûle messieur le "Sud quatidien" du Sénegal on accepte tout et tout le monde peut dire tout contre nous parcequ'on est dans une position de faiblesse.On a eu des grands hommes, certes, mais les hommes qui dirigent où qui sont chargés de nous securisés n'ont pas appris l'histoire et surtout l'histoire de ce pays "Le Mali". Ne reveillons pas nos mort que leurs ames se reposent en paix waid and see
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