GOOGAN Tan : Diplomatie, désordre et peur : les dessous d'une série d'alertes sécuritaires au Mali

Depuis plusieurs jours, une série d'annonces émanant de chancelleries étrangères accréditées au Mali a surpris plus d'un observateur.

10 Nov 2025 - 01:42
Mis à jour: 11 mois
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GOOGAN Tan : Diplomatie, désordre et peur : les dessous d'une série d'alertes sécuritaires au Mali

Ces messages, diffusés en cascade et souvent relayés par des médias internationaux, invitent leurs ressortissants à quitter le territoire malien en raison d'un prétendu regain d'insécurité. Ce qui frappe d'emblée dans cette démarche, ce n'est pas tant le contenu que la manière, voire la précipitation, avec laquelle ces avertissements ont été formulés. En réalité, ces communications dénotent, au-delà de leur allure complotiste, une forme de mise à l'écart délibéré des usages protocolaires convenus entre États souverains.

Traditionnellement, tout message de cette nature, surtout lorsqu'il concerne la sécurité des ressortissants étrangers, transite par les canaux officiels, en l'occurrence le ministère malien des Affaires étrangères. C'est une question de respect, de coordination et notamment de souveraineté. Or, le communiqué publié par le ministère malien des AE témoigne clairement du contraire : le gouvernement malien, visiblement pris de court, rappelle avec insistance aux représentations diplomatiques la nécessité de se conformer aux procédures établies et d'utiliser les canaux appropriés. La lettre, adressée à l'ensemble des missions diplomatiques et des postes consulaires à Bamako, mentionne même le nom d'un conseiller technique, comme interlocuteur attitré pour tout échange d'informations sécuritaires. Ce rappel à l'ordre, formulé sur un ton mesuré, mais ferme, traduit à la fois la gêne et l'agacement d'un État conscient de la portée politique de ces messages intempestifs et hâtifs.

 Il faut dire que le contexte malien demeure hautement sensible. La transition, engagée depuis 2021, a cherché à rétablir la souveraineté nationale dans un environnement international de plus en plus hostile. La récente multiplication de messages diplomatiques alarmistes ne saurait donc être interprétée comme un simple geste de précaution humanitaire. Elle s'inscrit plutôt dans une logique de pression indirecte, visant à affaiblir la crédibilité du gouvernement en amplifiant artificiellement le sentiment d'insécurité. Les ressortissants étrangers, pour la plupart, sont déjà recensés et informés par des circuits officiels précis ; ces alertes publiques et médiatisées n'ajoutent donc rien à la sécurité réelle, mais contribuent à nourrir une peur collective savamment entretenue.

 Ce phénomène n'est pas nouveau. L'usage de la peur, à travers les canaux médiatiques et diplomatiques, a souvent servi de levier d'influence dans les zones de tension. Pourtant, si l'on remonte à la Genèse de la crise malienne en 2012, l'argument de la lutte contre le terrorisme avait justement servi de justification à une vaste entreprise d'ingérence internationale, sous couvert de sécurité régionale. L'objectif affiché était clair : contenir la poussée djihadiste au nord du Mali et sécuriser le Sahel. Or, plus d'une décennie plus tard, alors que le pays assume l'essentiel du combat contre les groupes armés, les anciennes puissances partenaires se murent dans un mutisme pesant, voire dans un retrait calculé. D'où la question centrale : qu'est-ce qui a véritablement changé ? Comment expliquer qu'au moment où le Mali tente de consolider ses victoires militaires et de réaffirmer sa souveraineté, certains partenaires choisissent la fuite et le discrédit plutôt qu'une prise de position claire contre les actes terroristes dirigés contre des civils exclusivement ?

 Le silence des voisins et l'impuissance des organisations régionales a emmené Alioune Tine à cette réflexion : "Quand tous les pays fuient le Mali comme la peste, les leaders africains doivent organiser la solidarité pour sauver le Mali…. colonne vertébrale du Sahel." De mon point de vue ; le mal djihadiste n'est pas que pour le Mali et le désengagement international qui heurte parce que hâtif, ne serait pas aussi préoccupant s'il n'était accompagné d'un silence plus assourdissant de la part de nos voisins, pris individuellement. Les organisations régionales et bien au-delà, ceux qui se veulent les garantes de la solidarité intra africaine, semblent aujourd'hui incapables de se hisser à la hauteur des enjeux. Or, l'éventualité d'un Mali livré à un pouvoir djihadiste ne constitue pas une menace circonscrite aux frontières nationales : elle engage l'ensemble du Sahel et toute la façade ouest-africaine. Fermer les yeux sur cette réalité revient à sous-estimer un péril qui, tôt ou tard, frappera aux portes d'Abidjan, de Conakry, d'Accra, du Sénégal ou du golfe du Bénin.

 À moins que l'isolement du Mali ne devienne le prétexte commode pour justifier de nouvelles ingérences extérieures, sous couvert de sécurité ou d'humanitarisme. L'enjeu réel de ce moment diplomatique est révélateur d'un tournant plus profond : le choix entre la souveraineté assumée et la dépendance déguisée. Le Mali, en réaffirmant son autonomie, bouscule des équilibres anciens et dérange des intérêts établis. La réaction de certaines chancelleries, à travers ces messages alarmistes, traduit en creux une difficulté à accepter un Mali qui décide tout lui-même. Pourtant, loin d'être un repli, cette souveraineté retrouvée constitue la condition même d'une coopération internationale authentique, fondée sur le respect mutuel. Aussi, la multiplication récente des appels au départ des étrangers du Mali apparaît-elle moins comme un geste humanitaire que comme un signal politique : un message codé adressé à un gouvernement qui refuse de plier.

Derrière ces annonces en cascade, le Malien reconnaît le vieux réflexe d'une peur fabriquée, celle qui, depuis 2012, n'a jamais cessé d'être l'arme des puissants contre la dignité des peuples.

Seidina Omar GUINDO

Journaliste-Historien – Écrivain

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Commentaires (9)

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Kinguiranke
Kinguiranke 11 mois
@Nfp je pensais que tu allais dire la verite que les terroristes sont installes dans le lit de sangare!
Kinguiranke
Kinguiranke 11 mois
Nous avons chasse la France, nous avons chasse Barkhane, nous avons chasse Takuba, nous avons chasse la MINUSMA, nous avons ferme le G5-Sahel, nous avons ferme la porte a la FRANCEDEAO et nous avons crée la Confederation de l'AES avec nos freres et soeurs Burkinabe et Nigeriens avec qui nous construisons notre avenir commun en détruisant le terrorisme impose sur nous par l'Occident et pour la securite, l'independance, la souverainite et la prospérité du peuple Sahélien de l'AES!
Appel a Son Excellence Mahmoud Dicko
Appel a Son Excellence Mahmoud Dicko 11 mois
<<<<<...... L’opposition malienne a lancé un appel à l’imam malien Mahmoud Dicko, en exil depuis 2023 en Algérie, pour rentrer au pays en tant que médiateur entre le gouvernement de la transition et les groupes armés qui se retrouvent aux portes de Bamako Dans un communiqué rendu public ce lundi, les opposants au putschiste le nain Goïta sont convaincus que l’imam Mahmoud Dicko est «l’homme qui peut sauver le Mali de l’impasse» devant un «pouvoir militaire qui s’enlise, une junte à bout de souffle, sans cap politique clair, sans projet politique fédérateur et sans résultat tangible sur le plan sécuritaire». Dans ce contexte de désillusion et de fracture, l’imam Mahmoud Dicko apparaît de plus en plus comme l’homme providentiel d’une transition nouvelle, fondée sur la légitimité morale, la sagesse et le dialogue», ont écrit les rédacteurs du communiqué, qui affirment que «les espoirs placés dans le régime militaire issu des coups d’Etat successifs se sont dissipés» et que «le discours nationaliste et souverainiste s’est transformé en un écran de fumée masquant l’échec sécuritaire, la dérive autoritaire et l’isolement diplomatique». Pendant que le Mali s’enfonce dans une impasse politique, les populations maliennes subissent la terreur à causes de l’intensification des attaques des groupes armés : le JNM, le FLA et l’EIGS. Pour les signataires de cet appel, l’imam Mahmoud Dicko est l’un des rares leaders à conserver la confiance d’une large majorité de Maliens. «Homme de foi, de courage et de dialogue, il a toujours prôné la réconciliation, l’unité et la justice sociale. Sa capacité à parler à tous : militaires, civils, religieux, […] voire groupes armés ; en fait, un pont entre les ponts divisés du Mali». Dans cet appel, l’opposition malienne a prédéfini les forces vives du pays sur lesquelles l’imam Mahmoud Dicko devra s’appuyer pour réussir sa mission de médiateur. Ils appellent à la collaboration des chefs spirituels, notamment du Nord et du centre, aux acteurs politiques modérés et patriotes, aux technocrates et jeunes réformateurs. Mais également aux médiateurs et artisans de la paix. Enfin, ils appellent à l’implication de toutes les forces sociales et économiques du pays. L’opposition fait savoir que «le Mali n’a plus besoin d’une énième transition militaire ou d’un dialogue de façade. Il a besoin d’un choc moral et politique, et d’un retour à l’éthique et à la foi dans la nation». Pour les patriotes maliens, «seul un leadership légitime, capable de réconcilier le peuple avec son Etat, peut sauver le pays du naufrage». L’imam Mahmoud Dicko, par sa stature spirituelle, a aujourd’hui la responsabilité historique de fédérer les énergies et de conduire, ou du mois d’inspirer une transition réellement salvatrice. Le Mali attend un guide pas un chef ; un homme de foi pas un homme de pouvoir. Et dans ce rôle, l’imam Mahmoud Dicko pourrait bien incarner l’espoir du Mali réconcilié, juste et souverain», ont conclu les rédacteurs de l’appel. .....>>>>
sangare
sangare 11 mois
De consolider sa victoire militaire???? C'est le mauvais diagnostic de croire et de faire croire qu'il s'agit de mener une guerre qui explique l'insécurité sur toute l'étendue du territoire. Le dictateur GÉNÉRAL MOUSSA TRAORE n'a pas laissé de bilan réel après deux décennies à la tête de l'Etat du Mali. On a voulu lui donner un bilan au sein de l'armée malienne. Il est dit qu'il a laissé une ARMÉE ROBUSTE détruite par ses successeurs!!! Donc l'incapacité de l'Etat à faire face aux groupes armés a été attribuée à la faiblesse de l'armée malienne. On a fait croire à la population malienne naive que si MOUSSA TRAORE était resté au pouvoir, notre pays n'aurait pas connu ces humiations répétitives. Lui-même vivant l'a confirmé!!! Alors pourquoi il a conclu un accord avec IYAD AG GHALLI en janvier 1990 avant sa chute trois mois après? Ses successeurs, au constat de la faiblesse criarde de l'armée malienne, ont compris qu'il n'y a d'autre solution que trouver un accord avec les groupes armés. Ses thuriféraires ont vigoureusement contesté cette approche à la tête desquels CHOGUEL MAIGA. C'est pourquoi quand IBK, soutenu par MOUSSA TRAORE, est élu il exclu toute négociation avec les groupes armés avant d'y être contraint par la France. Il a voulu s'imposer par la force conduisant à la débâcle de Kidal en MAI 2014. La suite est connue car notre armée a multiplié les échecs face aux groupes armés. IBK dégagé en 2020,son successeur BA DAW chassé, il est fait appel à CHOGUEL MAIGA qui décide d'appliquer la recette prônée depuis toujours c'est à dire mettre en place une ARMÉE ROBUSTE comme l'a fait MOUSSA TRAORE d'après eux et détruire toute menace des groupes armés. Il est décidé ainsi de chasser les forces internationales car le MALI KURA est capable de se protéger sans l'aide des OCCIDENTAUX. Une société privée russe est appelée. Quatre ans après les groupes armés restent toujours nuisibles. Plus grave, ils sont aux environs de Bamako inimaginable quand on décidait de chasser les forces internationales. C'est ce qui explique,à juste titre,les agissements des pays occidentaux. La junte a échoué à contenir la menace JIHADISTE en un quinquennat. C'est elle qui a interdit toute solidarité internationale. Qu'elle ne s'étonne pas au constat de la responsabilité de tout pays à protéger leurs ressortissants. Plus proche de Bamako les JIHADISTES ont fait des otages du moyen orient libérés en enrichissant le mouvement JIHADISTE. Les occidentaux peuvent connaître des enlèvements jusque dans leurs familles. Ce n'est pas exclu car les JIHADISTES sont installés aux portes de Bamako. Donc les agissements des pays occidentaux sont justifiés. ASSIMI GOITA lui même a conseillé aux maliens de limiter leurs déplacements. Ça ne justifie pas une alerte de tout pays responsable?
Kinguiranke
Kinguiranke 11 mois
Nfp je pensais que tu allais dire la verite que les terroristes sont installes dans le lit de sangare!
Nfp
Nfp 11 mois
"Ce n'est pas exclu car les JIHADISTES sont installés aux portes de Bamako. Donc les agissements des pays occidentaux sont justifiés. ASSIMI GOITA lui même a conseillé aux maliens de limiter leurs déplacements. Ça ne justifie pas une alerte de tout pays responsable?" ENTIÈREMENT D’ACCORD AVEC TOI, SANGARE
Kinguiranke
Kinguiranke 11 mois
Mali: les écoles ont rouvert! Les animaux-humains les terroristes ont echoue tres lamentablement!
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