Péages routiers au Mali : Des Agents condamnés pour fraude et détournement de recettes
Saisie sur les frasques au niveau des postes de péages et de pesages du Mali, la Chambre criminelle du Pôle national économique et financier (PNEF), a décidé d’entendre et de condamner des péagistes sur des faits présumées de fraude.
Le journal ‘’Le Soft ‘’ qui a évoqué le scandale dans sa parution du vendredi dernier, a mis à nu, plusieurs pratiques frauduleuses sur le Fonds d’Entretien Routier du Mali (FER-Mali) ; ainsi que des tickets numériques utilisés pour contourner la collecte officielle des fonds et détourner des recettes publiques. Entre manipulation informatique et soustraction frauduleuse sur les fonds routiers, les faussaires ont écopés de lourdes condamnations. Coup de projecteur sur un braquage numérique.
Le vendredi 19 juillet 2024 dans la salle des banquets du Palais présidentiel de Koulouba, le Chef de l'État a procédé au lancement officiel de la digitalisation des moyens de paiement et des services publics de l’État. Une initiative qui a pour but principal de contribuer à une plus grande transparence des processus administratifs. Dès lors, les services publics ont développé des systèmes digitaux. C'est le cas du fonds d'entretien routier (FER- Mali) qui a mis en place une solution permettant de digitaliser le paiement au niveau des trente-trois (33) postes de péage. L'introduction de cette solution avait concerné au départ dix (10). Cette introduction a permis, en peu de temps, de mettre à nu les pratiques frauduleuses de certains agents qui se sont retrouvés devant la justice. C'était à l'issue d'un procès qui s'est tenu du 08 au 09 octobre 2026 et dont le verdict a été prononcé, ce lundi 12 octobre 2026.
De quoi les mis en cause étaient-ils accusés ?
Aujourd’hui, grâce à la perspicacité du Pôle National Économique et Financier, le mode opératoire des péagistes est décelé. A priori, le procès met en cause les gestions orchestrées, de bout en bout, par des péagistes et leurs complices, lors des opérations de péage et de pesage des véhicules. Complaisance, légèreté et distorsion violant l’orthodoxie financière ont caractérisé le recouvrement du fonds routier au niveau des postes de péages.
Lors de l’instruction, le FER-Mali a évalué son manque à gagner à plus de 14,2 milliards de FCFA sur la période 2020-2024.Ce qui n’a pas manqué de susciter la curiosité du tribunal chargé de la Lutte contre la Cybercriminalité, qui après avoir estimé une dimension économique du dossier, a déféré l’affaire au Parquet du Pôle économique et financier qui a procédé à des arrestations. À l’audience du 9 octobre dernier, le parquet du Pôle avait demandé la réparation d’un préjudice de près de 195 millions de FCFA, au titre des faits reprochés aux accusés. Cependant, il a rendu son verdict ce lundi 12 octobre 2026.
Les mis en cause étaient poursuivis pour « atteinte aux biens publics, faux et usage de faux ou complicité ». Toutefois, le 12 mai 2025, le Pôle Judiciaire Chargé de la Lutte Contre la Cybercriminalité du Mali avait annoncé l’arrestation d’une quinzaine de personnes impliquées dans un réseau de fraude numérique visant les postes de péage. Parmi les personnes interpellées figurent des agents en poste ainsi que des complices externes. Ils sont accusés d’atteinte à la confidentialité, à l’intégrité et à la disponibilité du système d’information des péages, ainsi que d’usage frauduleux de données dans le but de détourner des fonds publics.
Selon le Procureur du Pôle chargé de la Lutte contre la Cybercriminalité, Dr Adama Coulibaly, ces actes de cybercriminalité ont eu un impact direct et significatif sur le fonds d’entretien routier. « Ce que nous avons découvert est un réseau structuré, actif sur au moins une dizaine de postes de péage à travers le pays. Des applications frauduleuses ont été conçues et installées pour manipuler les données enregistrées par les systèmes numériques des péages », avait-il déclaré.
Les premiers éléments de l’enquête avaient révélé l’ampleur des pertes infligées à l’État. Avant la digitalisation du système de Kati, ce poste enregistrait des recettes mensuelles avoisinant les 29 millions de francs CFA. Depuis l’instauration du système numérique, les recettes ont bondi à près de 73 millions de francs CFA par mois. Le même constat s’applique à d’autres points de collecte, comme celui de Massala, où les recettes journalières sont passées de 1,5 million à 2,5 millions de francs CFA. « Cela prouve que la digitalisation a permis une meilleure transparence et un contrôle plus efficace des flux financiers. Nous avons retrouvé les logiciels et applications utilisés par les faussaires lors des perquisitions. Certains d’entre eux sont passés aux aveux, expliquant le mode opératoire, les rôles de chacun dans le réseau et les mécanismes de contournement du système numérique », avait-il souligné, le Procureur Coulibaly. Et de poursuivre en disant que les investigations se poursuivent pour identifier l’ensemble des co-auteurs et complices impliqués. Aussi, le Procureur Coulibaly avait assuré que des preuves solides étaient déjà réunies et que les suspects seront traduits devant la justice pour répondre de leurs actes.
Qu'est ce qui a été révélé lors du procès ?
Au cours du procès au Parquet du Pôle national économique et financier, il est ressorti que des tickets numériques avaient été utilisés pour soustraire des recettes du circuit officiel du Fonds d’entretien routier du Mali (FER-Mali). Cette soustraction frauduleuse des recettes se faisait à travers un procédé permettant de contourner le système informatique. Une clé USB contenant un fichier numérique de tickets était utilisée à la place des tickets délivrés par le système officiel. Une clé qui a été conçue à travers une cotisation individuelle de 12 500 F CFA de plusieurs agents pour payer le concepteur qui l'avait fait à 300 000 F CFA. Une clé qui a fait le tour au niveau de plusieurs agents dans différents postes de péage. Une autre pratique a été révélée au cours du procès : le blocage du système officiel. Un blocage qui permettait de laisser passer les camions-citernes qui ne payaient plus le tarif officiel, mais remettait directement aux agents une somme forfaitaire. Cette pratique a été découverte grâce à la vidéo surveillance que la direction générale de FER-MALI avait installée aux postes. Au cours de l'audience, il est ressorti que le préjudice causé à l'État est de 195 millions F CFA.
Lors du délibéré de ce lundi, des condamnations fermes et des peines assorties de sursis ont été prononcées par la chambre criminelle. Les principaux accusés ont été condamnés à sept ans de prison, dont certains assortis de trois ans avec sursis. Sur les 195 millions de FCFA réclamés au début de la procédure, 49 millions de FCFA de préjudice ont finalement été retenus au profit du FER-Mali. Les accusés devront également payer 50 millions de FCFA à l’État malien à titre de dommages-intérêts.
Avec ce procès, on se rend compte que l'enrichissement illicite sur les fonds publics n'est pas le seul apanage des cadres. Les agents condamnés dans cette affaire ne sont pas de cadres, mais ils ont causé, en si peu de temps, un énorme manque à gagner pour l'État. Depuis leur arrestation, les recettes ont augmenté dans les postes concernés. Les montants enregistrés au mois de mai 2026 en sont des parfaites illustrations : près de 36 millions de FCFA à Kayes et 76 millions de FCFA à Massala sur la l'axe Bamako- Koulikoro.
Jean Pierre James
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