Ba Zoumana Sissoko et Siramory Diabaté : Deux symboles culturels du Mali indépendant
Djéli Ba Zoumana Sissoko et Siramory Diabaté représentent deux figures emblématiques de la culture malienne qui ont chanté le Mali indépendant. L’un comme l’autre accordaient une grande place à la dignité. Si la grande salle du Palais de la culture de Bamako porte le nom de Ba Zoumana Sissoko, la salle de spectacles de Koulikoro immortalise Siramory Diabaté.
BA ZOUMANA SISSOKO
Le « Vieux Lion » ou « le griot des griots »
Né le 13 mai 1890 à Koni, dans la Commune rurale de Barouéli, Ba Zoumana Sissoko, surnommé le « Vieux Lion » ou « le griot des griots » est décédé, le 29 décembre 1987 à l’hôpital Gabriel Touré.
Sa vie devint un combat acharné contre l’adversité de son second handicap qu’il finit par vaincre sans pour autant trouver la paix de l’esprit. « J’ai souhaité que Dieu mette fin à mes jours avant de me ressaisir et de prier très fort pour qu’il me garde en vie », racontait-il. L’enfant « inutile » qu’il était au départ pour les siens finit à force de courage par recouvrir l’usage de ses jambes. Mais ce fut pour s’exiler, travailler dur pour payer l’impôt de toute la famille.
Né marginal, il parvint à conquérir parmi les autres sa place parce qu’il s’est toujours voulu leur égal. Il n’a jamais accepté qu’on lui réserve un traitement différent à cause d’une infirmité « qu’il n’a pas acheté au marché» selon les termes qu’il aimait utiliser. On comprend que Ba Zoumana puisse se permettre de parler de dignité, lui qui en montra autant. Il disait que la dignité renferme toutes les qualités : la bravoure, la témérité, le courage, l’honnêteté, la fidélité, la sincérité, l’humilité, l’amitié, la fraternité, la générosité et l’altruisme.
« Mali ba kèra anw tayé »
Aussi après l’indépendance, alors qu’il était déjà un beau vieillard de 70 ans, le «Djéli» qu’il était recherchait constamment chacune de ces vertus qu’il jugeait n’appartenir qu’à ceux de l’ancien temps. Quand l’indépendance fut proclamée et qu’on alla à lui pour enregistrer son répertoire, il accepta de bonne grâce mais se refusa tout net aux éloges, propriété exclusive de son ‘’Djatigui’’ « hôte ». Cependant il consentit à magnifier la nouvelle souveraineté en chantant « Mali ba kèra anw tayé ».
Durant toute sa vie il aura traqué les qualités vertueuses chez ses congénères, parfois à coup de périphrases bien senties que lui autorisait son art de la parole aux accents de son seul compagnon de la vie, son « n’goni ». Le seul qui ne trahit jamais, aimait-il commenter. Un instrument devenu, après sa disparition à l’âge de 97 ans, une des pièces célèbres du musée national.
SIRAMORY DIABATE
La griotte des Mandékas
Issue d’une famille de griots de Kela, Siramory Diabaté est née vers 1925. Réputée pour sa grande connaissance de la tradition orale mandingue, elle s’est distinguée au sein du prestigieux Ensemble instrumental national du Mali. Mariée et mère de 10 enfants, elle est décédée le 16 octobre 1989.
Le destin de Siramory Diabaté fut indissociable de celui des griots traditionnalistes de Kéla, détenteurs des secrets du Mandé et versés dans aussi bien dans leur art que dans celui de savoir se protéger de la malveillance des ennemis et des envieux. C’est, sans doute, de la possession de ces pouvoirs occultes que se créa en partie le mythe de la soliste du groupe. Siramory perdit brutalement sa voix au timbre cristallin à la veille de célébrations dans une autre contrée du pays. Les traditionnalistes mirent alors leur savoir au service de leur griotte vedette avant qu’un d’entre eux ne prédise « Quand tu ouvriras la bouche pour chanter désormais, de saisissement toutes les autres se tairont ». Une autre griotte naquit ce jour-là puisque le timbre vocal de Siramory fit véritablement frissonner les foules. Les Mandékas devinrent encore plus amoureux de cette voix profonde qui ajoutait un charme particulier à un répertoire déjà très riche et qui était valorisé par le balafon de Namory Kouyaté, l’époux de la cantatrice.
Aucune griotte ne saura comme elle éveiller chez les Mandékas la fierté en leur origine et son titre fétiche « Sara » dépeindra ce qui fit la gloire des « massaren » : le respect de la parole donnée. Comme Ba Zoumana, elle se refusa aux louanges des acteurs de cette indépendance car le label du « Sara » c’est d’avoir un seul « djatigui » et le sien est le Mandé.
Pour Siramory, la dignité est la mamelle à laquelle toutes les vertus tètent sans distinction de race mais toujours par la grâce de Dieu. A Kléa les maîtres du Coran ont toujours été les « djatigui » de ces traditionnalistes ancrés dans la gloire du passé manding.
Source : L’Essor Mali 2000-décembre 1999.
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