Cesse Kome mise 26 milliards F CFA sur la farine : Le nouveau pari industriel du patron de Koira !
De l'hôtellerie à la minoterie : un changement de dimension
De l'informel au grand investissement industriel : l'homme d'affaires malien, devenu une figure du business ouest-africain, prépare la construction d'une minoterie en Côte d'Ivoire. Un projet de 26 milliards de F CFA qui marque une nouvelle étape dans sa stratégie de diversification.
Le chiffre est à la hauteur de l'ambition : 26 milliards de F CFA. C'est le montant prévisionnel que Moulin Koira de Côte d'Ivoire (MKCI), société dirigée par l'homme d'affaires malien Cessé Komé, entend consacrer à la construction d'une nouvelle minoterie en Côte d'Ivoire. Le projet a franchi une première étape institutionnelle le 14 septembre 2026 à Abidjan, avec une rencontre entre Cessé Komé, président-directeur général de MKCI, et Solange Amichia, directrice générale du Centre de promotion des investissements en Côte d'Ivoire (Cepici).
Les discussions ont porté sur les conditions nécessaires à la réalisation de l'unité industrielle : choix du site, accès à l'eau, installation des équipements et des machines, démarches administratives et réglementaires, ainsi que l'éventualité d'une implantation en zone industrielle.
Autrement dit, le projet est réel, mais il n'est pas encore au stade du chantier. Plusieurs paramètres fondamentaux restent à préciser, notamment l'emplacement définitif de l'usine, sa capacité de transformation et son calendrier de mise en service. Le Cepici parle d'ailleurs d'un projet inscrit parmi les investissements de MKCI pour 2026 et évalué à 26 milliards de F CFA.
Un marché qui aiguise les appétits
Si Cessé Komé choisit aujourd'hui de miser sur la minoterie, ce n'est pas sur un marché en sommeil. La consommation de blé en Côte d'Ivoire connaît une progression importante. Les données citées dans le dossier transmis font état d'une consommation passée d'environ 580 000 tonnes en 2022/2023 à 777 000 tonnes en 2025/2026, soit une progression proche de 34 %. Les projections pour 2026/2027 atteignent environ 806 000 tonnes.
Cette dynamique est portée notamment par l'urbanisation, l'évolution des habitudes alimentaires et le développement du secteur de la boulangerie. Le blé constitue désormais l'une des céréales importantes consommées dans le pays.
Mais particularité essentielle : la Côte d'Ivoire ne produit pas de blé à l'échelle commerciale. La matière première destinée aux minoteries est donc importée, avant d'être transformée localement en farine, principalement destinée à la boulangerie, mais également à la pâtisserie et à la biscuiterie.
Pour un investisseur, le raisonnement est donc relativement clair : plutôt que de se limiter à l'importation de produits finis, la valeur peut être davantage captée au niveau de la transformation industrielle locale. C'est précisément l'une des logiques qui sous-tendent le projet de MKCI : s'insérer dans une chaîne déjà structurée, mais dont la demande continue de progresser.
La Côte d'Ivoire, plateforme vers la sous-région
L'autre intérêt du projet tient à la géographie économique ivoirienne. Avec son port d'Abidjan et ses corridors routiers, la Côte d'Ivoire constitue une importante porte d'entrée et de redistribution des marchandises vers l'Afrique de l'Ouest. Le marché potentiel d'une minoterie ne se limite donc pas nécessairement aux consommateurs ivoiriens.
Les chiffres commerciaux cités dans le dossier sont révélateurs : les réexportations ivoiriennes de blé et de produits dérivés ont atteint 65 034 tonnes en 2024/2025, contre 55 172 tonnes l'année précédente. Le Burkina Faso représente à lui seul 52 881 tonnes, soit environ 81 % du total, devant le Togo, le Ghana, le Sénégal et la Guinée.
Il faut toutefois apporter une précision importante : ces chiffres concernent le blé et les produits dérivés, et ne doivent pas être interprétés comme des volumes de farine exclusivement. Le projet Komé pourrait donc trouver son intérêt dans cette double dimension : un marché intérieur ivoirien en croissance et des débouchés régionaux, notamment vers les pays enclavés du Sahel.
Une filière déjà concurrentielle
Cessé Komé n'arrive cependant pas sur un terrain vierge. La filière minotière ivoirienne compte déjà des opérateurs établis, notamment Les Grands Moulins d'Abidjan (GMA), Les Moulins de Côte d'Ivoire (LMCI) et Les Moulins Modernes de Côte d'Ivoire (MMCI). Le secteur est donc structuré et les investissements s'y multiplient.
Le projet de MKCI intervient d'ailleurs dans une période d'intensification des capacités industrielles. En août dernier, le groupe turc Alapala annonçait l'achèvement d'un complexe intégré pour le minotier Moulin Sako, comprenant un moulin d'une capacité annoncée de 250 tonnes de farine par jour et six silos totalisant 15 000 tonnes de stockage.
Cette montée en puissance traduit une réalité : les investisseurs anticipent une progression de la demande et cherchent à se positionner sur la transformation locale du blé.
Pour Cessé Komé, le défi sera donc double. Il faudra d'abord concrétiser les 26 milliards annoncés, puis trouver sa place dans une industrie où certains concurrents disposent déjà d'une expérience importante.
De l'hôtellerie à la minoterie : un changement de dimension
Le plus intéressant dans cette annonce est peut-être ailleurs. Cessé Komé n'est pas, à l'origine, un industriel de l'agroalimentaire. Son nom est surtout associé au commerce et à l'hôtellerie haut de gamme.
Le projet de minoterie représente ainsi une nouvelle étape dans la diversification du groupe Koira. Après le négoce, notamment dans le textile, puis l'hôtellerie, l'homme d'affaires s'intéresse désormais à une activité industrielle directement liée à l'alimentation. Cette évolution n'est pas anodine. Une minoterie n'est pas un hôtel. Elle exige une autre maîtrise des approvisionnements, du stockage, de la logistique, des équipements industriels, des coûts énergétiques et de la commercialisation.
Le projet devra notamment composer avec une donnée incontournable : le blé sera importé. La compétitivité dépendra donc fortement du prix de la matière première, du transport maritime et terrestre, des capacités de stockage, de l'énergie et de l'efficacité de l'outil industriel.
Les 26 milliards annoncés constituent ainsi davantage un ticket d'entrée dans une nouvelle industrie qu'un aboutissement.
El Hadj A.B. HAIDARA
Cessé Komé, l'itinéraire discret d'un self-made-man malien
errière le projet industriel, il y a un homme dont le parcours constitue l'un des aspects les plus singuliers de cette histoire.
Né en 1968 à Koira, au Mali, Cessé Komé quitte son environnement d'origine au début des années 1980. Les sources biographiques disponibles racontent un itinéraire commencé dans des conditions très modestes.
Arrivé à Bamako, il travaille comme aide-maçon, avant de partir pour la Côte d'Ivoire. A Abidjan, il exerce notamment comme cireur de chaussures, puis se tourne vers la vente de livres, de parapluies et le commerce général.
C'est ensuite dans le négoce du textile, notamment entre la Côte d'Ivoire et le Liberia, qu'il commence véritablement à bâtir son capital. Dans un entretien accordé à Financial Afrik, Komé raconte lui-même être arrivé à Abidjan avec environ 5000 F CFA et avoir progressivement épargné pour investir dans le commerce de vêtements et de tissus.
Son parcours le conduit progressivement vers l'hôtellerie. Il devient notamment promoteur du Radisson Blu de Bamako, puis du Radisson Blu d'Abidjan, inauguré en 2016. Cet établissement de 262 chambres, situé à proximité de l'aéroport Félix-Houphouët-Boigny, avait représenté, selon une interview de l'intéressé publiée en 2017, un investissement de l'ordre de 55 milliards de F CFA.
L'histoire de Cessé Komé est donc celle d'une diversification progressive : partir du petit commerce, accumuler du capital dans le négoce, investir dans l'immobilier et l'hôtellerie, puis chercher de nouveaux relais de croissance.
Dans cette trajectoire, la minoterie apparaît comme un changement particulièrement significatif. Car investir 26 milliards de F CFA dans une unité de transformation du blé, ce n'est plus seulement développer un patrimoine hôtelier ou commercial. C'est entrer dans l'industrie, avec ses contraintes, ses cycles, ses investissements lourds et ses impératifs de productivité. Et le choix de la Côte d'Ivoire n'est finalement pas surprenant au regard de son histoire personnelle : c'est dans ce pays qu'il a commencé son ascension entrepreneuriale. Aujourd'hui, près de quatre décennies après son arrivée à Abidjan, Cessé Komé revient donc, en quelque sorte, sur le terrain où tout a commencé - mais avec une ambition autrement plus industrielle. La minoterie de 26 milliards reste à construire. Son site, sa capacité et sa date de mise en service ne sont pas encore connus. Mais une chose est déjà claire : avec ce projet, le patron de Koira veut ajouter une nouvelle corde à un groupe dont l'histoire s'est jusqu'ici écrite principalement dans le commerce et l'hôtellerie. Et si le projet aboutit, la farine pourrait bien devenir le prochain chapitre de l'histoire entrepreneuriale de Cessé Komé.
El Hadj A.B.HAIDARA
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