3è Sommet Russie-Afrique: Le Président Assimi Goïta prône un partenariat décomplexe
À la tribune du 3è Forum Russie-Afrique, le Président de la Transition, le Général d’armée Assimi Goïta, a livré, jeudi, une intervention à forte portée politique, articulée autour de la souveraineté, du basculement multipolaire et du bilan de la coopération Mali-Russie
Le Grand Palais du Kremlin a accueilli, hier, la session plénière du troisième Sommet Russie-Afrique, un événement d’envergure co-présidé par le Président russe, Vladimir Poutine et son homologue burundais Évariste Ndayishimiye qui assure la présidence en exercice de l’Union africaine. Devant ses homologues et des chefs de gouvernement, le Général d’armée Assimi Goïta a prononcé un discours axé sur la souveraineté, le nouvel ordre multipolaire et le bilan de la coopération Bamako-Moscou.
Le thème central de ce Sommet est : «Pour la paix, la sécurité et le développement». Pour le Président de la Transition, ce rendez-vous survient dans un contexte marqué par « la recomposition des équilibres géopolitiques, le retour à un monde multipolaire et l’aspiration croissante des peuples à davantage d’autonomie». Une mutation qui doit, à ses yeux, déboucher sur un ordre plus équitable, fondé sur l’égalité souveraine, la réciprocité, la non-ingérence et une lecture impartiale du droit international. L’Afrique, a-t-il martelé, ne peut demeurer un simple théâtre de rivalités ou un réservoir de matières brutes. Elle doit s’affirmer comme partie prenante de la gouvernance mondiale, libre de ses choix, de ses alliances et de ses priorités.
Revenant sur la décennie écoulée, le Président Assimi Goïta a dressé un constat sans concession: malgré une décennie d’opérations étrangères, la menace terroriste n’a cessé de s’étendre au Sahel. D’où, a-t-il justifié, le virage opéré par Bamako qui mise désormais sur ses ressources propres pour assumer «la défense de son sol et la protection de ses citoyens». Cette réarchitecture, a-t-il soutenu, explique l’essor des Forces armées maliennes (FAMa) et le retour progressif de l’autorité centrale sur l’ensemble du territoire.
Lucide sur le front informationnel, il a dénoncé les «manœuvres de déstabilisation et les campagnes de désinformation pilotées de l’extérieur». Et s’est félicité de la mise en service, ce mois d’octobre, de la télévision de la Confédération AES, destinée à «s’ériger en contrepoids».
Le Chef de l’Etat a, ensuite, détaillé sa feuille de route interne. La nouvelle Loi fondamentale, a-t-il rappelé, repose sur un triptyque : primauté de la souveraineté étatique, respect des options du peuple, sauvegarde de ses intérêts vitaux. Sur le plan économique, le cap est mis sur la moralisation de la vie publique, la refonte administrative et un modèle endogène axé sur la valorisation sur place des richesses nationales et l’autonomie énergétique. Et le capital humain n’a pas été oublié : les années 2026-2027 ont été déclarées Année de l’éducation et de la culture, le capital humain étant considéré comme « le fondement de l’avenir ».
Par ailleurs, le Président de la Transition est longuement revenu sur la Confédération des États du Sahel, scellée le 6 juillet 2024 à Niamey avec ses «frères» Ibrahim Traoré, Président du Faso et Président de la Confédération AES, et AbdourahamaneTiani du Niger. Une architecture bâtie sur trois piliers, à savoir la « Défense-sécurité», «Diplomatie» et «Développement», avec à la clé la fluidité des échanges humains et commerciaux, le maillage des infrastructures énergétiques et de transport, et la future banque d’investissement confédérale.
C’est sur le volet bilatéral que le discours s’est fait le plus concret, qualifiant le rapprochement avec Moscou de partenariat « loyal, équilibré et à l’écoute des populations». Quatre illustrations ont été mises en avant par le Général d’armée Assimi Goïta. D’abord sur le régalien, un soutien doctrinal et technique russe, couplé à la fourniture d’équipements majeurs et de vecteurs aériens, a décuplé les capacités des FAMa. En matière de résilience, la Russie a apporté au Mali un appui alimentaire massif de 30.000 tonnes de blé, 117 tonnes d’huile, 30.000 tonnes d’engrais, 17.000 tonnes de produits pétroliers – complété par 49.000 tonnes supplémentaires de blé, 70.000 tonnes de pois cassés et un lot d’huile de tournesol vitaminée estimé à 2 millions de dollars. S’y ajoutent des chantiers structurants en cours, de la raffinerie à la centrale photovoltaïque, jusqu’au programme de nucléaire civil à des fins pacifiques. Et le contingent de bourses porté à 300 annuelles et plus de 10.000 cadres civils et militaires maliens formés en Russie.
VIRAGE DE LA MULTIPOLARITÉ ET DU PARTENARIAT INDUSTRIEL- Dans son discours d’ouverture, le Président russe s’est positionné en allié naturel du continent dans l’avènement d’un ordre mondial multipolaire, libéré des «doubles standards». Il a mis en avant des résultats concrets, soulignant que le commerce bilatéral a franchi la barre des 27 milliards de dollars l’an dernier, soit un bond spectaculaire de 50 % depuis le précédent Sommet. Cette dynamique s’accompagne d’un allègement des barrières douanières grâce aux accords avec l’Union économique eurasienne, permettant à 32 pays africains de bénéficier d’une exemption totale de droits de douane pour leurs exportations vers ce marché. Pour protéger ces flux des pressions financières extérieures, la dédollarisation s’accélère : 85 % des transactions commerciales entre la Russie et l’Afrique s’effectuent désormais en roubles.
Prenant la parole au nom de l’Union africaine, le Président burundais Évariste Ndayishimiye a apporté un message de souveraineté et de pragmatisme économique. Remerciant la Russie pour sa fidélité historique « par tous les temps », il a tenu à clarifier la démarche des délégations africaines : «le continent ne cherche pas la charité, mais des investissements stratégiques et mutuellement bénéfiques.»
Le président de l’UA a insisté sur un changement de paradigme industriel majeur. Porté par l’élan de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF) et par une jeunesse dynamique, le continent aspire à transformer ses ressources sur place, à moderniser son agriculture, notamment via les technologies et les engrais russes, et à créer de la valeur ajoutée locale.
Envoyés spéciaux
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