Fait divers : La PASSE" se passe mal"

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    Elle demanda au jeune homme de répéter ce qu’il venait de dire. Pour toute réponse, il lui asséna une baffe monumentale.

    Biribougou ! Ce nom n’éveillera à coup sûr rien en vous si vous n’êtes pas un "hibou" de la ville. Par contre les amateurs de sensations fortes et les paumés en tout genre vous y conduiront sans hésiter. L’endroit n’est pas éclairé, mais de jour comme de nuit, il est très animé. Plusieurs garages y sont implantés et des forgerons viennent là pour récupérer de la ferraille et démonter de vieux véhicules abandonnés par leurs propriétaires.

    Il est 22 heures ce jeudi soir. La fraîcheur règne sur la capitale, drapée comme à l’accoutumée pendant cette saison, dans un nuage de poussière. A l’autogare de Sogoniko, les cris "rail-da ! rail-da !" des apprentis de Sotrama retentissent de loin en loin. Dans la cour, les prostituées, les voyageurs et la faune des bars et des gargotes de la gare vont et viennent. Les premières à la recherche des clients, les deuxièmes attendent de partir ou sortent de la grande cour à la recherche d’un taxi ou de tout autre moyen de transport. Les derniers absorbent comme des éponges les décibels qui remplissent l’air et fracassent le calme très relatif de la nuit froide.

    Tout autour de la cour, à l’exception de la façade ouest, le passant peut facilement découvrir, si son regard perce le voile de la nuit et l’ombre des bâtiments, des mouvements discrets et des positions bizarres. Ces positions peu ordinaires pour un plantigrade ont donné à "Biribougou", ce nom peu banal mais terriblement expressif. Ici les prostituées dont les clients ne peuvent pas se payer le luxe d’une chambre dans un hôtel ou dans une auberge chinoise, acceptent de faire l’amour en plein air. La femme prend le prix de la passe et s’appuie sur l’un des murs des maisons voisines en chantier ou de la cour de la gare.

    Cette nuit, M. S., apprenti mécanicien, achève de laver le véhicule de son patron aux alentours de 22 heures. Il prit alors une douche à l’eau du robinet. La fraîcheur de la nuit combinée à l’humidité de l’endroit lui donnent des idées. L’envie de partager sa chambre avec une femme pour le reste de la soirée s’incruste dans sa tête. Pas la peine de chercher loin. Un coup d’oeil alentour permet de repérer Y. K., une prostituée professionnelle qui s’échinait à chercher des clients. Il faut dire que la péripatéticienne qui frôle la cinquantaine, a du mal à trouver preneur car les clients sont plutôt intéressés par des filles plus jeunes.

    Mais apparemment, cette nuit là, la chance est de son côté. Sa démarche semble avoir attiré l’attention du jeune homme de 24 ans. Quand leurs regards se croisèrent, la professionnelle expérimentée comprit que le jeune homme était prêt à être ferré. Elle s’avança vers lui d’un pas sûr et proposa tout de go : "Si nous allons à Biribougou, c’est 3000 Fcfa. Dans une chambre, c’est 5000 Fcfa". A toi de choisir, conclut-elle avec son sourire le plus charmeur.
    M. S. opta pour Biribougou après avoir réalisé l’âge de la femme et le peu d’intérêt à passer la nuit dans ses bras. Y. K. accepte et empoche le prix de la passe. Elle conduisit alors Moussa jusqu’au mur de la gare. Parvenue à un endroit qu’elle jugea propice, elle se dénuda et adopta la posture qui avait fait la réputation du lieu. L’apprenti mécanicien se jeta sur elle avec appétit.

    Son plaisir pris, il exigea à la prostituée qu’elle lui restitue son argent au motif qu’elle était … vieille. Y. K. n’en crut pas ses oreilles. Elle demanda au jeune homme de répéter ce qu’il venait de dire. Pour toute réponse, il lui asséna une baffe monumentale. Étourdie par la violence et la soudaineté du coup, la femme tituba et chuta lourdement. Le jeune homme lui arracha les 3000 Fcfa des mains avant de s’enfuir.

    La douleur passée, Y. K. se rendit au commissariat du 7è arrondissement et s’adressa à l’inspecteur Ag, un jeune stagiaire. Le policier enregistra sa plainte et la fit accompagner par des agents jusqu’au garage. Ils y retrouvèrent M. S. en train de prendre à nouveau une douche pour effacer les traces de ses galipettes. Conduit au commissariat, le jeune homme tenta de nier en bloc. Mais Y. K. n’est pas femme à accepter de payer de sa personne sans être réglée. Elle demanda au policier de faire venir un spécialiste qui pourrait constater qu’elle venait effectivement d’avoir des rapports sexuels. Elle ajouta qu’elle était même prête à faire procéder une analyse de sperme pour prouver la véracité de ses propos. Devant une telle détermination, le jeune homme craqua et avoua. Il rendit les 3000 Fcfa et s’excusa auprès de la vieille prostituée.

    L’affaire a ainsi été bouclée à la demande des deux parties. Le jeune homme et la prostituée ont préféré un mauvais arrangement à un bon procès qui les exposerait publiquement à la risée générale.

    G. A. DICKO

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