FEMAFOOT : Héritage financier désastreux, le nouveau Président tire la sonnette d’alarme
À peine installé à la tête de la Fédération malienne de Football, Mahazou dit Baba Cisset, a choisi la carte de la transparence.
La preuve : lors de sa première conférence de presse, tenue le vendredi 22 mai dernier, le nouveau Président du Comité exécutif a dressé un constat alarmant de l’état financier de l’instance dirigeante du football malien. Entre comptes bancaires déficitaires, dettes colossales et absence de documents financiers fiables, le nouveau patron de la FEMAFOOT parle d’une situation « extrêmement préoccupante ».
D’entrée de jeu, le Président Cisset a dressé un tableau sombre de la situation laissée par l’ancien Comité exécutif, évoquant une fédération fragilisée par des dettes colossales et une gestion opaque.
A en croire le nouveau patron de la FEMAFOOT, la situation de trésorerie découverte à son arrivée était « loin d’être bonne ». Selon lui, la FEMAFOOT disposait de cinq comptes bancaires répartis entre la BDM et la BMS, mais trois de ces comptes étaient fortement déficitaires, certains pouvant atteindre jusqu’à moins 46 millions de FCFA.
Le nouveau président affirme également que plus de 100 millions de FCFA de crédits bancaires avaient déjà été consommés à la date du 28 avril 2026, alors que dans le même temps, la fédération traînait des dettes estimées à près de 746 millions de FCFA.
Plus grave encore, il explique que son équipe a immédiatement demandé un état détaillé des engagements financiers afin de connaître l’ancienneté exacte des dettes contractées. Mais jusqu’à présent, aucune réponse claire n’aurait été fournie. Selon ses propos, même l’auditeur des comptes aurait affirmé ne pas avoir reçu de justificatifs concernant plusieurs opérations financières.
Le grand déballage
Face à cette situation, le nouveau bureau a décidé de suspendre l’utilisation de certains comptes bancaires jusqu’à la fin des audits et des clarifications nécessaires.
Selon Mahazou Baba Cisset, plusieurs dépenses auraient été effectuées à des montants deux, trois, voire quatre fois supérieurs aux prix normaux du marché. « Ce n’est pas normal », a-t-il martelé devant la presse.
Le budget 2026 de la fédération a également été vivement remis en cause. Le président estime que le document élaboré par l’ancien bureau, évalué à plus de 3 milliards 300 millions de FCFA, ne correspond pas à la réalité financière de l’institution.
Plus surprenant encore, il affirme avoir demandé un état d’exécution du budget afin d’évaluer les dépenses réellement effectuées, mais qu’il lui aurait été signalé qu’il était « impossible » de produire ce document.
Pour le nouveau patron du football malien, cela prouve que le budget servait surtout de document théorique destiné à être validé lors des Assemblées générales, sans réel suivi d’exécution.
Autre anomalie dénoncée : l’absence des états financiers définitifs de 2025, alors que nous sommes déjà en mai 2026. Une situation que Mahazou Cisset considère comme extrêmement grave pour une institution de cette importance.
Le dossier du patrimoine de la fédération constitue également un autre sujet d’inquiétude. Selon le président, aucun inventaire sérieux des biens de la FEMAFOOT n’aurait été effectué en fin d’année. L’argument avancé aurait été la participation à la CAN, une justification que le nouveau bureau semble difficilement accepter.
Malgré cette situation préoccupante, le Président Cisset assure que la FEMAFOOT travaille déjà à redresser la barre. Il reconnaît un sérieux problème de ressources financières, mais estime que la crise reste surmontable grâce aux discussions engagées avec plusieurs partenaires et sponsors.
Le président a particulièrement salué Orange Mali pour son soutien rapide. Il explique qu’à l’arrivée du nouveau bureau, l’entreprise avait déjà réglé deux premières tranches du contrat de sponsoring du championnat, soit environ 251 millions de FCFA. Depuis, Orange aurait également payé les deux autres tranches restantes.
Mahazou cisset a aussi remercié la FIFA, qui aurait débloqué cette semaine près de 400 millions de FCFA correspondant aux droits TV de la Coupe du monde, à la demande du nouveau bureau.
Le président n’a toutefois pas hésité à envoyer un message clair aux partenaires du football malien. Selon lui, Orange et les autres sponsors devront faire davantage au regard des énormes charges supportées par la fédération : salaires du personnel, compétitions nationales, équipes nationales de jeunes, football féminin, Coupe du Mali et contrats des entraîneurs des différentes catégories.
Des révélations troublantes
Le président a aussi dénoncé le cas de certains partenaires dont les contrats sont arrivés à expiration mais qui continuent pourtant de bénéficier de visibilité autour des activités de la fédération.
Il cite notamment Petro Bama, qui aurait pourtant versé 20 millions cette année malgré la fin de son contrat, Bet223 dont les logos figureraient encore sur certains documents officiels alors que le partenariat est terminé, ainsi que TM1 qui rencontrerait des difficultés de paiement. Enfin, le dossier de l’équipementier Airness a lui aussi occupé une place importante lors de cette conférence.
Selon Mahazou, le contrat renouvelé en 2024 pour quatre ans pose de sérieux problèmes d’équilibre. Si Airness s’était engagé à fournir des équipements d’une valeur de 300 000 euros sans contrepartie directe, la FEMAFOOT serait néanmoins contrainte d’effectuer chaque année près de 100 000 euros d’achats obligatoires.
Après des échanges entre les deux parties, le président affirme qu’Airness serait désormais disposé soit à revoir profondément le contrat, soit à le résilier, ouvrant ainsi la porte à l’arrivée d’un nouvel équipementier pour les sélections nationales maliennes. Et c’est dans cette dynamique que l’équipementier Airness a adressé le 29 mai dernier, une lettre de séparation à l’amiable, mettant fin à toutes les rumeurs de rupture conflictuelle. Depuis, ceux qui espéraient une guerre ouverte, un scandale destructeur ou un feuilleton judiciaire à rebondissements pour fragiliser la Fédération Malienne de Football (FEMAFOOT) en ont pour leurs frais. Les avocats du diable, ces nostalgiques du chaos tapis dans l’ombre qui tentaient d’instrumentaliser le dossier de l’équipementier national, ont subi un camouflet définitif.
Ainsi, à travers cette première sortie médiatique, le nouveau bureau de la FEMAFOOT a clairement choisi la transparence et l’offensive. Entre révélations financières, critiques sévères de l’ancienne gestion et promesses de réformes profondes, le nouveau président de la FEMAFOOT Mahazou dit Baba Cisset, veut convaincre que l’heure du changement a sonné pour le football malien.
Arouna Traoré