Pénuries d'eau à répétition à Bamako : Le véritable problème est l'électricité plutôt que la SOMAGEP-SA
Les récentes perturbations de la distribution d'eau potable à Bamako ont ravivé la colère des populations, privées d'eau pendant plusieurs jours.
Si la SOMAGEP-SA a été la principale cible des critiques, l'origine de la crise se situerait davantage du côté de l'approvisionnement en électricité. Une situation qui pose avec acuité la question de l'autonomie énergétique des infrastructures stratégiques de production d'eau.
Il y a quelques jours, la fourniture d'eau potable par la SOMAGEP-SA dans le district de Bamako a connu une perturbation d'une ampleur exceptionnelle. Selon les quartiers, certains habitants sont restés 72 heures sans eau, tandis que d'autres ont dû patienter près de six jours avant le retour du précieux liquide.
Cette longue interruption a provoqué une véritable ruée vers les forages, les puits modernes et les rares points d'eau encore fonctionnels. Dans les administrations publiques, les entreprises privées, les centres de santé, les écoles, les marchés et les ménages, les difficultés se sont accumulées. L'eau, indispensable à la vie quotidienne, est devenue une denrée rare, plongeant la capitale dans une situation de grande précarité.
Dans l'opinion publique, un seul responsable semblait tout désigné : la SOMAGEP-SA. Beaucoup ont estimé que la société en charge de la distribution d'eau avait failli à sa mission.
Pourtant, cette lecture des faits ne reflète pas toute la réalité.
Selon plusieurs explications techniques, la crise trouve principalement son origine dans les perturbations de l'alimentation électrique. Les stations de production de Kabala et de Djicoroni-Para, qui assurent l'essentiel de l'approvisionnement en eau de Bamako, fonctionnent grâce à l'électricité fournie par EDM-SA. Dès qu'une panne affecte les lignes à haute tension qui alimentent ces installations, la production d'eau ralentit ou s'interrompt totalement. Les stations compactes raccordées au même réseau subissent elles aussi les conséquences.
Autrement dit, lorsque l'électricité fait défaut, la production d'eau s'arrête. Dans ces circonstances, la SOMAGEP-SA ne peut distribuer une eau qui n'a pas pu être produite. Elle ne peut fournir aux populations un service que ses installations, privées d'énergie, sont dans l'incapacité d'assurer.
Ce scénario n'est malheureusement pas inédit. Ce n'est pas la première fois que Bamako connaît une telle crise. Au cours des dernières années, les habitants de la capitale ont déjà subi à plusieurs reprises des pénuries d'eau liées aux difficultés d'alimentation électrique. À chaque incident majeur sur les lignes à haute tension ou lors des périodes de fortes perturbations du réseau d'EDM-SA, la production d'eau est directement affectée.
Cette récurrence pose une question fondamentale : pourquoi les principales stations de production d'eau potable ne disposent-elles toujours pas d'une alimentation électrique sécurisée et indépendante ?
Deux solutions apparaissent pourtant envisageables. La première consisterait à raccorder les stations de Kabala et de Djicoroni-Para à des lignes électriques prioritaires et spécialement sécurisées, afin de limiter les interruptions de service.
La seconde, plus durable, serait de doter ces installations stratégiques de centrales électriques autonomes ou d'unités de production d'énergie capables d'assurer leur fonctionnement en cas de défaillance du réseau national. Une telle autonomie énergétique permettrait de garantir la continuité de la production d'eau, quelles que soient les difficultés rencontrées par EDM-SA.
Cette réflexion est d'autant plus pertinente qu'EDM-SA et la SOMAGEP-SA sont deux sociétés distinctes, chacune disposant de sa propre direction, de son propre budget et de ses propres missions. Dès lors, pourquoi la société chargée d'un service aussi vital que l'approvisionnement en eau potable demeure-t-elle entièrement dépendante des aléas du réseau électrique ?
A l'heure où Bamako connaît une forte croissance démographique et où les besoins en eau ne cessent d'augmenter, assurer l'autonomie énergétique des principales stations de production devrait constituer une priorité nationale. L'accès à l'eau potable est un droit fondamental. Sa continuité ne devrait plus être compromise par les défaillances du réseau électrique.
Au-delà de la polémique, cette nouvelle crise invite les autorités à engager une réflexion de fond sur la résilience des infrastructures stratégiques. Car garantir l'accès permanent à l'eau potable, c'est aussi garantir la sécurité sanitaire, la stabilité économique et la dignité des populations.
M.S.